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Vinokourov : « Armstrong peut faire un podium, mais pas gagner »

Le Kazakh revient à la compétition après une suspension de deux ans pour dopage.

Le Kazakh revient à la compétition après une suspension de deux ans pour dopage. - -

Suspendu deux ans suite à un contrôle positif aux transfusions sanguines sur le Tour 2007, Alexandre Vinokourov devrait reprendre la compétition fin juillet. Dans cet entretien sans détour, le Kazakh n’élude aucun sujet : dopage, Armstrong, Contador, Tour de France, Astana, ambitions futures…

Alexandre Vinokourov , qu’avez-vous fait depuis le mois de juillet 2007 et votre exclusion du Tour de France ?
Je suis resté avec ma famille à Monaco. Je n’ai pas disparu. J’ai passé deux ou trois mois difficiles parce que c’était une profonde injustice pour moi. Mais j’ai tourné la page. J’espère trouver une réponse sur cette histoire dans le futur.

Après votre exclusion, vous aviez dit que vous alliez prouver votre innocence, vous ne l’avez pas fait…
J’ai essayé avec mes avocats, mais je me suis trouvé face à des murs. Il faut que je trouve des réponses pour savoir qui pouvait tirer un avantage du fait que je sois positif.

Pour vous, ce dossier n’est pas fermé et vous entendez faire valoir vos droits dans l’avenir ?
Ce sera difficile parce que je ne pourrai pas récupérer mes deux ans de suspension. Je prouverai peut-être à travers un livre que c’était une injustice contre moi, Astana et le Kazakhstan.

Etes-vous à nouveau coureur cycliste ?
Pas encore, je n’ai pas reçu de papier officiel de l’UCI (Union cycliste internationale).

Restez-vous confiant ?
Oui ! Je ne vois pas pourquoi ils m’en empêcheraient.

Depuis l’annonce de votre retour, avez-vous déjà subi des contrôles antidopage ?
Oui. J’ai été contrôlé en mai pour la première fois et, depuis cette date, j’ai subi quatre contrôles urinaires et sanguins.

Dans quelle équipe souhaitez-vous revenir ?
Mon cœur est toujours avec Astana. J’espère courir avec cette équipe en fin de saison même si je n’ai pas de contrat aujourd’hui.

Les difficultés financières rencontrées par Astana ces derniers temps coïncident avec l’annonce de votre retour. Est-ce un hasard selon vous ?
Je ne sais pas, mais après la Vuelta 2006, j’ai senti beaucoup de jalousie. On disait que nous avions une nouvelle équipe avec beaucoup d’argent… Donc je pense que ce n’est pas complètement un hasard.

Pensez-vous qu’on veuille votre peau ?
A mon avis oui ! Parce qu’avant le Tour 2007, c’était la guerre entre l’UCI et les organisateurs du Tour de France. Je pense qu’on a utilisé mon image pour faire un grand scandale.

Justement, n’est-ce pas un problème pour vous de revenir alors que votre image est ternie par les affaires de dopage ?
Bien sûr que c’est un problème ! Surtout qu’il s’agit selon moi d’une injustice. Mais je n’ai tué personne. Une fois la suspension purgée, on le droit de revenir. Vu que je respecte les règles, il n’y a aucune raison qu’on m’empêche de faire mon métier.

Le coureur autrichien Bernard Kohl a récemment déclaré que les dix premiers du classement général du Tour 2008 auraient dû être, comme lui, contrôlés positifs. Quelle est votre réaction ?
C’est ridicule. Il y a toujours des gens qui disent que certains coureurs sont positifs. Les Français l’ont fait avec Armstrong quand il a gagné ses sept Tours d’affilée. Mais s’il n’est pas contrôlé positif, comment peut-on affirmer cela ?

Selon vous, il n’y a que ceux qui sont contrôlés positifs qui ont triché ?
Comment peut-on envisager autre chose ? Il y a toujours un vainqueur. Aujourd’hui, on voit de plus en plus de Français gagner des courses. Alors quoi, ils sont dopés ? Je pense juste qu’ils commencent à travailler de mieux en mieux.

Avant le Tour 2007, vous aviez évoqué votre collaboration avec le docteur Ferrari. Avez-vous renoué des contacts avec lui depuis votre reprise ?
Je le croise de temps en temps ici à Monaco. Personne ne me l’interdit. Mais je travaille seul, j’ai assez d’expérience pour cela. Je ne veux pas qu’on me dise que je m’entraîne avec Ferrari… J’ai noté mes entraînements depuis 10 ans. Je me base là-dessus.

Vous avez l’habitude de partir en stage aux Canaries, fief du docteur Fuentes. N’avez-vous aucun lien avec lui ?
Cela a déjà été reconnu par le passé. Je peux le dire encore une centaine de fois…

Où serez-vous en juillet au moment du départ du Tour ?
Je pense que je vais rester à Monaco. Mes enfants sont scolarisés ici. Je vais regarder le départ puisqu’il passe à côté de chez moi. C’est dommage de ne pas pouvoir participer alors que j’habite ici depuis dix ans. Mais j’espère être sur le Tour l’année prochaine.

Pensez-vous vraiment que le Tour de France vous ouvrira ses portes en 2010 
Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas le cas. Quand j’ai commencé le vélo en 1998, toute l’équipe Festina avait été exclue et cela n’a pas empêché Virenque de faire son retour. Je ne vois pas pourquoi je serais interdit de Tour. Il faut en parler avec les organisateurs.

Où comptez-vous reprendre la compétition ? Quel sera votre objectif ? La Vuelta, les Mondiaux ?
Le grand rêve, cela reste les championnats du monde mais cette année, il faudrait que je roule beaucoup avant. Même si je me suis beaucoup entraîné cette saison, je devrais être à fond en août-septembre. Il faut que je retrouve la compétition. J’espère faire la Vuelta pour m’entraîner en vue des championnats du monde.

Un sponsor américain pourrait vous rejoindre chez Astana. Cela signifie-t-il que la branche américaine représentée par Lance Armstrong et Johan Bruyneel doive rester ?
Non, cela n’a rien à voir avec leur présence. C’est un sponsor qui est une de mes connaissances personnelles. Si Johan et Lance veulent créer leur équipe, ils pourront le faire dès la fin de l’année.

Vous y seriez favorable ?
Jusque là, c’est ce que j’ai lu. Ils ont annoncé pendant le Giro qu’ils veulent monter leur équipe. A la fin de la saison, la porte sera ouverte.

Une collaboration Armstrong-Vinokourov-Bruyneel est-elle impossible ?
Non, c’est toujours possible. Mais la dernière fois que j’ai eu Bruyneel, c’était au Kazakhstan. Depuis, rien. Aujourd’hui, comme je n’ai reçu aucun papier de l’UCI, je ne prends aucun contact pour les contrats. Une fois que j’aurai ces papiers, j’aurai les mains plus libres.

Vous imaginez-vous courir dans la même équipe qu’Armstrong ?
Pourquoi pas ? De toute façon, après le Tour de France, j’imagine qu’il ne courra pas beaucoup…

Revenons au Tour 2009. Armstrong et Contador sont-ils de beaux leaders pour Astana ?
On peut difficilement faire mieux aujourd’hui. Lance a gagné sept Tours de France, il a fait une bonne place sur le Giro. Après avoir manqué le Tour l’an passé, Contador a faim. On ne peut pas trouver mieux pour gagner le Tour. Je pense que Contador a plus de chances de s’imposer. Lance ne peut pas gagner. Il peut faire un podium, mais cela va être dur.

On vous prête l’intention de vous investir dans l’équipe Astana. Est-ce vraiment votre but ?
Oui. Dans le futur, si je peux garder cette équipe, ce serait le scénario parfait. Pour retourner mon image, ce serait magnifique. On a beaucoup de jeunes coureurs au Kazakhstan. Nous ne ferions pas forcément une grosse équipe comme celle qui existe aujourd’hui, mais j’aimerais bâtir une petite équipe pour travailler dur et gagner de belles courses. J’espère quand même qu’on aurait les moyens de garder Contador.

Votre but serait donc de devenir le patron d’une équipe kazakhe ?
C’est mon rêve. J’espère rester dans l’équipe pour au moins cinq ans. Après, on verra…

La rédaction - Eddy Pizzardini à Monaco