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Mondiaux : l’escrime française a fait sa mue

Erwann Le Péchoux

Erwann Le Péchoux - -

Après le fiasco des Jeux Olympiques de Londres, terminés sans la moindre médaille, l’escrime française a subi de profonds bouleversements. Les premiers effets sont attendus aux Mondiaux de Budapest, qui débutent ce mercredi.

La remontée vers les sommets a commencé. Doucement, mais sûrement. Après avoir touché le fond lors des Jeux Olympiques de Londres, bouclés sur le premier zéro pointé depuis 1960, les escrimeurs français remontent la pente. Sans grandes certitudes, mais avec détermination. Plus grand pourvoyeur de médailles (115) et de titres (41) olympiques dans l’histoire du sport français, l’escrime tente de sortir d’une période noire. Entre 2008 et 2012, seule Maureen Nisima a décroché un titre mondial en individuel (en 2010 à Paris). Le changement était donc devenu inévitable.

Et c’est tout l’organigramme de l’escrime tricolore qui a été modifié pour créer le fameux électrochoc. Isabelle Lamour a été élue à la tête de la Fédération en mars, Christian Peeters a été nommé directeur technique national en avril et Michel Salesse a succédé à Patrice Menon au poste de directeur des équipes de France. Des changements accompagnés d’un mot d’ordre : redonner de la confiance. « Ce que j’ai ressenti aux championnats d’Europe (deux médailles d’argent et deux de bronze en juin dernier, ndlr), c’est un retour à la confiance, des athlètes qui ne pensent pas systématiquement qu’ils ne sont bons à rien et qu’ils ne peuvent plus monter sur le podium, explique Christian Peeters. Il y a des gens qui relèvent la tête, qui recommencent à sourire, et ce sont des signes encourageants. »

La mixité et la jeunesse pour rebondir

Les bouleversements ne se sont pas limités au stade des dirigeants. Depuis Londres, la mixité est désormais de mise au fleuret et au sabre. Hommes et femmes travaillent ensemble, sous la responsabilité d'un même staff, dirigé par Franck Boidin pour le fleuret et Pierre Guichot pour le sabre. « Les garçons nous apportent de la confiance et, même si c’est dur à dire, de la testostérone. Les filles ont besoin de ce caractère un peu bagarreur. Et les filles peuvent apporter un peu de sérénité aux garçons. C’est un grand enrichissement », avoue la sabreuse Cecilia Berder. A l'épée, les passerelles et les échanges se sont multipliés, mais les référents restent distincts (Hugues Obry pour les hommes et Rudy Naejus pour les femmes). Pour quatre armes sur six, les entraîneurs ont changé depuis Londres.

Chez les athlètes aussi, les visages ne sont plus les mêmes. Ils ont rajeuni, comme à l'épée dames, où la moyenne d'âge est passée de 35 à 21 ans suite aux départs de Laura Flessel et Maureen Nisima. Alors, forcément, c’est un saut dans l’inconnu que l’escrime française effectue à Budapest. « C’est un bon passage pour voir où on en est. Je ne vais pas jouer le pessimiste de service mais il ne faut pas non plus s’attendre à une révolution, lance Franck Boidin. On peut faire de très bons championnats du monde mais aussi, malheureusement, se rapprocher d’un résultat proche de Londres.» Après des derniers championnats d'Europe encourageants, l’objectif est de ne pas repartir de nouveau fanny sur la scène mondiale. « J’ai annoncé trois médailles, comme à Zagreb, déclare Peeters. Dire trois médailles, c’est rester dans le raisonnable et ne pas faire d’utopie. C’est un objectif accessible. » Il sera ensuite temps de regarder plus haut.

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AA avec Rodolphe Massé