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Obry : « Il faut réagir vite… »

Hugues Obry

Hugues Obry - -

L’épreuve individuelle masculine d’épée des Mondiaux de Budapest, jeudi, a été synonyme d’immense déception pour le clan français, qui a perdu ses quatre représentants en 32e et 16e de finale. Emu et très marqué, l’entraîneur national Hugues Obry fait le point.

Hugues, c’est plus qu’une douche froide, non ?
C’est une mini tempête… Il y avait des matches durs et d’autres qu’on devait gagner. Je les voyais mieux que ça mais sur la piste, ça ne répondait pas. C’est une sensation bizarre, limite de gâchis, par rapport à ce qu’ils sont capables de faire. C’est d’autant plus frustrant pour eux. On vient ici avec de grandes possibilités et on s’arrête tôt. Ce n’est pas inquiétant… mais ce n’est pas bon. Pas bon du tout.

Êtes-vous au moins satisfait dans l’attitude montrée par vos épéistes ?
Ça a manqué d’envie pour certains, de justesse et de rigueur pour d’autres. Toutes les touches sont importantes, on ne peut pas se permettre de prendre une touche au pied à trois secondes de la fin du relais ou de commencer ses matches à 0-3… C’est un tas de petits trucs qui font la différence à la fin. Ça se joue à pas grand-chose, à une touche, mais il faut faire le nécessaire avant pour que ça n’arrive pas. Quand on est irréprochable, on a le droit de perdre. Mais là, on ne doit s’en prendre qu’à nous-mêmes. On s’est loupé, voilà, et je me mets dedans : on s’est tous loupé. Maintenant, on a la chance d’avoir la compétition par équipes. Je voudrais bien qu’ils montrent… (sanglots dans la voix)… de quoi ils sont capables.

Vous manque-t-il un leader, quelqu’un qui entraîne les autres ?
Il y en a un qui est comme ça dans mon groupe, c’est Gauthier Grumier… Mais c’est difficile d’avoir le leadership, de savoir le gérer et de l’insuffler aux autres. Ce n’est pas inné, c’est quelque chose qui va se chercher. Il faut être fort, être le leader de sa discipline. Il faut aussi savoir se gérer soi-même pour faire tout ça et on n’en est pas là. Les gars ne se contrôlent pas assez eux-mêmes pour contrôler un groupe ou une équipe de France. On sent qu’il y a un manque sur ce plan, un élan qui n’est pas pris, une forme de faiblesse avec des gens 4e ou 5e mondial mais qui n’ont pas cette carrure ou cette stabilité. On le cherche mais il faut que le mec se fasse par lui-même. On n’y arrive plus et on essaie de se retrancher derrière notre collectif. Mais on a beau être nombreux, si on n’est pas plus fort dans la tronche… A un moment donné, il faut un patron. Même quelqu’un de là-haut, des instances, qui tape du poing sur la table pour dire : ‘‘On est mauvais, qu’est-ce qu’on peut faire pour être meilleurs ?’’ Si on attend, on va se faire bouffer. Il faut réagir vite. C’est pour ça que la compétition par équipes est importante car sinon on doit attendre un an et on ne peut pas se le permettre. Il faut arrêter de se poser des questions, de tout vouloir contrôler. Il faut donner le meilleur, se lâcher. Comme disait un entraîneur que j’adore, il faut se sortir les doigts… Être dans l’action et pas dans l’attente. J’entendais certains vouloir aller à la guerre. Mais la guerre, on n’y va pas avec son short et son accréditation. On y va avec son épée et surtout avec les crocs. Je suis déçu parce qu’on n’a pas été au bout de ce qu’on pouvait faire et de ce qu’on avait montré pendant l’année. C’est le plus frustrant. Et j’espère qu’ils sont dix fois plus frustrés que moi. Des gens se sont battus comme des chiens pour que le nom France dans le dos soit reconnu et j’aimerais qu’ils fassent la même chose. On a pris des coups mais il faut réagir, ne pas se lamenter sur notre sort, mettre les moyens et prendre les décisions.

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La rédaction