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A St-Brieuc, on ne veut pas "entendre dire que l'on a volé notre titre"

Le club a été promu en National 1 après l'arrêt des compétitions de football amateur.

Leader du Groupe B de National B avant l'interruption de la saison le 13 mars, le club de Saint-Brieuc est promu en National 1 suite à la décision du Comité Exécutif de la FFF d'arrêt du football amateur ce jeudi, en raison de l'épidémie de coronavirus. Chargé de développement au sein du Stade Briochin, Guillaume Allanou a confié pour RMC Sport son sentiment après cette promotion si particulière et les conséquences éventuelles pour le club breton.

Guillaume Allanou, quel est votre sentiment et celui du Stade Briochin après cette décision de la FFF?

"C'est un sentiment de joie, d'abord. Une joie contenue, je tiens à le préciser. Il faut relativiser le football et encore plus dans les temps actuels. Il y a beaucoup de passion autour du foot mais la situation actuelle nous fait penser que ce n'est qu'accessoire et en aucun cas essentiel. Mais évidemment que nous sommes heureux de cette décision. On est encore plus heureux pour notre environnement proche parce que cela permet d'apporter un petit peu de joie en ces temps moroses. De la joie pour tout l'environnement du club comme les licenciés, les supporters, les partenaires et les dirigeants. En cela, c'est un moment dont nous devons profiter. Encore une fois avec beaucoup d'humilité.

Comment avez-vous appris la nouvelle, via la Fédération ou les médias?

On l'a appris par voie de presse comme tout le monde, à travers le communiqué de la Fédération.

Cette décision nette constitue-t-elle une sorte de soulagement pour le club et l'équipe?

Oui car il devenait important, à un moment, que l'on puisse se positionner clairement afin aussi de préparer l'après. Aujourd'hui il y a avait le couperet entre la montée et la non-promotion. On avait tous besoin, et je pense en particulier aux joueurs, de savoir ce qu'il allait en être. Plus le temps passait et moins il ya avait l'espoir de reprendre, ou même la volonté de reprendre en se disant qu'il y avait des choses plus importantes. En cela c'est un soulagement. La décision nous est favorable et nous en sommes heureux. Nous l'aurions acceptée si elle avait été différente parce qu'il faut rester humble.

Craignez-vous de voir certains concurrents contester cette promotion?

Je peux le comprendre et j'ai une pensée pour nos adversaires. Ils pourraient avoir ce sentiment d'injustice ou d'iniquité parce que la décision ne leur est pas favorable. Mais je ne pourrais pas entendre dire que l'on a volé notre titre. Là pour moi ce ne serait pas acceptable. Même si pour certains cet argument ne tiendrait pas la route, il y a une forme de régularité car nous jouons les premiers rôles depuis trois saisons en finissant deuxième puis quatrième avant d'être leader. Et justement, à l'instant T nous étions devant. Je veux bien comprendre, et j'ai une pensée sincère pour nos adversaires mais je ne peux pas accepter d'entendre que l'on aurait pu voler ce titre. Comme tout le monde on aurait voulu le vivre jusqu'au bout sur le terrain. Malheureusement, à circonstances exceptionnelles, décisions exceptionnelles. Je n'ai pas à juger si la décision prise était la plus juste ou la plus équitable, la Fédération reste souveraine, mais cela faisait partie des postulats acceptables.

Est-ce une victoire un peu particulière vis-à-vis des supporters? Les joueurs voulaient-ils finir le travail sur le terrain?

L'ensemble du club, les joueurs et le staff en premiers, ne souhaitait qu'une chose: aller au bout. On voulait montrer que ce titre-là on le méritait sur le terrain. C'était notre volonté première. Mais plus le temps du confinement a passé, cela devenait impossible et la motivation s'est un peu délitée. Reprendre oui, mais dans quelles conditions? C'était compliqué et le bon sens doit prévaloir dans ces cas-là.

Que change concrètement le fait d'être promu dès le 16 avril?

Tout ce qui était programmé, parce que nous avions évidement déjà anticipé les choses avec plusieurs scenarii en matière de recrutement ou de budget. Tout cela est à remettre en perspective parce que de nouvelles donnes sont entrées en jeu et notamment sur le plan économique. Une fois que l'on aura savouré cette annonce, il faudra vite se replonger dans le travail. L'après sera forcément compliqué, pour nous comme pour les autres. Certes on sait que l'on monte en National 1 mais nous n'avons aucune visibilité sur le calendrier. Quand est-ce que le championnat reprendra? Quand pourra-t-on reprendre l'entraînement? Toutes ces inconnues vont encore perdurer et nous allons essayer d'aller chercher des réponses au fur et à mesure et de nous adapter en permanence.

Quelles peuvent être les conséquences sur votre budget?

D'un point de vue budgétaire, il va y avoir de grosses conséquences après la crise sanitaire. Le plus tôt possible nous allons devoir travailler sur des solutions avec nos partenaires privés et les collectivités. On attend aussi de la Fédération qu'elle annonce les mesures qu'elle va prendre pour pallier à cette mutation. On va avoir une mutation de fonctionnement, on en est conscient. Il va falloir s'adapter. On a levé une inconnue importante mais il en reste encore beaucoup.

Cette promotion permet-elle de compenser les pertes économiques liées à l'épidémie?

Compenser ce n'est pas le bon terme. Cela va peut-être atténuer les conséquences. Mais il y a des conséquences immédiates sur l'exercice qui devait se finir avec un manque à gagner oscillant entre 10% et 15% de notre budget. Ce n'est pas neutre et il faudra l'absorber. La montée va atténuer les choses mais nos partenaires privés, qui représentent 50% de notre budget, vont aussi être impactés. Nous aurons aussi un rôle d'accompagnement avec eux. On fera en sorte d'être à l'écoute de leurs problématiques parce que nous devons renforcer cette solidarité entre tous les acteurs afin de trouver une solution adaptée pour que tout le monde s'en sorte."

Propos recueillis par Jean-Guy Lebreton