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Au cœur de l’enfer

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74 morts annoncés, plus d’un millier de blessés dont près de 200 dans un état grave… La folie s’est emparée des hommes, mercredi soir dans le stade de Port-Saïd, à l’issue d’une simple rencontre de championnat entre les clubs d’Al-Masry et d’Al-Ahly (3-1). Plongée en plein cauchemar.

Les images du drame tournent en boucle sur la toile. On y voit une foule soudainement prise de folie envahir le terrain dans un indicible chaos. On y voit des visages en sang, des hommes munis de barres de fer, des corps sans vie entourés de regards injectés de haine. Comment une simple rencontre comptant pour la 17e journée du championnat égyptien a-t-elle pu se transformer en l’un des drames les plus meurtriers de l’histoire du football ? Attaquant d’Al Masry, Abdoulaye Cissé était sur la pelouse : « Pendant le match, il y a eu des insultes des deux côtés. Après, ce sont nos supporters qui ont envahi tout le terrain pour aller vers les supporters d’Al-Ahly. Ensuite, les supporters en sont venus aux mains. A partir de là, ça a tourné à la catastrophe. »

La suite, un supporter du club visiteur d’Al-Alhy la raconte : « Ils nous ont dit : ‘vous avez apporté vos linceuls avec vous’ et là, nous avons été attaqué. Nous sommes allés dans le tunnel mais les portes avaient fermé avec des chaînes et les lumières étaient éteintes. Ils tiraient des balles en caoutchouc. Je le jure devant Dieu, j’ai vu des gens que l’on jetait par-dessus les gradins. » Hors de contrôle, la foule a piétiné, bousculé, frappé, poignardé jusqu’à ce terrible bilan de 74 morts annoncés, plus d’un millier de blessés dont près de 200 dans un état grave. Mohamed Mellegi a perdu un frère mercredi soir : « C’est un énorme chagrin pour le pays. Les forces de sécurité en sont responsables. Elles n’ont pas prévenu les supporters quand le terrain a été envahi. Elles regardaient, mais personne ne levait le pouce. »

Manuel José (coach d’Al-Alhy) : « J’ai vu des morts »

Coach historique d’Al-Ahly, le Portugais Manuel José n’a pas pu rejoindre le vestiaire après le coup de sifflet final. Et malgré son statut, il n’a pas échappé à la violence de la horde. « J’ai été frappé, et puis on m’a entrainé hors du stade, témoigne Manuel José. J’ai vu des supporters se faire soigner, beaucoup sont morts. » L’homme de 65 ans, dont plus de trente passés sur un banc et vainqueur de quatre Ligue des champions africaine à la tête d’Al Ahly, a craint pour sa vie.

Dans la catastrophe, les destins d’anonymes ont croisé ceux des stars du foot. Ainsi, avant de remonter leur bus, les joueurs d’Al Masry ont embarqué avec eux des supporters du camp adverse. « Ils étaient à l’agonie, raconte Abdoulaye Cissé. Ils avaient été frappés, il y avait plein de sang. C’étaient des gamins de 16-17 ans. Ils étaient morts de peur, ils ne pouvaient même pas dire un mot. » Un signe rare d’humanité au cœur d’une soirée de cauchemar.