RMC Sport

Belgique-Portugal : Wilmots voulait "jouer à la maison"

Au lendemain des attentats qui ont frappé Bruxelles, Marc Wilmots, sélectionneur de la Belgique, souhaitait que le match amical prévu vendredi face au Portugal dans la capitale belge soit maintenu, pour prouver que la vie continue. Finalement, la rencontre aura lieu au Portugal.

Marc Wilmots, comment a été prise la décision de disputer le match amical au Portugal alors qu’il était prévu à Bruxelles et qu’il a même été question de l’annuler ?

Tu dois prendre les évènements un par un. Je voulais jouer à la maison parce que je suis contre la peur, comme les supporters et le peuple belge, je pense. On doit continuer à vivre. Ça, c’est dans le cas où nous aurions décidé. Mais il y a des instances au-dessus de nous qui prennent des décisions et on est là pour les respecter. J’ai pris acte avec beaucoup de respect, parce que c’est facile de critiquer mais beaucoup plus difficile de décider. Il y avait une possibilité de pouvoir aller jouer au Portugal. J’ai posé la question aux joueurs et j’ai senti qu’ils avaient envie d’y aller. Chacun le vit avec ses émotions. On a toujours dit qu’on était une famille et une famille parle beaucoup ensemble. Tout le monde voulait continuer. La vie continue et on ira jouer au Portugal... si on a un avion.

Pourquoi souhaitiez-vous jouer en Belgique ?

Parce que c’est chez nous, on est à la maison. On avait vendu des tickets. La vie ne s’arrête pas. Je n’irais pas dans les symboles, je dis juste qu’il faut continuer à avancer. Soit la vie s’arrête, tu as peur partout et tu ne prends plus l’avion, plus le train, plus rien. Moi, je vais continuer à voyager, à vivre ma vie et je ne vais pas m’arrêter ça. C’est mon choix, je ne peux pas parler pour les autres.

Pourquoi ne pas avoir annulé le match ?

On préférait jouer. On n’a qu’un match et tu sens que l’équipe avait envie de jouer. C’est pour ça que j’ai pris la décision après avoir parlé avec mes joueurs. Si j’avais senti qu’ils ne voulaient pas jouer, j’aurais dit "on ne joue pas".

Des matches pourraient se disputer à huis-clos lors de l’Euro en cas de menace trop élevée. Cela aurait-il un sens pour vous ?

On ne peut pas anticiper ce qu’il va se passer dans trois ou quatre mois. On est en train de parler pour rien. Les joueurs et les entraîneurs aiment quand il y a des stades avec de la fête et de l’ambiance. On a besoin de cette adrénaline dans les stades pour tirer le maximum de nous-même et nous faire vibrer. C’est l’essence de notre métier. Si Johnny Hallyday chante devant 2 000 spectateurs ou devant personne, ce n’est pas la même chose.

« J’ai vu des pleurs et toute la détresse des gens »

Votre groupe a-t-il été choqué par les évènements ?

On a bien fait de laisser tout le monde en famille hier (mardi), parce qu’ils ont pu suivre les informations, en discuter et se livrer en famille. Quand quelque chose comme ça arrive, c’est presque un état de guerre. Tout le monde est en choc. J’ai parlé avec Kris Van Crombrugge (médecin de l’équipe nationale, ndlr), qui a été appelé pour opérer, et ce sont des choses horribles qu’on ne voudrait pas voir. Mais il faut aller de l’avant et ne pas vivre dans la peur.

Avez-vous ressenti une forme de paranoïa après ces attentats, qui ont eu lieu à quelques kilomètres de l’hôtel où vous logiez ?

Non, ce n’est pas de la paranoïa. Nous avons gardé le même hôtel, le même mode de fonctionnement, on n’a rien changé. Une équipe de sécurité nous soutient depuis deux à trois ans. On nous avait avertis que ça pouvait arriver partout. On préfère ne pas y penser, il ne faut pas rentrer là-dedans. Qu’on soit à deux kilomètres des attentats ou à dix kilomètres, ça ne change pas grand-chose.

Avez-vous prévu de rendre un hommage particulier avant le match face au Portugal ?

On vient de se rassembler alors qu’on ne savait pas si on allait jouer. Je laisse un peu de temps pour savoir si des actions seront prises et si on en prend. Ça doit venir des joueurs. Pour l’instant, c’est encore trop tôt.

Comment avez-vous vécu ces attentats personnellement ?

C’est assez difficile à décrire parce que j’étais en route et je commençais à 8h. Et là, tu entends qu’il y a une bombe à Zaventem alors que tu dois diriger vers le Crown Plaza. Je n’ai jamais vu autant d’ambulances me dépasser sur l’autoroute. Tu vois les gens qui sortent avec les valises. J’ai vu des personnes en pleurs et toute la détresse des gens. A 10h, j’étais au Crown Plaza et tout était fermé. Tu te dis : "Ce n’est pas la guerre mais on n’est pas loin. On vient d’attaquer notre pays." J’ai un sentiment de patriotisme que je voulais avoir, que j’ai toujours et qui ne me quittera jamais. Face à ça, je voulais jouer. Ce sont mes paroles, c’est un sentiment personnel. C’est pour ça que lorsque j’ai parlé avec mes dirigeants, j’ai dit : "Si on peut, on doit jouer chez nous et il faut assumer." Mais je respecte la décision et je la comprends.

JBo