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Bosman : « Je ne gagne que 715,95 euros d’allocation par mois »

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L’ancien joueur belge de Liège, dont le combat dans les années 90 a révolutionné le monde du foot, a aujourd’hui toutes les peines à joindre les deux bouts. Dans cet entretien à RMC Sport, il appelle à l’aide.

Jean-Marc Bosman, où en êtes-vous, plus de quinze ans après avoir été à l’origine du fameux « arrêt Bosman » ?
Aujourd'hui, je suis toujours sous antidépresseurs (voir par ailleurs, ndlr). Ce qui est malheureux, c'est que je me suis battu pendant cinq ans pour défendre mes convictions. Tout le monde a oublié l'homme qui est à l'origine de l'arrêt Bosman. J'ai enrichi le monde du football et moi, je me retrouve avec rien. Je voudrais un peu de reconnaissance. Dans mon pays, il n’y en a jamais eu. J’ai gagné l’abolition des clauses de nationalité. J’ai pleuré des larmes de sang à cause de cela, j’ai souffert énormément et je n’ai jamais eu de reconnaissance par rapport aux joueurs. Le seul syndicat qui m’ait aidé, c’est la Fifpro (le syndicat international des footballeurs, ndlr), qui a combattu avec moi.

Que demandez-vous aujourd’hui ?
Prenez un joueur comme Rooney. Il a fait valoir ses droits en menaçant de mettre l’arrêt Bosman en jeu. Au lieu de partir au Real, il est finalement resté à Manchester avec un contrat revu à la hausse. Il gagne à peu près 40 000 euros par jour (plutôt 27 000 euros par jour, ndlr). J’estime qu’on devrait faire quelque chose pour moi. Je trouve disproportionné d’être aujourd’hui sur le CPAS (le « centre public d'action sociale », principal service social en Belgique, ndlr) et de ne gagner que 715,95 euros d’allocation par mois.

Qu’est-ce qui vous incite à faire cette demande ?
Ce n’est pas possible de continuer dans cette situation. J’ai un fils de deux ans et mon deuxième fils est né il y a quelques semaines. Ma compagne a dû changer de domicile pour que j’aie droit aux allocations du CPAS, car je n’ai même pas droit aux allocations chômage. Pourtant, j’ai donné des droits à tous les étrangers… Je suis pour le fait que tous les joueurs puissent circuler. La devise de la Fifa, c’est « C’est beau un monde qui joue ». Ma devise à moi et à mon avocat, c’est de dire que c’est encore plus beau quand tout le monde peut jouer.

« Pas trop de respect pour ‘M. Blabla’ (Sepp Blatter) »

Sous quelle forme demandez-vous cette aide ?
J’aimerais bien au moins bénéficier d’un salaire décent. La Fifpro pourrait faire quelque chose pour m’aider. La démarche, ce serait de me donner un salaire pour que je puisse élever mes enfants en faisant du sport amateur, et pas professionnel. Je veux pouvoir subvenir aux besoins de ma famille. Je ne demande pas des fortunes, je ne demande pas 40 000 euros par jour, mais environ 3 000 euros par mois.

Que pensez-vous des dirigeants actuels à la FIFA et à l’UEFA ?
J’ai un certain respect pour M. Platini (le président de l’UEFA, ndlr). En tant qu’ancien joueur, il essaye de trouver certaines formules qui sont positives. Mais je n’ai pas trop de respect pour « M. Blabla » (Joseph Blatter, le président de la Fifa, ndlr), qui n’est qu’un dictateur. Il ne pense qu’à engranger de plus en plus d’argent. La Fifa dégouline d’argent…

Le titre de l'encadré ici

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La ruine de l'homme qui a enrichi les footballeurs   

En 1990, un joueur de 26 ans, international espoir belge, est en fin de contrat avec le FC Liège. Sans le savoir, cet homme va révolutionner le système international des transferts. Jean-Marc Bosman, qui souhaite alors rejoindre Dunkerque, n'hésite pas à attaquer son club devant la Cour de Justice des Communautés Européennes. Le joueur souhaitait défendre deux points litigieux. Premièrement, le fait, que son club puisse réclamer une indemnité de transfert alors que son contrat touchait à son terme. Deuxièmement, l’existence d’un quota limitant à trois le nombre de joueurs étrangers ressortissants de l’Union Européenne autorisés dans un club. En 1995, il obtient gain de cause. Cette victoire permet à la fois aux joueurs en fin de contrat de devenir libres et aux joueurs de l’Union Européenne de circuler librement en Europe, comme n’importe quels travailleurs. Une révolution. Très vite, les montants des transferts s'envolent. Mais Jean-Marc Bosman n’en profite pas. Il a 31 ans lorsqu'il arrive au bout de son combat judiciaire. Pendant cinq années, il n'a que très peu joué. Il va alors connaître une descente aux enfers. Son mariage s'effondre. Il retourne chez ses parents et vivra dans leur garage pendant deux ans. Il perd tout son argent, devient alcoolique et tombe dans la dépression. A 46 ans, celui qui vit aujourd’hui dans une petite maison près de Liège espère désormais qu'on lui vienne en aide. Une requête étudiée par Philippe Piat, le vice-président de la Fifpro, le syndicat des joueurs professionnels. « Nous sommes en discussion, indique-t-il. Ce n'est pas facile de trouver une solution. On va se rencontrer très prochainement pour trouver une issue. C'est un dossier qui n'est pas facile parce que nous l'avons déjà aidé financièrement par le passé et cela ne l'a pas empêché de se retrouver dans une situation compliquée… »

G. Q.