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Hoffenheim: pourquoi Hopp, encore insulté, est si détesté?

Au lendemain d'incidents ayant interrompu les matchs de Dortmund et surtout du Bayern Munich, le président d'Hoffenheim, Dietmar Hopp, a de nouveau fait l'objet d'insultes ce dimanche, lors du match entre l'Union Berlin et Wolfsburg, interrompu quelques minutes. Une solidarité des supporters adverses contre celui qui incarne ce que les ultras allemands détestent.

Les supporters du Bayern, de Dortmund, de l'Union Berlin sont réunis dans un combat commun. Et quoi de mieux que d'avoir le même ennemi pour se trouver une solidarité jusque dans les tribunes de clubs rivaux... L'homme à "abattre" - au sens figuré bien sûr - se nomme Dietmar Hopp. 

Fondateur de la société de logiciel SAP et parmi les plus grosses fortunes d'Allemagne, l'homme d'affaires de 79 ans a pris les rênes d'Hoffenheim alors que le club était au fond du gouffre. Arrivé en 1990, il aura fortement contribué à faire passer le TSG de la cinquième à la première division... et en est détesté pour cela.

Car en Allemagne, être un milliardaire qui injecte des flots de liquidités dans un club absolument pas destiné à jouer les premiers rôles en Bundesliga - la ville d'Hoffenheim compte à peine plus de 3.000 habitants - est mal vu. Très mal vu. D'où ces banderoles qui ont fleuri ce week-end de la part des supporters de Dortmund ou de l'Union Berlin ce dimanche, traitant Dietmar Hopp de "fils de p***" et autres propos poétiques.

Scènes surréalistes lors de Hoffenheim-Bayern

Le cas le plus marquants de cette 24e journée de championnat demeure cette improbable fin de match entre Hoffenheim et le Bayern samedi. Alors que les Bavarois menaient 6-0, le match a été interrompu une première fois brièvement puis de nouveau une dizaine de minutes par les banderoles et cris des supporters du champion d'Allemagne ayant fait le déplacement. Joueurs, entraîneur, membres du staff et de la direction du Bayern se sont succédé pour tenter de raisonner les fans. Sans succès. La rencontre a finalement repris... par une improbable passe à dix, le temps de voir le chrono défiler.

"Dietmar Hopp, c'est le symbole d'un football financiarisé, résume notre Drôle de Dame, Polo Breitner, dans l'After Foot. Il a décidé, dans les années 1990, de devenir actionnaire majoritaire du petit club d'Hoffenheim. Il a fait monter ce club, avec de l'argent de sa poche, en première division. Il a toujours dépensé plus que les autres et il a battu des records."

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Parmi les signaux mal perçus et qui ont accentué le fossé entre historiques et nouveaux riches, l'achat du Brésilien Carlos Eduardo pour huit millions d'euros en 2007... alors qu'Hoffenheim était en deuxième division. "Cela avait déclenché un tollé énorme dans toute l'Allemagne, y compris dans la presse, raconte Polo Breitner. Parce que c'est considéré comme ce football financier très facile, qui s'oppose à une vision traditionnelle du football allemand d'associations, qui se développent de façon plus tranquille."

Le symbole des "plastic clubs"

D'un côté, les clubs historiques avec un ancrage fort et des lignes de gloire (ou moins glorieuses d'ailleurs) qui se sont écrites sur le long terme. De l'autre, les "clubs en plastique" - comme les surnomment leurs détracteurs - qui prétendent aux hautes sphères après une éclosion ultra rapide, à grands coups de millions.

"Hopp représente cette école très critiquée en Allemagne, comme Leipzig, le Bayer Leverkusen, Wolfsburg ou le Carl Zeiss Iéna en troisième division, qui pourrait être considéré comme un 'club en plastique', ajoute notre consultant Allemagne. On oppose les 'plastic clubs' aux clubs historiques, comme le Bayern... indépendamment de la façon dont eux trouvent leur argent d'ailleurs. C'est aussi l'évolution des mentalités: dans les années 1970, quand quelqu'un donnait de l'argent, il ne passait pas son temps à faire de la pub pour dire qu'il donnait de l'argent." Il est l'une des rares exceptions à la règle du "50+1", qui empêchait historiquement une seule personne de posséder plus de 50% d'un club. 

Des attaques ad-hominem

Le problème n'est pas nouveau, d'autant qu'Hoffenheim s'est stabilisé en première division depuis sa montée en 2008. Mais pourquoi resurgit-il aujourd'hui? Qui plus est dans des attaques ad-hominem, contre Dietmar Hopp en tant que personne et non plus en tant que symbole du nouveau système? Après tout, c'est bien sa tête que les ultras de clubs comme Dortmund ou Francfort font figurer au milieu d'une cible sur leurs pancartes... 

Une hypocrisie des dirigeants adverses?

"C'est paradoxal puisque Dietmar Hopp ne met quasiment plus d'argent personnel dans le club", précise Polo Breitner, expliquant que le système mis en place par l'homme d'affaire "fonctionne désormais de lui-même" dans une forme d'autogestion, et donc de rentabilité. 

Hoffenheim est finalement un peu rentré dans le rang en Bundesliga. Les dirigeants adverses semblent même l'avoir accepté comme l'un des leurs, à l'instar d'un Karl-Heinz Rummenigge bras dessus, bras dessous avec la figure d'Hoffenheim samedi, face à la gronde des supporters de son club du Bayern. 

"Ce qu'il s’est passé dans les tribunes est inexcusable, c’était le mauvais visage du Bayern [...] J’ai été choqué par ce qu'il s’est passé, c’était une vraie honte", s'est même insurgé le président bavarois en zone mixte, expliquant avoir "tout de suite pris l'initiative de m'excuser auprès de Dietmar Hopp". Pas sûr que les ultras bavarois apprécient ce qui pourrait être considéré comme une certaines hypocrisie. En attendant, les sanctions devraient être lourdes.

A.Bouchery