RMC Sport

Adebayor : « Le chef de l'Etat a décidé, on va rentrer »

-

- - -

En direct sur RMC, le capitaine du togolais Emmanuel Adebayor a annoncé la décision de finalement se plier à la volonté du gouvernement et de se retirer de la CAN. Il ne dissimule pas son amertume. Manifestement, il aurait préféré jouer.

Qu’est-ce qui vous avait décidé, entre 18h et 1h du matin ce dimanche, à changer d’avis et finalement décider de prendre part à la CAN ?
On a passé des moments très, très difficiles. On a fait une réunion entre joueurs hier (samedi) et on s’est dit qu’on était quand même des footballeurs. On a tous décidé de faire quelque chose de beau pour le pays et de jouer pour rendre hommage à ceux qui sont morts. Malheureusement, le chef de l’Etat et les autorités du pays en ont décidé autrement. On va donc plier bagages et rentrer chez nous.

N’aviez-vous pas peur qu’une nouvelle attaque se produise ?
Oui mais ce vendredi à 14h30, on était tous morts dans ce bus. On a envoyé nos derniers messages à nos familles. On a appelé nos proches pour prononcer nos derniers mots. Je me suis dit : « Si on est encore là, sur la terre angolaise, pourquoi ne pas faire la CAN ? » Ce qu’on a vécu va nous marquer à vie. Aujourd’hui, les autorités ont décidé de rentrer, on va rentrer. Mais est-ce que les gens qui ont laissé leur peau, qui sont morts pour nous, vont être contents qu’on rentre ? Je ne sais pas.

« La compétition aurait dû être annulée »

Rester jouer à Cabinda paraissant difficilement imaginable…
En tant que capitaine et porte-parole du Togo, j’ai parlé avec toutes les autorités. Je leur ai dit de prendre les mesures nécessaires pour notre sécurité. J’en ai parlé avec le capitaine et la délégation de la Côte d’Ivoire et avec les Ghanéens. Ils m’ont exprimé leur soutien en disant qu’ils étaient prêts à quitter la compétition si on le faisait. A la fin de la journée, on s’est rendu compte qu’ils étaient prêts à poursuivre. C’est quand même un continent sur lequel une Coupe du monde va avoir lieu en Afrique du Sud. Si on parle de morts, la compétition aurait dû être annulée. Mais la CAF en a décidé autrement. Nous, on va rentrer et on souhaite bon courage à ceux qui vont rester, surtout au Burkina Faso, à la Côte d’Ivoire et au Ghana (qui devaient être les adversaires du Togo dans le groupe B, ndlr). Ce que j’ai dit à leurs dirigeants, c’est qu’ils peuvent être attaqués à Cabinda à tout moment. J’espère qu’ils vont être prudents.

Le chef de l’Etat Faure Gnassingbé vous a-t-il appelé en personne pour vous demander de respecter sa décision de vous faire rentrer ?
C’est ce qui a fait la différence. On a aussi nos familles et nos proches au pays qui nous ont appelés. Ils nous ont dit qu’on pouvait continuer si on le souhaitait mais que ce sont les autorités qui ont les informations. Est-ce qu’on va être réattaqué ? On n’en sait rien. S’ils nous ont demandé de rentrer, c’est peut-être qu’ils ont reçu un coup de fil disant que la menace n’était pas passée. On est obligé de respecter ça. Le chef de l’Etat sait ce qui est bien pour notre carrière et pour nos vies.

Quand allez-vous rentrer ?
L’avion présidentiel va venir nous chercher. Quand j’ai eu le président il y a trois quarts d’heure, il m’a dit que l’avion venait de quitter Lomé, il y a trois quarts d’heure déjà (il était 11h30 au moment de l’interview, ndlr). Il y a environ deux heures de vol entre Lomé et Cabinda. Le temps ensuite de faire le plein et on partira dans deux ou trois heures.

La rédaction-Larqué Foot