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CAN 2015 : dix choses à savoir sur la Guinée équatoriale

Le stade de Malabo

Le stade de Malabo - AFP

La Guinée équatoriale accueille la 30e Coupe d’Afrique des Nations de l’histoire à partir de samedi. Mais quel est ce pays qui a remplacé le Maroc, hôte initial ayant décliné l’organisation en raison des risques de propagation du virus Ebola ? RMC Sport vous apporte quelques éléments de réponse.

Un pays grand comme la Bretagne

La Guinée équatoriale est un petit pays d’Afrique centrale. Avec 28 000 km², sa superficie est quasiment équivalente à celle de la Bretagne. Sa partie continentale est coincée entre le Cameroun au nord et le Gabon à l’est et au sud. La Guinée équatoriale est également composée de plusieurs îles, dont l’île de Bioko dans le Golfe de Guinée, où se trouve la capitale Malabo.

Le seul pays hispanophone d’Afrique

Ancienne colonie ibérique, l’espagnol est la première langue du pays, indépendant depuis 1968. Mais le français y est aussi parlé.

Teodora Obiang, un dictateur de plus en plus contesté

Au pouvoir depuis 1979, le président Teodoro Obiang (72 ans) a été réélu en 2009 avec 95% de voix. Jugé moins violent que son prédécesseur, son oncle Francisco Macias, il est de plus en plus contesté. « Pour les générations plus âgées, c’est un régime relativement modéré mais la jeune génération vit plus difficilement avec ce modèle, confirme Jean-Marc Lefebvre, professeur d’histoire-géographie et président de l’association France-Guinée équatoriale. Il y a récemment eu des secousses à l’université. Les étudiants n’acceptent pas certaines privations de libertés. »

Le pétrole, principale source de richesse…

Souvent comparée à un émirat africain, la Guinée équatoriale est le 3e producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne derrière le Nigéria et l’Angola. Le pétrole y est exploité depuis le début des années 90.

…. mais aussi de disparité et d’inquiétude

Mais la production est en baisse constante en raison de la raréfaction des ressources (300 000 barils par jour en 2014 contre 430 000 en 2007). Ajoutée à l’effondrement du prix du baril de pétrole (divisé par deux depuis juin 2014), cela a conduit le pays à la récession ces deux dernières années et oblige le pays à réfléchir à l’après-pétrole. Le gaz naturel et le tourisme sont deux pistes de développement économique. « Le pétrole a totalement changé la donne mais la richesse n’est pas partagée de façon aussi équitable qu’on pourrait le souhaiter, déplore Jean-Marc Lefebvre. Il y a une classe très aisée et le gros de la population qui a les caractéristiques d’un pays pauvre. Il n’y a pas de classe moyenne comme en Europe. »

Un pays doté d‘infrastructures modernes

L’argent du pétrole a permis de doter le pays d’aéroports neufs, du premier port d’Afrique en eau profonde à Malabo, d’autoroutes à quatre voies tracées en pleine forêt, d’hôtels de luxe… D’autres chantiers pharaoniques se poursuivent, notamment à Oyola sur la partie continentale, où est en cours de construction une ville nouvelle sur le modèle brésilien de Brasilia avec palais présidentiel, ministères, universités, hôtels de luxe, etc…

Des inégalités de plus en plus importantes

« Certains disent que la rampe pétrolière a peut-être été gâchée dans des projets un peu trop ambitieux », admet Jean-Marc Lefebvre. Grâce à la manne pétrolière, le pays possède le plus haut revenu par habitant d’Afrique : 24 000 dollars, un niveau proche du Portugal. Mais c’est un trompe-l’œil, le simple résultat d’une division entre l’énorme PIB par sa faible population, 755 000 personnes. « La vie du peuple est vraiment cachée, regrette Raimundo Ela Nsang, secrétaire général de la CORED, la coalition d’opposition politique de Guinée équatoriale en exil en France. Avant le pétrole, le taux de pauvreté était à 70%. Après, alors que le PIB est passé de 300 à 24000 dollars par habitant, il est passé à 80% ! Il faut voir l’état des hôpitaux et comme les gens vivent… » En Guinée équatoriale, l’espérance de vie est de 51 ans (contre 63 ans au Gabon voisin, où le PNB par habitant est pourtant deux fois plus faible). 20% des enfants meurent avant l’âge de 5 ans. Moins de la moitié de la population a accès à l’eau potable. Moins de 1% du PIB est consacré à l’éducation.

L’un des pays les plus corrompus au monde

La Guinée équatoriale est l’un des pays les plus corrompus au monde, seulement classée 163e sur 175 par l’ONG Transparency International.

Un peuple privé de liberté de la presse et politique

D’après le dernier classement sur la liberté de la presse réalisé par Reporters sans frontières, la Guinée équatoriale apparaît en 168e position sur 180 pays. Seuls Cuba, l’Iran, la Chine et la Corée du Nord notamment font pire. « C’est un trou noir de l’information, selon Reporters sans frontières, avec une absence totale de médias indépendants. » Les libertés politiques y sont aussi bafouées. Un seul parti d’opposition tente d’exister sur place : la CPDS (Convergence pour la démocratie sociale). Les autres partis se sont exilés en Espagne et en France et ont créé la CORED (la Coalition d’opposition pour la restauration d’un état démocratique).

La CAN 2015 comme vitrine

Le président Obiang organise de multiples sommets d’Etat africains dans son pays pour donner une crédibilité à son régime et le faire connaître sur la scène internationale. La Coupe d’Afrique des Nations 2015 - comme celle de 2012 co-organisée avec le Gabon - participe à cet objectif. « C’est une bonne chose, juge Felix, chauffeur de taxi à Malabo, la capitale de la Guinée équatoriale. Les gens vont louer des voitures, réserver des chambres d’hôtel, ils vont manger…. Ça apporte de l’argent. » Un avis que ne pas partagent pas tous les Equato-guinéens. « Au lieu de développer le pays, il a choisi la stratégie de placer notre pays dans un grand théâtre d’événements internationaux, regrette Raimundo Ela Nsang, secrétaire général de la CORED. Il profite de la CAN pour donner une bouffée d’oxygène à son régime. »

Aurélien Brossier avec Jérôme Sillon