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Simonin : « Certains ne pensent qu’à se tirer »

Emmanuel Adebayor ne veut pas jouer les matches à Cabinda

Emmanuel Adebayor ne veut pas jouer les matches à Cabinda - -

Philippe Simonin est le préparateur physique du Togo. Il revient sur l’attaque dont a été victime la sélection des Eperviers et sur ce qui est arrivé ensuite.

Que s’est-il passé ce matin au sein de la sélection du Togo et lors de l’attaque?
On a eu la visite du président intérimaire de la fédération togolaise ce matin. Il est venu pour savoir quel était notre état d’esprit. On a compris que Cabinda se trouvait dans une enclave angolaise au Congo. On a été pris dans une embuscade dans ce territoire de prédilection des rebelles. Cette embuscade a été réalisée avec des moyens militaires. Une roquette a été tirée sur le bus de nos bagages. Ensuite ils ont ouvert le feu avec des armes automatiques. Il y avait une volonté de tuer. Sans la présence des policiers angolais qui ont répliqué, je pense que les rebelles seraient venus nous finir.

Est-ce que vous pensez que les rebelles vous visaient vous joueurs ou au contraire ils visaient l’armée angolaise ?
C’était la délégation. Ils voulaient toucher une cible symbolique pour avoir un gros écho médiatique et c’est ce qu’ils ont fait. Les policiers angolais nous ont sauvés la vie. Les policiers nous ont extrait un par un, avant de nous mettre dans des voitures avec la tête sur le sol. On a fait une heure et quart de voyage avec la gueule par terre pour nous protéger. Arrivé à Cabinda, on a vu le stade flambant neuf. Il y a d’un côté la brousse et de l’autre la ville. Adebayor disait qu’on ne pouvait pas se sentir en sécurité après ce qu’on avait vécu avec juste à côté la brousse où sont les rebelles. On pense que le site de Cabinda n’est pas approprié pour la compétition et c’est ce que notre capitaine a dit. Il a expliqué que si on devait continuer la Coupe d’Afrique ça ne serait pas à Cabinda. Si on était forcé de jouer à Cabinda on ne resterait pas. En sortant de l’hôpital, on a rejoint notre hôtel à pied avec nos bagages, sans bus ni escorte. L’organisation est très approximative. Personne ne parle ni anglais, ni français. Hier, il y avait un gros désarroi dans la délégation à tel point qu’on n’a pas pris toutes nos villas. On a pris que quatre villas. Les joueurs ont dormi ensemble, par terre, tous groupés. Certains n’ont pas trouvé le sommeil.

Qu’est ce que vous attendez maintenant ?
Adebayor et le sélectionneur sont allés voir les blessés. La plupart des joueurs sont dans la salle où on doit manger. On n’a plus d’accès téléphonique ni internet. On est dans un flou artistique. On n’a pas de ligne de la part des autorités togolaises. Quant aux gens de la CAF ils sont plus qu’absents. On n’a vu personne. Ils sont venus nous voir à l’hôpital pour nos accréditations, on les a envoyé paître en leur disant que des gens sont entre la vie et la mort. Il y a eu une volonté de minimiser l’incident. Ici on a dit que c’était un pneu qui avait éclaté… On comprend qu’il faut la CAN se joue. Le show must go on. Si on doit la jouer on ne sait pas dans quel état, car on n’a pas dormi, il nous est arrivé une histoire folle. Il y a aura de la solidarité. Ce match c’est toute notre vie qu’on s’en souviendra.

Il y a-t-il des chances pour que le Togo joue ?
On a très vite compris que l’incident nous dépassait et qu’il se réglait entre Etats. Des joueurs ne veulent pas jouer. Certains ont peur. D’autres ont pleuré. Certains n’ont qu’une hâte c’est de se tirer.

La rédaction