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Togo : le récit d’un retrait inéluctable

L'attaquant de Manchester City et ses coéquipiers togolais ne participeront pas à la CAN 2010.

L'attaquant de Manchester City et ses coéquipiers togolais ne participeront pas à la CAN 2010. - -

Les Eperviers ont logiquement décidé de se retirer de la CAN au lendemain du mitraillage de leur bus, qui a fait trois morts selon le dernier bilan. La compétition débute ce dimanche comme prévu.

La CAN 2010 se déroulera sans le pays auquel elle restera à jamais liée. Au lendemain de l’ahurissant mitraillage de son bus, la sélection togolaise a déclaré forfait samedi pour la compétition angolaise. « Nous avons rencontré les autorités et on a décidé de rentrer à Lomé dans les prochaines heures, a expliqué à RMC le milieu de terrain Guillaume Brenner, peu de temps avant l’officialisation de la nouvelle. C’est une décision sage. Ce serait un manque de respect de jouer par rapport aux personnes décédées. »

En vingt-quatre heures, le bilan s’est en effet alourdi de deux nouvelles victimes. Au chauffeur du bus, se sont ajoutés le chargé de communication Stanislas Ocloo et l'entraîneur-adjoint Abalo Amelete, qui ont succombé à leurs blessures à l’aube. L’incertitude a également plané toute la journée sur le sort de Kodjovi Obilalé, plusieurs de ses coéquipiers pensant à tort qu’il était décédé, comme nous l’avait déclaré Jonathan Ayité. Le gardien de Pontivy (CFA), touché aux reins et à l’abdomen, a en fait été transféré à Johannesburg, en Afrique du sud, où il devait être opéré rapidement. « Il est conscient et dans un état stable », a expliqué à l’AFP le Dr Richard Friedland, président de la clinique de Milpark.

Bamogo : « La fête est gâchée »

Après s’être entretenu avec les autorités locales, le président de la Confédération africaine de football (CAF), Issa Hayatou, a de son côté décidé de maintenir le tournoi. Le secrétaire général de la CAF Moustapha Fahmy a confirmé en soirée que le groupe B se disputerait entre les trois équipes restantes (Côte d'Ivoire, Ghana et Burkina Faso), « faute de temps ». Les rencontres programmées à Cabinda ne seront elles pas délocalisées. « La fête est de toute façon gâchée, a déclaré à RMC Sport l’attaquant burkinabais Habib Bamogo, qui devait affronter le Togo dans le groupe B. C’est très grave ce qu’il vient de se passer. Maintenant, l’état d’esprit de la CAN est totalement différent. »

« Je ne sais pas quels pays vont rester mais je leur souhaite bon courage, déclarait plus tôt Jonathan Ayité. C’est inadmissible de créer un centre olympique (la « Villa Olympique » où résident l’équipe togolaise et ses trois adversaires, ndlr) dans une ville qui est encore en guerre. Ça nous est arrivé à nous mais ça aurait pu arriver à une autre équipe. En plus on nous accuse d’avoir traversé le Congo en bus, mais le Burkina l’a fait lundi ! Ils ont eu plus de chance. Il faut que les autorités arrêtent de minimiser la chose. Il faut dire la vérité. »

Le long travail d’oubli et de deuil

Une colère qui s’explique par la légèreté avec laquelle le directeur de la communication de la CAF, Souleymane Habuba, avait critiqué le mode de transport des Eperviers. « Si cet homme a pu parler au nom de la CAF, nous demandons à la CAF de présenter ses excuses au peuple togolais », a répondu à l’AFP le ministre de l'administration territoriale et porte-parole du gouvernement togolais Pascal Bodjona, après avoir annoncé le rappel de l'équipe à Lomé.

Selon le sélectionneur togolais, ce retour au pays devrait s’effectuer « dimanche matin, mais on ne sait pas encore à quelle heure ». Les coéquipiers d’Emmanuel Adebayor vont donc passer une dernière nuit en Angola. Pourra alors s’engager le long travail d’oubli et de deuil. Pendant ce temps, à Luanda, 50 000 spectateurs assisteront au match d’ouverture (Angola-Mali) de cette 27e CAN mal-née.

La rédaction