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Vahid en guerre contre la presse algérienne

Vahid Halilhodzic

Vahid Halilhodzic - -

Vahid Halilhodzic, le sélectionneur des Fennecs, entretient des relations très tendues avec les journalistes algériens. Ces derniers lui reprochent son attitude méprisante et sa préférence pour les médias français. Depuis le début de la CAN, l’ambiance est même électrique.

Il s’engouffre sur le parking jouxtant le stade de Rustenburg, escorté par un vigile. Regard noir et port altier, Vahid Halihodzic vient de boucler sa conférence de presse. Le sélectionneur des Fennecs se dirige vers la voiture qui l’attend quelques mètres plus loin. Un groupe de journalistes algériens lui emboite le pas. L’un d’eux, Djamel Rachedi, rédacteur en chef de l’Agence Presse Algérie, l’interpelle en français : « On s’est déplacé à 124 journalistes. On représente l’Etat algérien. Vous nous devez plus de considération. Vous accordez plus d’interviews à la presse étrangère qu’à nous ! » La réponse de Vahid fuse : « Qu’est-ce que vous voulez messieurs, vous voulez entrer dans ma chambre ou quoi ?! Je ne suis pas votre salarié, je fais ce que je veux. Vous vous prenez pour qui ? Vous me donnez des leçons de moralité ? C’est incroyable ça ! »

La scène s’est déroulée ce jeudi, vers 11h30. Elle témoigne de l’énorme tension qui règne actuellement entre Halilhodzic et la presse algérienne. La cohabitation était déjà délicate depuis plusieurs mois. La défaite face à la Tunisie, lors du premier match de la Coupe d’Afrique des Nations (1-0), n’a fait qu’envenimer les choses. Depuis sa prise de fonction à l’été 2011, le coach bosnien s’est mis à dos les journalistes locaux. Ces derniers lui reprochent d’être froid et distant avec eux. Ils vivent mal le fait que l’ancien entraîneur du PSG préfère les médias étrangers pour se confier. « Il nous méprise et ça commence à irriter tout le monde, peste Moumen Aït Kaci, journaliste chez Le Buteur. On en a marre de lire ses interviews dans les grands quotidiens français alors qu’il n’est pas disponible pour nous. On a plus facilement accès à Didier Drogba ou Emmanuel Adebayor ! Pourtant, on est journalistes mais aussi supporters. On adule les Fennecs ».

Un journaliste algérien : « On ne lui demande pas de faire le ramadan ! »

Un ras-le-bol que « Coach Vahid » ne fait rien pour atténuer. Au contraire. Lundi dernier, à la veille du match contre la Tunisie, l’entraîneur de 60 ans s’est permis une belle provocation. Alors que de nombreux journalistes algériens attendaient devant la salle de presse, trop petite pour tous les accueillir, Halilhodzic a insisté auprès du service de sécurité pour qu’un reporter français, arrivé en retard, puisse prendre place à l’intérieur. Face aux protestations des journalistes algériens, il leur a lancé, sourire aux lèvres : « S’il était Algérien, je ne l’aurais pas laissé entrer et je suis même prêt à lui faire un bisou ! ». Pour beaucoup de suiveurs des Fennecs, Vahid cherche à faire parler de lui en France afin de retrouver rapidement un banc en Ligue 1.

« Il a peut-être d’autres ambitions, souffle Rachedi. Peut-être que l’équipe algérienne ne vaut pas Lille ou le PSG et qu’il rêve de prendre la place de Monsieur Ancelotti. Nous, tout ce qu’on veut, c’est qu’il s’adapte aux circonstances et aux coutumes de notre pays. On ne lui demande pas de faire le ramadan ! On veut juste qu’il discute normalement avec nous. Vraiment, on a les boules ». De son côté, le natif d’ex-Yougoslavie reproche aux journalistes algériens de mettre trop de pression sur son équipe. Dans ce contexte électrique, le match face au Togo s’annonce capital samedi. Les Fennecs doivent absolument s’imposer pour rester dans la course aux quarts de finale. Dans le cas contraire, la conférence d’après-match de Vahid promet de rester dans les annales…

Alexandre Jaquin avec Nicolas Jamain, avec Rustenburg