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Magenta n’a pas froid aux yeux

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Les joueurs de l’AS Magenta, club de la Ligue de Nouvelle-Calédonie, sont arrivés lundi en métropole pour préparer leur huitième tour de Coupe de France samedi à 13h contre le Paris FC. Chroniques d’une équipe en état de choc... thermique.

Pour certains joueurs de l’AS Magenta, c’est la première fois qu’ils voient de la neige. « On a fait la guerre avec des boules de neige avec mes coéquipiers », lance l’un d’eux, tout sourire malgré le froid, le bonnet enfoncé sur la tête jusqu’aux yeux. A côté de lui, Willson, l’un de ses coéquipiers, l’écharpe du PSG autour du cou, ne veut pas sortir les mains des poches, même dans le forum des Halles à Paris.
Si les dirigeants du club calédonien ont emmené leur équipe dans l’un des temples du shopping parisien, ce n’est pas pour qu’ils se réchauffent. C’est simplement pour éviter la sieste tentatrice. Dix heures de décalage horaire doivent être digérées en plus du choc thermique, sans parler des quelques vingt-deux heures de voyage, escales non comprises.
L’après-midi lèche-vitrines s’achève, mais quatre joueurs manquent au rendez-vous pour prendre le RER B jusqu’à la Gare du Nord. Un autre joueur oublie quant à lui de descendre sur le quai. L’équipe, retranché de cinq éléments, s’engouffre dans le train direction Ermont-Eaubonne où l’AS Magenta est logée et s’entraîne. Dans le train, le président Edmond Bowen et l’entraîneur Alain Moizan sont hilares, en pensant à leurs joueurs égarés, surtout à celui qui n’est pas descendu du RER. « Ce n’est pas à lui qu’il fallait que ça arrive », lance le président avant de se demander s’il ne faut pas « avertir la presse : l’AS Magenta recherche un latéral gauche ! »
Entre-temps, Edmond Bowen a dû s’énerver au téléphone car les équipements n’étaient pas arrivés le matin. « Ça nous coûte énormément d’argent, là il a fallu qu’on achète des vestes, des gants, des bonnets, des survêtements d’entraînements, des chaussures à crampons vissés. » Autant de choses inutiles en Nouvelle-Calédonie.

« Question football, c’est catastrophique ! »

Ce soir-là, seuls les vestes et les gants sont arrivés. Les « vissés » ne seront livrés que le lendemain. Mais même si certains, qui rigolaient le matin en faisant des boules de neige, n’ont « pas du tout envie d’aller s’entraîner », coach et président ne veulent rien entendre : « On est venu pour jouer au football, pas pour aller acheter des sandwiches à Châtelet-les Halles, avertit Edmond Bowen. Les conditions météo ne vont peut-être pas changer jusqu’à samedi, et ça m’étonnerait que le match soit annulé même s’il neige, donc il faut s’habituer à ces conditions. On est des guerriers, on est venu gagner le huitième tour, on se prépare à toutes les conditions. »
La séance durera quarante-cinq minutes, à base de footing, de toros, et d’exercices de tirs au but. A la fin de cet entraînement, Willson est pressé de se mettre au chaud « question football, c’est catastrophique, le ballon ne circule pas bien, mais bon, pour une première fois à jouer sur la neige, on apprécie ça, on en profite. »
Tous les autres entraînements auront lieu dans les mêmes conditions. D’ici au match, l’équipe de l’AS Magenta, dernier club d’Outre-Mer encore en lice, va aussi enchaîner les réceptions et les rencontres : la FFF, le Camp des Loges avec Antoine Kombouaré, et la Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris. Il faut dire que c’est la première fois dans l’histoire du football calédonien qu’un club atteint le huitième tour de la Coupe de France. Et malgré le froid et la neige, l’AS Magenta compte bien continuer son chemin, et faire honneur à tous ses supporters, et à tous les « ultra-marins » en général.