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Coupe du monde 2022: pourquoi le match Espagne-Kosovo est très tendu en coulisses

L'Espagne reçoit ce mercredi soir à Séville le Kosovo (20h45) dans le cadre des éliminatoires du Mondial 2022. Une affiche très politique, dans la mesure où le gouvernement espagnol refuse toujours de reconnaître l'indépendance de l'ancienne province serbe.

Après son nul contre la Grèce jeudi dernier (1-1), puis sa courte victoire en Géorgie dimanche (2-1), l'Espagne achèvera ce mercredi soir cette trêve internationale avec la réception du Kosovo (20h45) pour les qualifications au Mondial 2022. Si le match entre la 6e nation au classement Fifa et la 117e s'annonce assez déséquilibré, il pourrait en revanche être tendu. En coulisses, il l'est déjà.

Pourquoi? Parce que l'Espagne, avec la Grèce, la Slovaquie, la Roumanie et Chypre, est l'un des cinq pays de l'Union européenne à ne pas reconnaître l'indépendance de l'ancienne province serbe. Et ce n'est pas sans conséquence.

La provocation de la Fédé espagnole

Depuis que l'affiche est connue, le duel sportif a pris une sérieuse dimension politique. Le Kosovo, majoritairement peuplé d'Albanais, semble considérer ce match comme une forme d'affirmation nationale. De son côté, Madrid assure qu'il s'agit d'un simple "événement sportif". Et pourtant, la polémique est née lorsque la Fédération espagnole de football (RFEF) a publié le calendrier de la "Roja" pour les éliminatoires de la prochaine Coupe du monde contre la Grèce, la Géorgie et le "territoire du Kosovo".

L'appellation "territoire" a suscité l'ire de la Fédération kosovare, qui a relevé dans un communiqué que "le Kosovo est un État indépendant" et a menacé de ne pas jouer le match si elle n'était pas autorisée à utiliser son hymne et son drapeau. "Nous étions prêts à ne pas aller en Espagne en raison du contexte politique", a déclaré à l'AFP le secrétaire général de la Fédération kosovare, Eroll Salihu.

Le Kosovo, un mauvais exemple pour la Catalogne ?

Au grand dam de Belgrade, qui considère toujours le Kosovo comme partie intégrante de son territoire, l'UEFA et la Fifa reconnaissent depuis 2016 le Kosovo - qui a déclaré son indépendance de la Serbie en 2008 - comme un membre de plein droit. Mais des pays européens comme l'Espagne, ou des puissances comme la Chine et la Russie, ne le reconnaissent toujours pas.

Le gouvernement espagnol ne veut pas revoir sa position sur ce sujet, principalement pour des raisons nationales. Madrid, confrontée à ses propres tensions séparatistes dans des régions comme la Catalogne ou le Pays Basque, craint que l'exemple kosovar, malgré la distance géographique, ne donne des arguments à sa population.

Une possible censure à la télévision

Si la RFEF a assuré qu'elle se conformera aux règlements de la Fifa et de l'UEFA ainsi qu'à leurs protocoles, ce qui signifie que l'hymne kosovar pourra être joué à Séville, et le drapeau affiché, la retransmission du match pourrait donner lieu à une forme de censure à la télévision publique espagnole.

Selon Marca, le terme "Kosovo" en tant que pays ne peut être prononcé sur le service public, et les commentateurs pourraient donc plutôt parler de match entre l'Espagne et "la Fédération de football du Kosovo". De même, l'hymne kosovar pourrait ne pas être diffusé aux téléspectateurs espagnols. Ce qui reste à confirmer...

Un passé chargé

La position de l'Espagne sur le Kosovo a déjà généré des tensions dans le sport par le passé. L'Espagne a par exemple refusé d'accueillir les rencontres du tour d'élite de qualification pour les championnats d'Europe 2019 des moins de 17 ans opposant sa sélection, la Grèce, le Kosovo et l'Ukraine, qui se sont finalement jouées à Nyon (Suisse).

En novembre 2018, les participants kosovars aux championnats du monde de karaté à Madrid ont en outre dû le faire sous la bannière de la Fédération internationale de karaté, au grand agacement du Comité international olympique (CIO), qui avait durci le ton.

C.C. avec AFP