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Carton rouge pour les arbitres français !

Stéphane Lannoy lors d'Israël-Portugal en mars 2013

Stéphane Lannoy lors d'Israël-Portugal en mars 2013 - -

Aucun arbitre français n’officiera lors de la Coupe du monde 2014. Une triste première depuis 1974 que Pascal Garibian, le directeur technique de l’arbitrage, dédramatise. Et que Gilles Veissière, ex-arbitre international, déplore fermement.

Soixante-quinze arbitres au Brésil. Et aucun Français… Pour la première fois depuis 1974, les hommes en noir, ou plus souvent en jaune désormais, de l’Hexagone ne seront pas représentés à la Coupe du monde. Une absence « historique » qui ressemble pour la Fédération française de football à une humiliation, à une punition génératrice d’un sentiment de honte qu’elle préfère naturellement cacher. « Nous sommes évidemment très déçus, reconnaît le président de la FFF, Noël Le Graët, dans un communiqué. Cette décision nous démontre que notre arbitrage, actuellement en pleine réforme, doit encore accomplir du travail pour faire partie du plus haut niveau international. C’est notre objectif. Et nous allons redoubler d’efforts pour y parvenir. »

Comment Stéphane Lannoy, la meilleure chance tricolore, a pu passer à côté de la sélection pour le Brésil ? Pour une question de réduction des effectifs et d’état de forme, selon Pascal Garibian. « La FIFA a décidé de réduire le nombre d’arbitres sélectionnés, explique le directeur technique de l’arbitrage (DTA) à RMC Sport. Il y a 25 trios contre 30 pour la Coupe du monde 2010. Et un trio de moins au niveau européen. Les prestations arbitrales de Stéphane (Lannoy) ces derniers mois, sur la scène internationale, ont été particulièrement performantes. Il est peut-être possible que sa blessure, fin 2012, ait pu faire craindre à la FIFA une certaine fragilité physique. Il n’a absolument pas démérité. Ce n’est pas un échec pour Stéphane Lannoy. »

Un positivisme et une invitation à la poursuite de la réforme de l’arbitrage, que ne partagent pas Gilles Veissière. Pour l’ancien arbitre international, désormais conseiller municipal et adjoint aux sports à la ville de Nice, « c’est une catastrophe ». « C’est le constat de l’échec total d’une politique qui n’a pas été celle ce que je proclame depuis mon départ, c’est-à-dire retrouver un arbitrage passion, clame-t-il en faisant ressurgir l’éternelle guerre des arbitres. A vouloir à tout prix se professionnaliser et à penser à son avenir financier, on a oublié l’essentiel : le jeu, le sport, la passion. Quand vous n’êtes plus passionné, il n’y a plus de résultats. » Une descente en règle des choix et des hommes de la FFF.

Pour Veissière, « Batta a fait beaucoup, beaucoup de mal »

« En ayant mis (Marc) Batta (DTA de 2004 à 2013, ndlr), on a mis un usurpateur, poursuit Veissière. Il a fait de l’argent. C’est ce qui l’intéressait. Il a fait beaucoup, beaucoup de mal. Et là-dessus, on a mis un Bertrand Layec qui a fait des arbitres, des petits militaires et des petits robots. On a oublié l’âme de l’arbitre. » La personnalité des gouvernants à l’origine des maux de l’arbitrage ? « Les arbitres français sont de bons arbitres, estime Veissière. Mais on a donné trop de place à des gens qui pensaient plus à faire du syndicalisme au lieu de faire de l’arbitrage. Ils ont pris de moins en moins de risques dans leur manière de gérer les matchs, c’est-à-dire d’aller vers le jeu, parce qu’ils devaient défendre leurs intérêts personnels en devenant professionnels. On s’est retrouvé avec des PME qui devaient gérer des matchs de football. »

Nommé en juillet 2013, Pascal Garibian assure que le changement est en marche. « Les réformes ont été faites, souligne-t-il. C’est un travail quotidien. Il s’agit de faire en sorte que nos arbitres internationaux progressent, marche après marche. Et puis nous sommes déjà au travail pour détecter nos meilleurs jeunes talents. La décision de la FIFA renforce notre conviction que nous devons travailler, encore et encore. » Reste une interrogation, sur la capacité des arbitres français à répondre à l'avenir aux attentes de la FIFA, qui indique que « la sélection des officiels pour le Brésil s’est faite essentiellement sur la base de leur personnalité et de la qualité de leur compréhension du football en termes de lecture du jeu et de reconnaissance des approches tactiques des équipes dans chaque match ». Pascal Garibian demande à ses arbitres « une ouverture d’esprit, sur le terrain et en dehors ». Suffisant ?

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La rédaction