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Comment le foot fabrique des talents au Brésil

Jaizinho, star des années 1970 "au chevet" des jeunes défavorisés

Jaizinho, star des années 1970 "au chevet" des jeunes défavorisés - -

« La Fabrique de talents de l’Ouragan », c’est le nom donné à une école de football dans une favela de Rio de Janeiro. Une école fondée par Jairzinho, surnommé l’« Ouragan de 70 » après son festival de buts lors du Mondial 1970.

REPORTAGE RMC SPORT. « Soyez créatifs ! Vous devez être créatifs ! C’est ça le football ! » martèle Jairzinho à un groupe de joueurs en action. La silhouette s’est épaissie autant que la touffe de cheveux a diminué, mais à 69 ans, Jair Ventura Filho a toujours une passion intacte pour le foot et une conscience aigüe de ce qu’il doit au ballon. Bien avant de devenir le premier -et toujours seul à ce jour- joueur à marquer au moins un but par match (7 buts en six matches) lors d’une même Coupe du monde, ce qui lui vaut ce surnom « Ouragan de 70 », lui aussi est né dans une favela, dans un milieu extrêmement défavorisé. C’est donc naturellement qu’il a créé avec d’autres cette « Fabrique de talents » pour rendre ce que le foot lui a apporté. »

Cette école se trouve dans la petite favela de Varginha, dans la zone nord de Rio de Janeiro. Ce n’est pas la favela la plus pauvre de la mégalopole, elle a été pacifiée, mais son surnom passé (« La Bande de Gaza ») rappelle qu’ici, un mur séparait deux gangs rivaux, et que s’y aventurer relevait de l’inconscience.

Discipline, respect et citoyenneté

Ce terrain de foot représente donc à la fois une échappatoire et un espoir pour ces jeunes. Certains comme Luiz Claudio, 13 ans, viennent « juste pour jouer au ballon car s’il n’y avait pas le football, je resterais à la maison. » D’autres, la plupart, rêvent de devenir professionnel, comme Fernando, 15 ans, qui souhaite « offrir un jour une meilleure maison à ma mère. » Ils viennent de Varginha ou des favelas environnantes. Parfois de beaucoup plus loin. C’est le cas de Tadayuki, surnommé Youri. Ce défenseur, 16 ans, fan de Thiago Silva, a quitté sa famille à Goiania, à plus de mille kilomètres de Rio, « pour faire un test ici. J’attends qu’une opportunité apparaisse pour pouvoir rejoindre un grand club. »

Un espoir qui sera vain pour une grande majorité. Mais ce n’est pas l’essentiel pour Jairzinho. « Premièrement, souligne-t-il, on forme des hommes et ensuite, on forme des joueurs. C’est vraiment un projet social, éducatif et sportif. » Car il s’agit avant tout d’éviter que ces enfants ne traînent dans les rues, ne tombent dans la drogue. Le crack a fait des ravages ici. Du coup, à la Fabrique de Talents, on y enseigne les bases de la vie axées sur le triptyque « discipline, respect et citoyenneté ». A commencer par la politesse. « Tu vois l’enfant s’améliorer, observe Jorge Eiras, coordinateur du projet. Tu vois le gamin sortir de la drogue, respecter l’autre, dire « bonjour », dire « merci », dire « excusez-moi ».

Dialogue et écoute

A l’heure de la pause, Jairzinho prend la pause-photo avec l’un de ses élèves, avant d’en prendre un en tête-à-tête. « Jair parle beaucoup avec les gamins, il leur raconte comment il a commencé, qu’il était pauvre aussi, et comment il a réussi à intégrer la sélection brésilienne, à devenir une idole, une star, explique Jorge, un de ses hommes de confiance. Alors c’est un exemple concret pour ces gamins qui veulent y arriver. »

Derrière lui, sur un mur en ruines, des graffitis s’effacent. Il s’agit d’initiales de gangs violents. Jairzinho, Jorge et les autres peuvent en effet être fiers, même s’ils ne veulent pas s’arrêter là : « On voudrait développer ça dans d’autres favélas parce que c’est difficile, il y a beaucoup de favélas défavorisées qui ont besoin d’un travail similaire.»

Rodolphe Massé avec Mélanie Ferreira à Rio de Janeiro