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Coupe du monde : les secrets de la méthode Bergeroo

Les Bleues jouent leur place dans le dernier carré du Mondial canadien face à l’Allemagne, vendredi à Montréal (22h, heure française). Sur le banc tricolore depuis 2013, Philippe Bergeroo (61 ans) a su adapter son style et insuffler sa patte. Décryptage d’une méthode.

Avant de prendre en main les destinées de l’équipe de France féminine à l’été 2013, un vestiaire de filles, Philippe Bergeroo ne connaissait pas. L’adaptation de l’ancien gardien aux plus 500 matches en première division s’est d’abord traduite par de menus détails. Comme par exemple de prévenir les joueuses quelques minutes avant son arrivée dans le vestiaire. Il apprend à soigner son look, bannit la barbe de trois jours pour satisfaire au regard exigeant de ses ouailles. Autant de signes qui ont permis d’instaurer un respect mutuel avant d’appuyer sur le fond de sa démarche.

Son discours, le Basque d’origine au verbe rare le résume ainsi : « Le collectif prime sur l’individuel. Plus on sera juste, plus le collectif sera renforcé. » Si son prédécesseur Bruno Bini avait choisi d’insuffler un « projet de vie », Bergeroo mise sur le « projet de jeu ». Il aligne les meilleures sans se soucier des noms, laisse aux joueuses le soin de gérer les susceptibilités. Il répète sa confiance, rassure et redonne de l’élan à un groupe qui restait sur la déception d’une cruelle 4e place aux JO de Londres.

Adepte, comme l’était Bini, d’un football de possession, il instaure un cadre tactique précis à travers son immuable organisation en 4-4-2. Appuyé par le président de la FFF Noël Le Graët, il étoffe le staff qui s’approche désormais de celui des garçons, élève le degré de professionnalisme du groupe. Et ça marche. Les statistiques de Philippe Bergeroo sont éloquentes, seulement 3 défaites sur les 35 derniers matches. Au Canada, malgré la défaite en phase de poule face à la Colombie (0-2), l’équipe monte en puissance. En se hissant en quart de finale, les Françaises ont assuré leur qualification pour les JO de Rio en 2016. Ce sera avec Philippe Bergeroo.

Bergeroo : « Elles ne veulent que le négatif pour progresser »

Entraineur du PSG d’Anelka au début des années 2000, champion d’Europe à la tête des U17 de la génération 87 des Nasri-Benzema, coach des gardiens français lors du triomphe de 1998, Bergeroo a roulé sa bosse. Et pourtant ses filles l’étonnent. « Au niveau de la réflexion par rapport aux matches, aux entrainements, elles demandent toujours pourquoi on fait ça, raconte Bergeroo. Il faut leur expliquer. Nous faisons des entretiens lignes par lignes pour corriger. C’est extraordinaire, car elles ne veulent pas voir les points positifs. Ça change ! Elles ne veulent voir que le négatif pour progresser. Elles connaissent très bien le football. »

Il ne faut pas non plus céder à la facilité d’imaginer un Bergeroo cantonné au rôle de simple père tranquille. Lorsqu’il faut élever la voix, il sait faire. Les murs du vestiaire tricolore se souviennent encore de la soufflante qui avait suivi une sortie face au Kazakhstan en 2013. « Il est assez discret dans la vie de tous les jours, il intériorise beaucoup, témoigne la défenseuse Jessica Houara. Il parle au bon moment. Quand il a quelque chose à dire, il le dit. Quand il n’est pas content, il le dit également. Ça a encore plus d’impact. » Ces derniers jours, Bergeroo s’est surtout évertué à prendre la pression du quart de finale sur ses épaules : « S’il se passe quelque chose, j’assume, c’est moi le responsable. » Mais avant d’aller au combat face à l’épouvantail allemand, leader au classement Fifa, il répètera sûrement : « J’ai confiance en vous. »

S.R avec J.S