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Le krach des Bleus

Jean-Pierre Escalettes

Jean-Pierre Escalettes - -

Des joueurs aux abois, un staff sur les nerfs, une Fédération exsangue, l'équipe de France se meurt à petit feu. La démission ce dimanche du directeur délégué des Bleus et l'altercation entre Patrice Evra, le capitaine, et Robert Duverne le préparateur physique, n'en sont que les ultimes étincelles.

Dirigeants, quels dirigeants ? – Fernand Sastre doit se retourner dans sa tombe. Pierre angulaire de la Coupe du monde 98, l'ancien président de la FFF a dopé le nombre de licenciés sous son mandat. Depuis, Jean Fournet-Fayard, Claude Simonet et Jean-Pierre Escalettes se sont succédés. Il ne s'est rien passé. Le siège du football français ressemble à une coquille vide, où la prise de décision est collégiale. Personne ne tape du poing sur la table. Personne ne prend de la hauteur. Quelques membres du Conseil Fédéral ont osé émettre des doutes. Mais les vrais patrons se taisent. Le Graët et Platini s'expriment sous perfusion, à mots contrôlés. En permanence. Tous jouent en faveur de leurs propres intérêts. La démission de Jean-Louis Valentin, n°2 de la FFF, est révélatrice : « Je suis écœuré et dégoûté. En ce qui me concerne, c'est terminé ! »
On le serait à moins. La logique voudrait que les autres suivent. Unis comme les cinq doigts de la main dans la victoire, la négociation des primes et les rallonges des sponsors, le seront-ils après le départ de celui qui aurait pu succéder à Jean-Pierre Escalettes ?

Staff, quel staff ? – Si la méthode Domenech est directement à l'origine de l'échec des Bleus, le staff n'a rien arrangé. Le trio Mankoswki-Martini-Duverne regarde voler les libellules. Le rôle du numéro deux est crucial. Queiroz à Manchester, Mourinho à Barcelone, Gasset à Bordeaux, Stephan à Marseille, tous ont eu leur mot à dire. Voire plus. Qu'a dit Mankowski ? Qu'a fait Martini ? Duverne, lui, se bat et peut afficher une belle réussite avec l'OL et les Bleus. Le préparateur physique est dans l'oeil du cyclone depuis hier après-midi et son altercation avec Evra. Depuis 2004 et la nomination de Domenech, le château de cartes bâti par des décennies de générations bleues s'est écroulé. D'un coup de vent. Donadoni, en Italie, n'avait pas survécu à l'Euro 2008. Aujourd'hui, la plupart des membres du Conseil Fédéral reconnaissent qu'il fallait sans doute limoger Domenech. Gérard Houllier, le DTN, l'a reconnu samedi sur RMC : « Je pensais que c'était la meilleure option... » Alors, pour apaiser les tensions, la FFF a nommé Alain Boghossian, caution morale de l'entité 98. Cela n'a rien changé. Pis...

Joueurs, quels joueurs ? – Longtemps rayonnants, les Bleus ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. Les générations 82-86 et 98-2000 sont bel et bien rangées aux oubliettes. L'unité, sur le terrain comme en dehors, l'abnégation, l'envie et la haine de la défaite, élevées au paroxysme, se sont évaporées. La carré magique ou le trio de grognards - Deschamps, Blanc, Thuram - semblent un souvenir préhistorique. Une nébuleuse informelle dont on regrette aujourd'hui le vent de douceur et la légèreté d'un certain 12 juillet 98... Depuis, les Bleus sont bien pâles. Personne n'est le relais du coach sur le terrain. Evra capitaine ? Choix par défaut. Henry ? Calculateur. Ribéry ? Fantôme. Gallas ? Malade imaginaire. Pas de collectif, pas de leader, pas de meneur. Personne à la barre. Bateau ivre, l'équipe de France coule. Les joueurs n'ont pas voulu diriger. Par peur de l'échec. A l'heure où les modes de communication sont multiples, les joueurs ne se parlent pas. La mutinerie d'hier sonne le glas de joueurs désemparés. Fin psychologue, Laurent Blanc devra user de tout son art et remettre à plat des joueurs malades. De leur ego.