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Le récit des dernières heures des Bleus

Patrice Evra

Patrice Evra - -

INFO RMC SPORT : Ce dimanche 20 juin restera comme l’une des plus incroyables journées de l’histoire de l’équipe de France de football. Retour sur ces 24h qui laisseront forcément des traces...

De la réunion du samedi soir aux pleurs de Martini...
Selon nos informations, il apparaît clair qu'un noyau dur de l'équipe de France composé d'Eric Abidal, William Gallas, Patrice Evra et Franck Ribéry a décidé du boycott de l'entraînement. Et ce, avant même le départ de Nicolas Anelka de l'hôtel Pezula. En effet dès samedi soir, les joueurs de l'équipe de France se sont tous réunis dans une pièce pendant une heure en présence de Nicolas Anelka avant d'en ressortir et de laisser l'attaquant de Chelsea quitter Knysna. Dès lors, ces derniers avaient décidé d'une action avec l'idée d’afficher leur soutien à l’attaquant de Chelsea. Cela se matérialisera un peu plus tard par le boycott de l’entraînement du jour.

Depuis ce dimanche matin, l’ambiance est bel et bien pesante dans les couloirs du Pezula hôtel. « Tu ne sens pas des regards de confiance », nous a d’ailleurs glissé un membre du staff ce matin. Pourtant, personne en dehors des joueurs, ne connaissait cette décision de boycotter l'entraînement. Le premier à le découvrir, c’est Raymond Domenech dès sa descente du bus alors que Patrice Evra lui montre le communiqué rédigé par les joueurs (communiqué dont la Fédération française de football pense qu'il n'a pas été écrit par les joueurs eux-mêmes car souligne-t-on, « il est bien écrit sans faute d'orthographe »).

Toutefois, le sélectionneur a tenté de stopper ses joueurs qui se dirigeaient vers le public pour signer des autographes avec des « Attendez, attendez » restés sans réponse. De là s'en est suivi la discussion entre le sélectionneur et son capitaine Patrice Evra dans le rond central du terrain d’entraînement de Knysna. Ensuite, on assistera à l'altercation opposant le préparateur physique, Robert Duverne à Patrice Evra. La démission de Jean-Louis Valentin, directeur délégué de la FFF viendra, quant à elle, un peu plus tard.

Mais le point d’orgue de ce dimanche vraiment pas comme les autres sera atteint avec les pleurs de certains membres du staff lors de l’annonce des joueurs du boycott de la séance. L’entraîneur des gardiens, Bruno Martini, est l’un d’entre eux. Caché derrière le bus de l’équipe de France, ce dernier n’a pas pu retenir ses larmes.

Dans le bus, l'air désinvolte de Gallas, le silence d'Henry
Dans le bus, pendant que Raymond Domenech, Jean-Pierre Escalettes et même René Charrier, membre du conseil fédéral, essayaient de convaincre le groupe des 21 de renoncer au boycott, des attitudes déjà se dégageaient. Celle de William Gallas, par exemple tout au fond affalé sur un siège, l'air désinvolte, selon des témoins. Celle aussi de Thierry Henry étonnamment silencieux. Comme c'est le cas d'ailleurs sur tous les sujets sensibles depuis le début de la Coupe du monde, soulignent des observateurs.

Du coup de fil de Sarkozy à la recherche de Valentin
Après le retour du bus des joueurs et du reste de la délégation à l'hôtel, l'ambiance est évidemment à la défiance. Dans l’urgence, la FFF pond alors un communiqué pour répondre à celui des joueurs. Le président de la Fédération, Jean-Pierre Escalettes, lui, reçoit un coup de fil de Roselyne Bachelot. La ministre de la Santé et des Sports veut s’entretenir avec Patrice Evra et réclame son numéro de portable. Un peu plus tôt dans la journée, Roselyne Bachelot a pour sa part reçu un coup de fil de Nicolas Sarkozy l'obligeant à se rendre à Bloemfontein ce lundi alors qu'elle devait rentrer en France. Le Président de la République lui aurait demandé de rencontrer Jean-Pierre Escalettes, Raymond Domenech et Patrice Evra pour avoir « des explications ». Pendant ce temps, le président délégué de la FFF, Jean-Louis Valentin est lui toujours introuvable. Des membres du conseil fédéral vont dans sa chambre mais ne le trouvent pas. Jean-Louis Valentin reste injoignable.

Des pleurs de Djibril Cissé au départ précipité de Valentin pour Paris
Mais c’est dans la soirée que les choses s'accélèrent. Alors que le dîner, selon des témoins directs, s'est déroulé dans une « ambiance normale ». Les joueurs tous ensemble de leur côté ; le staff de l'autre. Certains Bleus vont voir le staff pour leur expliquer qu'ils regrettent ce qui s'est passé cet après-midi. Par ces mots, ces derniers souhaitent renseigner leur sélectionneur que s’ils se sont montrés solidaires de la décision du boycott, c’était sans réelle motivation. Passe notamment devant Raymond Domenech : Djibril Cissé, larmes aux yeux. D'autres, des nouveaux joueurs dans cette équipe de France, vont également échanger avec le staff dans le but de s'excuser. Mais d'autres aussi ne le feront pas. On voit ainsi dans l'entrée de l'hôtel, un joueur faire des tresses à un autre. Petit à petit, des petits groupes de 4 se forment par-ci, par-là dont un dehors devant l'hôtel. Il y aussi ces témoignages de deux joueurs qui avouent au staff « ne pas avoir la tête au match » avant qu’un autre déclare : « Il ne vaut mieux pas que je joue sinon je vais me faire expulser ».

Pendant ce temps, des membres du conseil fédéral apprennent de la voix de Jean-Louis Valentin qu'il a quitté l'hôtel. Ainsi, le démissionnaire président délégué de la FFF a pris une voiture sans en avertir Jean-Pierre Escalettes. Sa direction ? Le Cap afin de rejoindre Paris dès lundi. Ceux qui l'ont côtoyé ces derniers jours à Knysna disent que le boycott des joueurs a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. En effet ces derniers jours, Jean-Louis Valentin a passé la majeure partie de son temps au téléphone pour gérer la « bunkerisation » des Bleus, l’affaire Rama Yade, les appels quotidiens de l'Elysée et ceux du ministère de la Jeunesse et des Sports et enfin l'éviction de Nicolas Anelka après que ce dernier eut insulté son sélectionneur à la mi-temps du match France – Mexique (0-2). Sans compter les invitations qu'il fallait trouver dans la journée de dimanche pour cinq personnes, venant ou proche du ministère, qui souhaitaient assister au match des Bleus contre l’Afrique du Sud ! Ce dimanche, Jean-Louis Valentin a donc craqué.

La suite ? Dès 11h, un entraînement est prévu ce lundi à Knysna avec des joueurs qui semblaient hier soir vouloir y participer. Ensuite viendra l’heure du départ de l'hôtel Pezula vers 15h30 pour un décollage de George une heure plus tard. A 18h45 ce lundi, un point presse sera organisé.

F.L, J.R., M.B. à Knysna