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Les dessous du sondage de la Fifa sur la Coupe du monde tous les deux ans

La Fifa a relayé ce jeudi les conclusions d'un sondage sur la fréquence de la Coupe du monde, assurant que le public en demande davantage. Les détails de l'étude invitent toutefois à la nuance...

Elle ne s'en cache plus: la Fifa aimerait organiser une Coupe du monde de football tous les deux ans, au lieu de quatre aujourd'hui. Après avoir fait appel à ses ambassadeurs pour défendre ce projet, l'instance a publié ce jeudi les conclusions d'un sondage mené "à l'échelle mondiale", en assurant que "la majorité des supporters est favorable à une Coupe du monde plus fréquente". Et donc, que son projet va dans le sens de l'intérêt général.

Mais les détails de l'étude en question, communiqués dans un second temps, invitent à la nuance. Sur plusieurs points.

Une question biaisée et une certaine interprétation des résultats

Il y a la nature des sondés, déjà. Les 15.008 personnes retenues dans 23 pays, présentées sommairement comme des "supporters", sont d'après le document méthodologique de l'IRIS - qui a réalisé l'enquête - des personnes qui ont "un intérêt pour le football et la Coupe du monde". Ces gens-là se définissent-ils vraiment comme des supporters? D'une équipe nationale ou d'un club? L'organisme ne le précise pas.

Il y a aussi, surtout, les résultats en eux-mêmes. De manière très basique, 55% des sondés (8.234 personnes) souhaitent effectivement un Mondial plus fréquent, et 45% (6.774 personnes) ne veulent rien changer. Mais ces 55% sont en fait une addition de gens qui voudraient une Coupe du monde tous les trois ans (14%), tous les deux ans (30%), et tous les ans (11%). En interprétant les résultats sous un angle "conservateur", on peut donc affirmer que davantage de gens souhaitent garder la fréquence actuelle, plutôt qu'un passage à une Coupe du monde tous les deux ans...

En outre, la question de base est un peu biaisée, dans la mesure où il a été demandé aux sondés de se prononcer sans tenir compte des (inévitables) conséquences d'un changement de fréquence sur le calendrier footballistique actuel.

Les résultats du sondage
Les résultats du sondage © DR

Les Anglais, les Allemands ou les Japonais opposés à un changement, les Indiens ou les Saoudiens pour

Si le panel retenu est relativement réduit, l'étude commandée par la Fifa permet tout de même d'observer quelques tendances. Sans surprise, les plus jeunes sont davantage favorables à un Mondial plus fréquent que leurs aînés. Mais ce sont surtout les différences géographiques qui attirent l'attention.

En se basant sur les Confédérations dont proviennent les sondés, on constate que seule la zone UEFA est pour un statu quo (54%) avec des bastions conservateurs en Angleterre (80%) ou en Allemagne (64%). Dans les pays "européens" concernés par l'étude, le public turc est le seul à demander un Mondial plus fréquent (72%).

La CAF veut d'après l'étude davantage de Coupes du monde (65%), la CONCACAF aussi (57%), tout comme l'Asie (55%), qui demeure toutefois divisée puisque les Japonais se prononcent contre un changement (67%), tout comme les Indonésiens (53%), alors que les Indiens sont largement pour (66%), ainsi que les Saoudiens (69%).

La petite surprise vient peut-être d'Amérique du Sud, où les sondés sont là-encore pour une Coupe du monde plus fréquente (55%), même dans de "vrais" pays de football comme le Brésil (54%) ou la Colombie (54%).

C.C.