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Mondial 2022: le Qatar soupçonné de minimiser le nombre de morts sur ses chantiers

Une enquête publiée ce mardi par le journal The Guardian dévoile le nombre de migrants morts au Qatar depuis l’attribution de la Coupe du monde. L’Etat du Golfe persique aurait ainsi minimisé le nombre de décès directement liés aux chantiers du Mondial 2022.

Au moins 6500 travailleurs immigrés en provenance du tiers-monde sont décédés au Qatar depuis 2010 selon les éléments publiés dans une enquête du journal The Guardian.

Le quotidien britannique s’appuie ainsi sur les chiffres officiels déclarés par l’Etat du Golfe mais rappelle également que cette période d’environ dix années correspond également à celle de l’attribution et de la préparation de la Coupe du monde 2022 de football.

Les travaux d'un stade pour le Mondial au Qatar en février 2020
Les travaux d'un stade pour le Mondial au Qatar en février 2020 © Icon Sport

Ces 6500 personnes mortes - l’investigation n’ayant pas étendu ses recherches à l’ensemble des migrants décédés - proviennent tous d’Inde, du Népal, du Bangladesh, du Pakistan et du Sri Lanka. Des pays faisant partie des principaux pourvoyeurs sur les chantiers du Mondial 2022. Les données concernant les travailleurs venant des Philippines et du Kenya n'ont cependant pas filtré.

"Une proportion très importante des travailleurs migrants décédés depuis 2011 n’étaient dans le pays que parce que le Qatar a gagné le droit d’accueillir la Coupe du monde", a notamment estimé Nick McGeehan, l’un des dirigeants de FairSquare Projects, un organisme juridique spécialisé dans les droits du travail dans le Golfe.

37 morts liés à la Coupe du monde selon le Qatar

Critiqué par de nombreuses ONG et associations internationales, le Qatar a démenti une à une les informations concernant les conditions de travail sur les chantiers du Mondial. Mais dans son enquête, The Guardian s’interroge notamment sur les chiffres officiels transmis par les autorités à Doha.

Officiellement, 37 migrants directement liés aux chantiers de construction des sept nouveaux stades construits pour le rendez-vous planétaire sont morts. Et parmi eux, 34 ne sont pas considérés comme des accidents de travail. Selon les éléments fournis par le Qatar, seuls trois travailleurs immigrés auraient donc perdu la vie dans le cadre de la préparation de la Coupe du monde 2022 de football. Mais certains experts remettent en cause certaines morts intervenues sur les chantiers des enceintes.

69% de morts "naturelles"

Avec de tels écarts entre les chiffres officiels et le nombre de travailleurs immigrés mort, le Qatar se retrouve donc soupçonné de minimiser son bilan. Certes de nombreux migrants originaires des pays pris en compte par l’enquête du média anglais travaillent dans le secteur de la construction mais l’état du Golfe ne les considère pas comme directement liés au Mondial 2022. De même, le pays aurait tendance à ne pas suffisamment pousser ses enquêtes pour vérifier les causes réelles des différentes morts.

Si de nombreux travailleurs décèdent des suites d’une grosse chute ou de problèmes respiratoires, le Qatar a classé 69% de morts de migrants indiens, népalais ou bengalis comme naturelles. Le taux monte même à 80% pour les Indiens seuls et fait régulièrement état "d’insuffisance cardiaque ou respiratoire aiguë". L’absence fréquente d’autopsie interpelle également la publication.

Le Qatar nie en bloc

Face à de tels soupçons, le Qatar a nié vigoureusement et insiste sur le fait que les 6500 morts originaires d’Inde, du Népal ou encore du Bangladesh restent proportionnelles aux chiffres classiques des décès concernant la force de travail issue de l’immigration.

"Le taux de mortalité dans ces communautés se situe dans la fourchette prévue en fonction de la taille et des caractéristiques démographiques de la population, a réagi un porte-parole du pays situé dans la péninsule arabique. Cependant, chaque vie perdue est une tragédie et aucun effort n’est épargné pour essayer d’éviter chaque mort dans notre pays."

Du côté de la FIFA aussi, de manière officielle, l’instance dirigeant le football mondial reste au soutien du Qatar et lui fait confiance pour organiser une belle Coupe du monde. Prévu du 21 novembre au 18 décembre 2022, le Mondial au Qatar a encore le temps de faire couler beaucoup d’encre d’ici le coup d’envoi de la première rencontre.

Jean-Guy Lebreton Journaliste RMC Sport