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Un football au sommet de son art

L'Espagne

L'Espagne - -

Les nouveaux champions du monde ne le sont surtout pas par hasard. Leur triomphe est le fruit de nombreux facteurs parfaitement maîtrisés.

L’Espagne a enfin posé son drapeau sur l’Himalaya de la planète football et personne n’en a vraiment été surpris. Elle rôde autour du sommet depuis si longtemps. Mais une chute brutale et précoce à chaque grand tournoi la ramenait violemment sur terre. Le plus gros traumatisme remonte probablement à 1982, son Mundial, d’où elle avait piteusement disparu dès le second tour. Les plus grandes réussites, depuis toujours, du football ibère, se situaient en club, grâce au grand Real Madrid des années 50 et 80. Mais c’est l’avènement du FC Barcelone des années 2000 qui aura mis cette Roja-là sur la bonne voie.

Ils n’étaient pas moins de six titulaires dimanche face aux Pays-Bas issus du club catalan, sans même y inclure David Villa ou Cesc Fabregas, qui devraient renforcer la saison à venir l’armada de Pep Guardiola. Ce n’est pas anodin, surtout à voir évoluer cette équipe dans un registre où fluidité des mouvements, technique individuelle et maîtrise collective se côtoient avec un grand bonheur. Comme au Nou Camp.

Les mauvaises langues critiqueront peut-être l’Espagne pour son inefficacité offensive sur le tournoi (8 buts marqués, nouveau « record » pour un champion du monde), mais ne devront pas oublier que c’est elle qui a le plus tiré au but et tenté sa chance en Afrique du Sud. Pour finalement la saisir à pleines mains. On doit aussi se souvenir au moment d’évoquer l’identité de jeu de la Roja que les prémisses de sa réussite sont à trouver dans un système fédéral qui imprime à toutes ses équipes de jeunes le même concept, les mêmes consignes : science de la passe, possession du ballon, vista, appels de balle, prise de risque, replacement… Ça marque des joueurs, ça créé des liens.

Euro 2008, le déclic

Tout est ainsi réuni pour une cohésion parfaite, un ensemble harmonieux sur le terrain, ce qui est effectivement le cas. Mais il faut aussi attribuer à Vicente Del Bosque une grande part du mérite. Comme son prédécesseur Luis Aragones, il a su faire taire la rivalité entre les joueurs des deux Grands d’Espagne, au nom d’une cause commune bien plus importante. Humble, presque en recul, le sélectionneur bedonnant estampillé Real à la tête de Droopy a su maintenir cet état de grâce qui plane sur la Seleccion depuis deux ans, sur le terrain comme dans le vestiaire. « Ce nouveau titre est dans la droite lignée du titre obtenu en 2008. On a simplement suivi le plan de jeu qu’on s’était fixé. »

L’Euro 2008. Le déclic. La malédiction brisée. Eux n’ont pas trois finales de Coupe du monde à leur actif, comme leurs victimes néerlandaises. Ils n’avaient même jamais connu les joies d’un dernier carré planétaire, simplement glané le titre suranné de champion d’Europe en 1964. Puis vint le miracle de Vienne il y a deux étés. Ce succès sur l’Allemagne (1-0) en finale et, enfin, un titre majeur dans la vitrine. Souvent favoris mais toujours loin d’être gagnants, une barrière était enfin franchie. Le triomphe de dimanche, attendu par bien des bookmakers avant la compétition, en est une éclatante confirmation.

Impressionnante ces deux dernières années, l’Espagne s’inscrit en plus sur la durée. Ils sont nombreux à arborer fièrement cette nouvelle étoile brodée sur le cœur à pouvoir prétendre défendre ce titre dans quatre ans au Brésil. Iniesta a 26 ans, Villa et Xabi Alonso 28, Casillas 29, tandis que des perles comme Fabregas, Jesus Navas ou Piqué n’ont même pas 25 ans… Le règne de l’Espagne sur le football mondial peut-il s’allonger ? Une hypothèse à prendre sérieusement en considération. Quand on a mis si longtemps à arriver sur le toit du monde, la seule envie est d’y rester.

Silvère Beau