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Bachelot : « Une défaite inscrite dans une logique inévitable »

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Au lendemain de la défaite des Bleus face à l’Afrique du Sud (1-2) qui élimine l’équipe de France du Mondial, la ministre de la Santé et des Sports, Roselyne Bachelot, revient sur ce fiasco.

Roselyne Bachelot, lorsque vous êtes arrivée en Afrique du Sud, vous avez déclaré avoir trouvé une équipe de France en perdition. Que vouliez-vous dire exactement ?
J’ai effectivement trouvé une équipe complètement démoralisée, des joueurs qui ne savaient plus où ils en étaient. J’ai vu aussi que c’était un désastre complet : sportif, physique et moral. Et le résultat de mardi soir n’en est que la suite assez naturelle. On a pu rêver, on a pu espérer, mais cette défaite était en quelque sorte inscrite dans une logique inévitable.

Lorsque vous avez rencontré les joueurs, dans quel état les avez-vous trouvés ? Est-il vrai que certains se sont mis à pleurer devant vous ? Leur état psychique était-il à ce point désastreux ?
Oui, c’étaient des joueurs qui étaient effectivement très marqués, dans un état d’émotion tout à fait considérable, et je dois dire aussi dans un état de responsabilité, c’est-à-dire qu’ils souhaitaient présenter des excuses. Ils n’ont -pour certains- pas pu le faire, et ils l’ont fait simplement à la sortie du match. Je crois aussi que j’ai eu des paroles très très dures à leur égard. Je n’ai pas mâché mes mots, je me suis comporté un peu comme une mère ; je leur ai dit des choses terribles et je crois aussi que ça a participé à leurs émotions. Mais je crois qu’ils avaient besoin d’entendre cela. Ils me l’ont dit d’ailleurs.

« Je me suis comporté un peu comme une mère avec eux »

Les responsables de ce fiasco devront rendre des comptes à un moment ou à un autre. Vous allez l’exiger…
Absolument. J’exige qu’on rende des comptes, les auteurs de l’échec, les auteurs des difficultés on les connaît, et en premier lieu évidemment ce sont les joueurs.

Les joueurs ne sont toutefois pas les seuls responsables…
Bien sûr que non, les responsables on les connaît, ce sont les acteurs de la Coupe du monde. Ce sont d’abord les joueurs, l’encadrement et puis ensuite évidemment les responsables de la Fédération. Il faut se livrer à une analyse complète de ce qu’il s’est passé, car moi je ne désigne pas des coupables comme ça, sans faire une analyse approfondie. Ce serait profondément malhonnête, d’autant qu’au moment de la Coupe du monde, avec l’émotion et les passions, c’est un moment peu propice à une réflexion apaisée. C’est la raison pour laquelle je ferai mener cette analyse par un cabinet extérieur, car ce ne sont évidemment pas les acteurs du désastre qui peuvent mener cette analyse pour leur compte. Mais je n’attendrai pas pour autant pour faire un certain nombre de choses. Et j’ai d’ailleurs deux travaux que je vais commencer immédiatement : d’abord la question de la gouvernance des fédérations. Ce travail, nous allons le mener avec la secrétaire d’Etat (Rama Yade), avec le Président du Comité Olympique (Denis Masseglia), avec le Président de la Ligue de Football (Frédéric Thiriez), et dans les prochains jours je recevrai Laurent Blanc, le futur sélectionneur de l’équipe de France, pour discuter avec lui.

« Je ne nomme pas le président de la FFF »

Après cette débâcle, Jean-Pierre Escalettes peut-il encore rester en poste ?
Il faut savoir que je ne nomme pas le président de la FFF. C’est un homme qui est élu démocratiquement par l’ensemble des instances du football. Même le plus petit club de foot a des votes qui sont proportionnels aux nombres de ses licenciés. C’est un processus démocratique qui élit le président de la Fédération de Football. Donc vous pensez bien que moi, ministre des Sports, je ne vais pas me permettre de porter un tel jugement. Ce serait totalement inconvenant. C’est le travail que je veux engager, le travail de mise en responsabilité. Je ne cloue pas des gens au pilori sans les avoir entendus complètement, et avoir entendu tous les acteurs. Ce serait malhonnête de ma part.

Serait-il logique selon vous que l’équipe de France soit placée sous le contrôle des clubs professionnels et de la Ligue nationale de football ?
C’est justement le deuxième chantier que je veux ouvrir, c’est-à-dire le chantier de la gouvernance. Les clubs professionnels sont-ils les plus à même d’être à la manœuvre de l’organisation ? Je ne peux pas vous répondre pour l’instant, mais cette question sera effectivement évoquée.

RMC a lancé une grande pétition pour demander aux joueurs de l’équipe de France d’abandonner absolument toute rémunération pour cette Coupe du monde, non seulement les primes, mais aussi les indemnités, les droits à l’image, etc. Et Patrice Evra a affirmé que les joueurs ne voulaient pas toucher un seul centime…
Je suis heureuse que Patrice Evra l’ait dit. Je ne vous cache pas que lundi soir, en arrivant à Bloemfontein pour voir le match, j’ai demandé à Patrice Evra et à l’équipe de renoncer à ces sommes, parce que ce n’était effectivement pas décent de les toucher. Les joueurs n’avaient bien sûr pas de prime s’ils n’allaient pas en huitièmes de finale, mais il y avait des sommes liées aux sponsorings. Je suis heureuse de voir que Patrice Evra ait répondu positivement, à la fois à la pétition que vous avez lancé et à la demande que je lui ai expressément faite.

Donc c’est comme si vous aviez signé notre pétition…
Oui, moralement.