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Cissé : « Gignac est l’attaquant de demain des Bleus »

Cissé ne tarit pas d'éloges sur André-Pierre Gignac, la nouvelle coqueluche des Bleus.

Cissé ne tarit pas d'éloges sur André-Pierre Gignac, la nouvelle coqueluche des Bleus. - -

Pour la première fois depuis son transfert cet été de l’OM au Panathinaikos, l’attaquant international s’exprime. Interview vérité pour RMC Sport d’un joueur de 28 ans apaisé.

Djibril, comment se passe l’adaptation à la vie grecque ?
Sportivement, on est bien, six matches, six victoires. Personnellement, les Grecs sont des gens bien, passionnés de football. Ils m’ont fait un accueil de 3500 personnes à l’aéroport, je n’étais pas habitué à ce genre de chose.

Les supporteurs ont été indulgents avec vous, ils vous ont laissé du temps (3 buts depuis le début de la saison)…
Ça prend du temps quand on change d’équipe, les gens ont été assez cléments et intelligents pour savoir que ça ne se fait pas du jour au lendemain.

Vous avez quand même une sacrée pression là-bas…
A chaque match, j’ai une pression que les autres ont moins. Je n’ai pas le droit à l’erreur. Mais ça me stimule, j’aime bien.

Quand on est Djibril Cissé à Athènes, on ne doit pas passer inaperçu…
Il faut faire attention aux endroits où on va. Ça va vite, tout le monde est au courant.

Allez-vous voir les matches du grand rival l’Olympiakos ?
Non, non, c’est une mauvaise idée ça (rire) !

Vous avez eu aussi une altercation avec un supporteur dans les tribunes…
Des insultes, on en a tous les week-ends, mais entendre des bruits de singe, c’est gênant. Il y a beaucoup de Noirs, d’étrangers en Grèce, les gens ne sont pas racistes, pas du tout, mais il y a des abrutis.

Quel est le niveau du championnat grec ?
Il y a beaucoup de bons joueurs pas connus parce que le championnat n’est pas très exposé, mais Kyriagkos est parti à Liverpool, beaucoup de Grecs jouent à l’étranger, la sélection est en barrages pour le Mondial. Ce sont plus les terrains qui sont « limites ».

L’élimination en Ligue des champions vous a-t-elle fait regretter d’aller en Grèce ?
On a fait les barrages, on va essayer de faire le maximum en Europa League, mais c’est une belle compétition, on reçoit Sturm Graz jeudi. C’est clair que la Ligue des champions est plus valorisante, mais on va essayer d’aller le plus loin possible.

Suivez-vous ce qui se passe en France ?
Bien sûr, bien sûr, j’ai la télé française, la télé anglaise, et la télé grecque. J’ai tout installé à la maison. Je regarde Sunderland, je regarde Marseille, j’ai OM TV.

Que pensez-vous de l’OM justement ?
Je parle souvent avec Mamadou (Niang) avec qui je suis très ami. Il y a des périodes où on est moins bien, mais je ne m’affole pas du tout pour eux. Ils ont la qualité pour aller battre Lyon, bon Bordeaux est costaud, mais Marseille a ce qu’il faut pour être champion cette année.

Niang vous parle-t-il de la pression cette année à l’OM après les investissements réalisés à l'inter saison ?
C’est clair. Il y a eu de gros changements dans l’équipe dirigeante, ça va demander du temps. Mais quand la Mayonnaise va prendre, ils vont faire de bonnes choses.

Avez-vous des contacts avec l’équipe de France ?
Avec Samir (Nasri), on se parle toutes les semaines…

Samir ne joue plus beaucoup... Avez-vous des rapports avec l’encadrement des Bleus ?
Non, pas trop de nouvelles, non.

Cela vous inquiète-t-il ou vous dites-vous que vous faites votre bonhomme de chemin ?
Oui, c’est ça. Tant que je jouerai au football, je penserai à l’équipe de France.

Cet été, vous nous aviez dit aller en Grèce pour jouer la Ligue des champions, marquer des buts dans l’espoir de revenir en équipe de France et aller en Afrique du Sud…
Exactement, mais avec les Gignac, les Benzema, les Henry et les Anelka, qui brillent, ça sera difficile. Il ne faut pas se leurrer, mais je suis un battant, et tant que je serai footballeur, je serai disponible.

Que vous inspire la présence de la France en barrages du Mondial 2010 alors qu’elle était dans un groupe abordable ?
J’ai bien aimé ce qu’à dit Patrice Evra : « Peu importe le chemin, ce qu’il faut c’est aller en Afrique du Sud ». C’est certain que ça aurait été bien de se qualifier directement, mais s’il faut passer par les barrages, la joie sera encore plus belle.

Fallait-il changer Raymond Domenech ?
C’est lui qui est en place, c’est lui qui a le pouvoir. C’est facile de parler quand on est loin et qu’on ne connaît pas la pression qu’il peut avoir. Si on voulait le changer, c’était après l’Euro 2008, maintenant c’est fini, ça ne servirait à rien. Il faut les laisser travailler et grandir. S’ils se qualifient, ils feront de très belles choses parce qu’il y a des joueurs de qualité.

Y a-t-il du Cissé dans Gignac, dans la spontanéité devant le but ?
C’est le futur attaquant de l’équipe de France, il a tout, il est complet, il sait jouer dos au but, il est bon de la tête, et il marque des buts. C’est quelqu’un qui a une bonne mentalité, je ne le connais pas directement, mais mon frère (Séni, le frère aîné et ancien joueur de National, vit à Arles comme le reste de la famille Cissé, ndlr) connaît son père (qui réside à Martigues, ndlr), et je sais comment il raisonne, c’est quelqu’un de simple, il aime le football c’est tout.

Malgré la présence de Benzema, Gignac peut-il prendre une place importante en équipe de France ?
C’est certain que c’est un casse-tête pour le sélectionneur, mais c’est surtout un avantage pour l’équipe d’avoir deux joueurs talentueux. Il est jeune, il a le temps pour lui, et Karim est très doué.

Préférez-vous jouer avec deux attaquants plutôt qu’en pointe ou à droite comme votre entraîneur vous demande au Panathinaikos ?
(il cherche ses mots) Avec toutes les blessures que j’ai eues, faites moi jouer gardien si vous voulez ! Je joue où on me demande. Ma place naturelle, c’est attaquant axial, seul devant. Mais si on me demande de jouer à deux attaquants, ou à droite, j’essaie de m’adapter.

A vous écouter, on a l’impression que votre carrière est maintenant derrière vous…
A 28 ans, les beaux jours sont derrière. Il ne faut pas m’enterrer trop rapidement, mais ça devient de plus en plus difficile.

Avez-vous évolué dans votre jeu depuis que vous êtes en Grèce ?
Le Djibril d’Auxerre et de Liverpool a changé. Je joue mieux dos au but, de la tête en déviation, je me débrouille. J’essaie de me mettre au service de l’équipe parce qu’à Auxerre, l’équipe jouait pour moi.

Comprenez-vous avec le recul les critiques que l’on a pu vous faire ces dernières années ?
Chacun a son opinion, mais ce que je vois c’est que j’ai mis 140 buts dans ma carrière. Ce n’est pas mal.

Votre père (Mangué Cissé) est récemment parti vers d’autres cieux…
Mon père était quelqu’un qui respirait le football, il avait une école pour les enfants en Côte d’Ivoire, le foot c’était sa vie. Le voir partir à 64 ans, c’est jeune, c’est difficile. Je relativise, j’essaie de prendre plaisir dans mon foot, parce que dans le passé, j’étais trop nerveux et stressé, je n’appréciais pas le jeu à sa juste valeur. C’est ce qu’il essayait de m’inculquer de loin. Je vais essayer de jouer à sa mémoire.

La rédaction-After Foot (G. Brisbois)