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Evra : « Personne n’a voulu descendre du bus »

Patrice Evra

Patrice Evra - -

Capitaine de l’équipe de France de football durant le Mondial, Patrice Evra s’est expliqué vendredi sur TF1 après l’élimination de la France au premier tour de la Coupe du monde. Le joueur de Manchester United revient également sur la grève de l’équipe de France où tout le monde a été solidaire selon lui.

Patrice Evra, c’était vraiment important pour vous de venir vous expliquer après ce fiasco ?
C’était vraiment très important et logique. Je pense que je n’allais pas partir en vacances sans avoir parlé aux Français. C’est important et logique de donner mon sentiment.

Quelles raisons donnez-vous à cette élimination au premier tour ?
D’abord sur un plan sportif, ce que beaucoup de gens ont oublié, c’est qu’on ne s’est pas qualifié pour un 1er tour de Coupe du monde. Trouver les responsables, personne n’est assez lucide pour dire ce qui s’est vraiment passé car la cicatrice est ouverte, on a tous mal à l’heure actuelle. Il y a eu ce fiasco. On est désolé et abattu mais il faut relever la tête et voir l’avenir.

Comment vous est venue cette idée de ne pas vous entraîner dimanche dernier ? Regrettez-vous cet acte ?
C’est un geste maladroit et on s’en est excusé. Que ce soit bien clair : ça a été une décision du groupe. Quand il y a eu ce moment d’hésitation de pouvoir descendre du bus, le groupe est resté uni jusqu’au bout. Personne n’a voulu descendre. Je vous le dis avec une honnêteté totale. J’espère que tout le monde restera honnête sur ce point-là.

Avez-vous regretté de ne pas vous être entraîné ?
On a regretté l’impact social que ça a eu sur tout le monde On était dans de telles conditions… On peut faire des maladresses par amour.

Comment allez-vous donner les réponses à ce qui s’est passé ce jour-là ?
Une enquête sera ouverte par le ministère et tous les joueurs seront entendus. Chacun va dire ce qu’il a vécu et dira la vérité. Tout le monde sera tiré de droite à gauche pour donner quelques informations mais l’heure n’est pas à remuer la douleur de tous ces Français. Ce n’est pas aujourd’hui qu’il faut commencer à tirer sur qui que ce soit.

Raymond Domenech ne vous a pas permis de vous exprimer après cette affaire la veille d’Afrique du Sud – France, que s’est-il passé ?
Ce fut un moment très difficile à vivre pour moi et surtout pour l’équipe. C’est la première fois de ma vie qu’on m’a privé de liberté d’expression. Là, on ne parle plus de Patrice Evra, on parle du capitaine de l’équipe de France. On parle d’un groupe. Je devais me présenter à la presse pour faire des excuses, et parler de l’impact social de notre geste. Avoir eu cette interdiction là… ça m’a fait mal ainsi qu’au groupe. Les Français avaient besoin de voir un visage après ce qui s’est passé. C’est quelque chose que j’ai dit à madame la Ministre, ses conseillers, le président de la FFF et Raymond Domenech. Madame Bachelot m’a compris.

« Il y aura forcément des changements »

On peut dire que c’est une fracture entre vous et Raymond Domenech ?
Je n’ai pas de réponse. Je ne sais pas si le sélectionneur décidera d’en donner une, mais on a été touché, comme les Français, de ne voir personne à la conférence. C’était un sentiment sincère et c’était primordial de participer à cette conférence.

Pour expliquer cette absence Raymond Domenech a déclaré que les joueurs devaient se concentrer sur le match contre l’Afrique du Sud…
Je venais à la conférence de presse aussi pour parler du match. Pour remettre le football au centre. Je venais aussi pour des excuses collectives. On peut me dire ce qu’on veut, il y a eu une incompréhension totale sur ce geste.

Vous n’avez pas été titulaire face à l’Afrique du Sud. C’était un choix de votre part ?
J’étais totalement en condition de jouer ce match. Ce n’est pas un choix de ma part. C’est pour ça que la douleur a été doublement importante. Ne pas me voir sur le terrain n’a fait que confirmer les on dit. Ca m’a beaucoup touché. J’ai tenu mon rôle jusqu’au bout. Il faut respecter le choix d’un entraîneur même s’il est difficile. C’est mon éducation. J’ai tenu mon rôle avant le match avec le discours, pendant et après le match. J’ai été touché mais j’étais venu pour parler pour l’ensemble du groupe. J’ai eu l’impression d’avoir payé tout ça.

Avez-vos des craintes concernant les conséquences de vos performances et de vos gestes ?
Je suis resté honnête jusqu’au bout. Il y aura des conséquences. C’est normal. Tout le monde a été touché par cet échec sportif. Il y aura forcément des changements. Je serai toujours fier de jouer pour mon pays et de porter ce maillot qui me tient à cœur. Le futur sélectionneur de l’équipe de France aura des joueurs unis et soudés pour redorer l’image de l’équipe de France. C’est ça le plus important. Après, il n’y a pas de miracle. Il faudra gagner des matches, des compétitions. Et s’ouvrir au public. L’équipe de France n’appartient à personne. Elle appartient au peuple français. Il faut redonner cette impression, c’est une obligation.

On a l’impression que c’était aussi une guerre avec les médias…
Depuis la prise de fonction du sélectionneur, c’est une véritable haine, une guerre, mais la presse fait partie du jeu. Si tu ne donnes pas tous les jours ce que la presse veut logiquement savoir… Je dis aux joueurs de ne jamais refuser d’aller voir la presse, même si on est critiqué. Il faut aller s’expliquer. Si on n’y va pas, on laisse aux gens la possibilité de dire des méchancetés sur son propre cas. Il y a eu un titre qui fait mal à tout le monde (la Une de l’Equipe le samedi 19 juin reproduisant les insultes de Nicolas Anelka, ndlr), mais est-ce que ce n’est pas une explosion de la presse après tout ce qu’on ne lui a pas donné depuis le début…