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Knysna, triste anniversaire

L'équipe de France boycotte l'entraînement  à Knysna

L'équipe de France boycotte l'entraînement à Knysna - -

Dimanche 20 juin 2010. Knysna, Afrique du Sud. Lors d'un entraînement ouvert au public et aux médias avant leur troisième match en Coupe du monde, les joueurs de l'équipe de France refusent de s'entraîner et remontent dans leur bus. Des instants surréalistes qui marqueront l'Histoire du football français. Un an après, que reste-t-il de Knysna ?

Un traumatisme à effacer

Un an après ce triste épisode, Jean-Pierre Escalettes, président de la Fédération française de football au moment des faits, peine encore à s’en remettre : « C’est une mauvaise date. Dans mes cauchemars, je revis ce moment et je le revivrai toujours. Je m’en veux de n’avoir pas su trouver les mots pour convaincre les joueurs. » Autre témoin privilégié de cette « mutinerie » des joueurs, Jean-Louis Valentin, ancien directeur délégué de la FFF auprès de l’équipe de France, avait pris ses responsabilités en démissionnant immédiatement. Pour lui, s’il ne faut pas oublier ce qu’il s’est passé en Afrique du Sud, la page doit se tourner. « Ce n’est pas un anniversaire que je fêterai, assure-t-il. J’ai le sentiment d’un immense gâchis pour les joueurs et pour l’image du football français. Je souhaite que la page se tourne et que l’on cesse d’en parler. » Premier signe de ce passé à oublier, l’élection ce samedi de Noël Le Graët à la tête de la FFF. Une façon de laisser définitivement les démons de Knysna loin derrière, comme le souhaite le nouveau boss du foot français ? « Le football est reparti. Aujourd’hui on a espoir pour demain », assure Le Graët.

Un public qui ne pardonne pas

Plus qu’une pathétique péripétie propre à l’équipe de France, les événements qui se sont déroulés le dimanche 20 juin 2010 à Knysna ont marqué l’ensemble des amateurs de football. Pour preuve, la fréquentation des stades de Ligue 1 est cette année passée sous la barre des 20 000 spectateurs par match, soit la pire affluence depuis douze ans. Du côté des supporters des Bleus, là encore la cicatrice peine à se refermer. Lors de multiples sondages, l’image des footballeurs de l’équipe de France est apparue dégradée, notamment pour ceux considérés comme faisant partie des meneurs du « putsch » de Knysna. Au premier rang d’entre eux, le capitaine Patrice Evra et Franck Ribéry, tous deux suspendus par la commission de discipline de la FFF pour cinq et trois matchs. Le Munichois a d’ailleurs eu droit aux sifflets du public lors de son retour au Stade de France sous le maillot bleu, le 29 mars face à la Croatie (0-0). Mais si Evra et Ribéry sont revenus en sélection, pour d’autres, l’après-Knysna a été plus compliqué à gérer.

« Une cicatrice à vie »

Principaux acteurs de l’épisode du bus, les 23 joueurs de l’équipe de France ont connu des fortunes diverses après le Mondial. Laurent Blanc, qui a pris la tête des Bleus après le fiasco sud-africain, confirme d’ailleurs que certains des internationaux ne s’en sont toujours pas remis. « C’est une cicatrice qu’ils auront toute leur vie, avoue-t-il. Il y en a pour qui c’est quasiment oublié alors que c’est encore très ancré pour d’autres. Ils l’ont fait, maintenant c’est à eux de le surmonter. » Si pour certains leur statut n’a pas évolué, comme par exemple Hugo Lloris ou Florent Malouda, d’autres semblent encore très marqués psychologiquement, tel Jérémy Toulalan, qui n’a jamais retrouvé son niveau de la saison 2009-2010 et n’a jamais renfilé le maillot bleu. Pour Sidney Govou, qui faisait partie des 23 sélectionnés pour la Coupe du monde, l’heure est maintenant à la reconnaissance de cette erreur : « On s’est tenu bêtement à une décision. Mais quelques minutes après on s’est rendu compte que c’était une grosse connerie. » Même son de cloche chez Bacary Sagna, revenu chez les Bleus sous l’ère Laurent Blanc, qui veut désormais effacer Knysna. « C’est un souvenir très amer, confie-t-il. Il faut maintenant redorer le blason de l’équipe de France et se battre encore plus. » Un leitmotiv qui, pour l’instant, est suivi d’effet, les Bleus étant bien placés pour se qualifier pour l’Euro 2012.

Le titre de l'encadré ici

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Et pendant ce temps, Domenech…

Après la réforme de la DTN qu’il souhaite mettre en place rapidement, le deuxième gros chantier de Noël Le Graët sera le règlement définitif du litige qui oppose la Fédération française de football, dont il est le nouveau président, à Raymond Domenech. L’ancien sélectionneur (2004-2010) conteste son licenciement pour faute grave après le Mondial sud-africain et réclame 2,9 millions d’euros de préjudice. Or Le Graët a toujours soutenu Raymond Domenech. Il a même été l’un des principaux artisans de son maintien après le fiasco de l’Euro 2008, n’hésitant pas à déclarer que le bilan du Lyonnais n’était « pas un échec ». Faute d’avoir pu trouver un arrangement lors de l’audience de conciliation, les deux parties devraient se retrouver le 13 janvier 2012 pour une audience de jugement du conseil des prud’hommes. A moins d’un arrangement à l’amiable… Entre-temps, en plus d’entraîner les poussins de Boulogne-Billancourt, Raymond Domenech sera cet été l’une des vedettes de « L’Etoffe des champions », un jeu télévisé diffusé sur France 3 dont le tournage vient de s’achever dans les Pyrénées. C’est un été beaucoup plus calme que le précédent qui attend l’un des personnages-clefs du fiasco de Knysna.