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Les « petits » Bleus ne veulent pas juger leurs aînés

L'équipe de France des moins de 19 ans

L'équipe de France des moins de 19 ans - -

En stage à Dinard (Bretagne), où ils préparent leur championnat d’Europe (à partir du 18 juillet), les moins de 19 ans ont vécu avec un certain détachement la débâcle des Bleus en Afrique du Sud. Le sujet aurait même tendance à les agacer. Nous avons passé une journée avec les futurs Bleus.

Leur « Pezula » à eux n’est ni un palace, ni une forteresse. A leur âge, les joueurs de Francis Smerecki se contentent d’un bel hôtel du bord de mer, à flanc de colline, où les habitués croisent les adeptes de la thalasso. Là-bas, ils sont quasiment incognito. C’est à peine si une vieille dame remarque ces jeunes en survêtement, polis et bien élevés, qui viennent de lui tenir la porte.

A l’entraînement de l’après-midi, sous un soleil de plomb et une délicate brise marine, on ne compte que quatre spectateurs. Deux touristes et deux enfants, qui obtiendront en fin de séance tous les autographes qu’ils étaient venu chercher. Le désamour du public pour les « grands », ceux du fiasco sud-africain, les petits Bleus le ressentent à peine. « Il y a un petit impact sur nous, admet Gueida Fofana, milieu de terrain du Havre. On est quand même l’équipe de France. Ce que font les ‘A’, ça a généralement une petite retombée, mais c’est limité. »

Les 800 spectateurs du match contre Guingamp (1-1), dimanche dernier, n’ont d’ailleurs pas hésité une seconde à les applaudir à chaque beau mouvement. Rien à voir avec les sifflets qui accompagnent les Bleus depuis plusieurs mois.

« A nous de faire mieux qu’eux… »

Manifestement, les joueurs de Francis Smerecki ne savent pas vraiment quoi penser des frasques de leurs aînés. « C’est sûr que ce n’est pas une bonne image à montrer aux jeunes, estime Marc Vidal, gardien de Toulouse. Une fois là-bas, ils n’ont pas vu la répercussion que ça pouvait avoir en France. En tant que jeune, à nous de prouver que ce n’est pas l’image à montrer et qu’on peut passer au-dessus de ça. Ou en tout cas faire mieux qu’eux… »

Mais les critiques s’arrêtent là. Personne ne s’étend sur la manière dont les Bleus ont « bafoué » le maillot pendant leur épopée africaine. « Bafouer, c’est un grand mot, tempère d’ailleurs Gueida Fofana. On ne va pas aller jusque là. C’est vrai que ça a porté atteinte à l’image de l’équipe de France, mais c’est passager… »

A 19 ans, il joue en Bleu depuis quatre ans et possède déjà un caractère affirmé. « Comme tout le monde », il connaît la Marseillaise. Mais il ne la chante pas « pour des raisons personnelles ». Il sait qu’il n’a pas intérêt à commenter la grève décidée après le renvoi de Nicolas Anelka. « Mon point de vue, c’est celui d’un footballeur, lâche-t-il. On peut comprendre la situation, même s’il y a des choses qu’on n’approuve pas… »

Marc Vidal va dans le même sens. « Je ne saisis pas trop ce qu’il s’est passé, avoue-t-il. Certains d’entre eux ont voulu faire une mutinerie. Mais je conçois que d’autres les aient suivis par solidarité. » Comprennent-t-ils les propos d’Anelka envers son entraîneur ? « Je ne veux pas en parler », bafouille l’un deux avant de filer, quelque peu agacé par les questions sur l’équipe A.

L’entraînement est terminé. Ils n’en diront pas plus avant de rentrer à l’hôtel, où le repas du soir les attend. Certains regarderont ensuite la demi-finale Espagne-Allemagne dans leur chambre, d’autres avec leurs entraîneurs dans une salle spécialement aménagée. Au coin de la porte entrouverte, une vacancière en paréo les observe du coin de l’œil. « Ce sont les joueurs de l’équipe de France ? », demande-t-elle. « Oui, mais les jeunes », lui répond-on. « Ah bon ! Eh bien bonne chance à eux ! »

Clément Zampa à Dinard