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Michel Hidalgo : mon Séville à moi

Michel Hidalgo se souvient.

Michel Hidalgo se souvient. - -

Sélectionneur de l’équipe de France en 1982, Michel Hidalgo a vécu la demi-finale d’anthologie de la Coupe du monde entre les Bleus et l’Allemagne au cœur de cette tragédie sportive. Trente-deux ans plus tard, il revient sur ce match pas comme les autres.

L’image qu’il retient
« C’est l’image de la blessure de notre joueur (Patrick) Battiston par le gardien allemand, Harald Schumacher. C’est ce qui nous reste parce que c’est ce qui a décidé du sort du match qui était très important, car il y avait une finale de Coupe du monde au bout. »

Ce qu’il voit du banc de touche
« On a vu tout de suite le choc de Schumacher sur Battiston et on était stupéfaits. On se demandait pourquoi l’arbitre ne sifflait pas un penalty ou n’expulsait pas le gardien. Notre joueur avait des dents cassées, était plein de sang. Michel Platini lui tenait la main, l’accompagnait sur sa civière car Battiston avait la main qui tremblait. C’était un choc violent qui a déstabilisé le match. Nous, on perdait un joueur et eux n’ont pas été sanctionnés. »

L’ambiance de retour aux vestiaires
« La déception, c’est une chose, mais ce qui m’a marqué, c’est la colère des joueurs contre le manque de sanctions vis-à-vis des joueurs allemands. Avant le match, j’avais des hommes, j’avais des mecs, j’avais des gars prêts à aller au combat. Après le match, j’avais des enfants. Ils pleuraient comme des gosses et il n’y avait pas moyen de leur remonter le moral. Une heure après le match, il y avait deux joueurs dont je ne citerai pas les noms qui étaient toujours habillés, et qu’on a dû mettre tout habillé dans le bain parce qu’on avait un avion à prendre. La tristesse d’avoir été volés était très grande. Et l’arbitre n’a jamais été sanctionné. »

Ce qu’il a dit à ses joueurs
« Il n’y avait rien à dire, pas de paroles dans le vestiaire. Plus personne ne réagissait, c’était la désolation. Je le répète, mais les joueurs pleuraient comme des gosses. On était blessés au plus profond de nous. C’était une telle injustice qu’on en voulait au monde entier. On ne savait plus quoi penser, tellement on avait été volés. C’est quand même une finale de Coupe du monde qui nous attendait… »

L’ambiance de retour en France
« D’un seul coup en France, tous les Allemands étaient devenus des Schumacher. Il y a avait un sentiment anti-allemand. A mon retour, je suis allé voir le Tour de France à Bordeaux et je n’ai jamais pu attendre la côte où je souhaitais me rendre. Tous les gens qui m’arrêtaient étaient contre les Allemands, alors que les Allemands n’étaient pas tous des Schumacher ! C’était comme si la guerre de 1940 recommençait ! Les gens étaient énormément marqués par ce match… comme on m’en parle aujourd’hui encore ! »

Ce qu’il reste de ce match
« Avec le temps, c’est évacué… un peu. Mais il reste quelque chose. Et il ne faut pas tout mettre sur le dos des Allemands. C’est un Allemand qui s’est mal comporté, pas toute l’Allemagne. Mais c’est resté comme un vol. On nous a volé un match, on nous a volé la finale. »