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Saliba: "La France, c'est le pays où il est le plus dur d'aller en sélection"

Appelé de dernière minute pour pallier le forfait de Benjamin Pavard, William Saliba découvre les Bleus avec envie. Interview.

Premier appel en équipe de France, la semaine de votre anniversaire, peut-être une première en bleu au stade Vélodrome, est-ce que vous auriez pu rêver mieux?

C’est une très grande fierté d’être ici. Je l’ai appris hier à mon réveil. Je suis très fier et content, vu que c’est la semaine de mon anniversaire, il va être très spécial. Je ne sais pas si je vais jouer vendredi ou mardi, mais je me tiens prêt et je savoure.

Vous vous y attendiez lundi à votre réveil?  

Non, vraiment pas. Je pensais être sélectionné en Espoirs mais on m’a passé un coup de fil pour me dire que je devais passer en A. Donc faut vite réaliser que tu es avec les A, c’est une très grande fierté. Je connais Clairefontaine, mais pas le château. Je suis très content d’être ici.

Cela fait plusieurs mois que les supporters parlent de votre convocation en équipe de France, ça commence à être plus concret pour vous?   

Quand tu joues en Espoirs ou dans un grand club et que tu es bon, ton rêve est d’aller en équipe de France, représenter ton pays. Après, il ne faut pas non plus trop écouter ce qui se dit. Je restais concentré, j’essayais d’être le plus régulier possible et ça a payé aujourd’hui, en mars. Je suis très content, quand tu es appelé une fois, tu as envie de rester le plus longtemps possible, donc je vais travailler encore plus pour revenir.

Sylvain Ripoll a eu un rôle important, il a discuté avec Deschamps pour dire que vous étiez prêt à venir, c’est une marque de confiance importante.

Bien sûr. Quand tu es en Espoirs, le coach nous dit que c’est souvent la porte qui nous amène en A, qu’il faut être sérieux. Je l’ai été en Espoirs, le groupe aussi, il y a en a beaucoup qui méritent à l’avenir d’être ici. Donc je le remercie d’avoir parlé de moi d’une bonne façon.

Quand on est capitaine, un leader chez les Espoirs, arrive-t-on avec l’envie de l’être chez les A aussi?

Ouais tranquille au début quand même (rires)! J’apprends d’abord à connaître mes partenaires, ensuite le reste viendra. Après on verra par la suite.

En 2019, après quelques mois intéressants à St-Etienne, vous signez à Arsenal. Cela ne s’est pas passé comme prévu. Trois ans après, vous êtes en équipe de France, au bon moment ou vous l’auriez espéré plus tôt?

Quand tu signes dans un grand club, bien sûr que si tu es bon et titulaire, tu as plus de chance d’aller en équipe, de France. A l’inverse, même en Espoirs je n’y étais pas quand je ne jouais pas. A Marseille, j’enchaine, j’ai ma chance. On sait aussi qu’en équipe de France, il y a beaucoup de concurrence à tous les postes, notamment en défense. Certains qui méritaient d’être appelés ne l’ont pas été, la concurrence est rude. Faut toujours rester concentré, toujours travailler, ne pas croire que parce que j’ai été appelé je suis arrivé.

Notamment à ton poste de défenseur central, Il y a beaucoup de concurrence dans toutes les catégories…  

Beaucoup de concurrence, il y en a un nouveau chaque année (rires), donc ça s’ajoute, ça s’ajoute…

On a les meilleurs défenseurs centraux d’Europe?

Je pense, je pense…honnêtement ce n’est pas parce que je suis français, mais c’est le pays où il est le plus dur d’aller en sélection.

Dans ces trois ans, il y a aussi l’histoire de la vidéo, pour laquelle la FFF vous a sanctionné. Vous avez eu peur que cela vous pénalise pour arriver chez les A ?  

Non. C’était une erreur de jeunesse, ça m’a beaucoup apporté parce que quand tu es en U16, tu fais des choses, mais tu ne penses pas que trois ans plus tard, quand tu seras pro, tu auras une image à tenir…on était jeunes, c’est là où tu te dis qu’il faut faire attention aux réseaux sociaux. Dès que je parle à des jeunes, je leur demande d’y faire attention, vous serez peut-être connu dans 3 ou 4 ans, et vous serez punis pour ça. C’est quelque chose qui ne devait pas sortir mais ça m’a bien servi, c’est une bonne expérience, je ne le referai plus.

Vous pensez justement, qu’il doit y avoir une formation aux réseaux sociaux pour les jeunes footballeurs?

Oui, bien sûr. En U16, même si on rêvait d’être professionnel, c’était loin…on était entre potes…mais faut s’y préparer. Quand on est EDF, en centre de formation, tout peut aller très vite. Les années s'enchaînent de plus en plus rapidement pour les jeunes, nombreux sont ceux qui grimpent vite en pro. Avec les réseaux sociaux, tout peut être capturé rapidement, il faut faire attention. Des choses que tu as faites il y a 4 ou 5 ans peuvent revenir faire mal, quand tu as une bonne image.

En décembre, vous disiez que vous deviez encore progresser pour arriver chez les A, vous parlez de quels progrès à ce moment-là?

Pour aller en A, il faut être le plus régulier possible, enchaîner, enchaîner. On parlait beaucoup de moi en équipe de France en octobre, mais le jour où la liste est sortie, je n’étais pas dedans. Le soir même, j’ai coûté deux buts à mon équipe. Ça m’a douché. Je me suis dit: "n’écoute pas les gens, reste concentré, faut que tu sois le plus régulier." Le reste viendra tout seul.

C’est la concentration du coup?

Oui, il faut rester concentré. Ce n’est pas parce que tu enchaines 4/5 matchs…parce que si tu en loupes en seul, tout est oublié. Il faut faire le moins d’erreurs possibles.

Et justement depuis ce moment-là vous avez comblé ça ?

Bien sûr, j’ai fait un très bon mois de janvier, un mois de février un peu moins bien. On a encaissé plus de buts, mes performances étaient moins bonnes. Mais tu passes aussi par périodes difficiles durant la saison. On a bien rebondi en mars, on est mieux, moi aussi. Aujourd’hui, je suis appelé, et je suis très content.

Vous avez un coach très exigeant (Jorge Sampaoli), quelle part a-t-il dans votre convocation?

Je le remercie de m’avoir fait confiance dès le début. Il a cette grinta, cette envie de gagner à chaque fois. Il a cette folie, et nous l’a donnée très rapidement. Même quand j’ai fait des erreurs, il m’a réitéré sa confiance. Aujourd’hui, je suis comme un cador de l’équipe. Tu progresses plus rapidement quand tu as un coach qui ne te sort pas. Tu fais une erreur, le match d’après, tu sais que tu dois la corriger. C’est là où tu progresses le plus vite.

Changer beaucoup de système à Marseille est-il désensibilisant ou enrichissant?

Avec lui, on sait qu’à chaque match, on peut changer de composition et de dispositif, c’est donc à nous d’être prêts. Moi, je suis un jeune joueur, donc qu’on me mette à droite, à gauche, dans l’axe ou qu’on change de dispositif, je dois être prêt, performant, je n’ai pas mon mot à dire.

Vous voulez envoyer un petit message à Sampaoli ?

(Rires) Maintenant, il parle français, il essaye, donc il nous comprend, même si ce n’est pas encore parfait. Il fait de gros progrès, je suis content pour lui. 

Vous vous faites charrier sur le nombre de buts que vous marquez, c’est important pour vous d’être plus décisif?

Bien sûr, les plus grands défenseurs marquent 4/5 buts par saison, ça débloque parfois un match important. Depuis que je suis à St-Etienne, on me charrie sur le fait que je ne marque pas beaucoup alors que je suis grand. J’ai marqué l’année dernière, même moi ça m’a surpris (rires). J’ai eu beaucoup d’occasions cette année, je vais essayer d’en mettre avant la fin de la saison, c’est un axe de progression, je dois faire mieux.

Pour un défenseur, pourquoi c’est important de marquer? 

Parce qu’un défenseur doit avoir beaucoup de qualités. Des fois il y a des matchs comme en finale de la Ligue des champions, où Ramos égalise à la dernière minute. Van Dijk en met beaucoup, même des défenseurs comme Varane marquent beaucoup. Quand tu es défenseur, ton but est de bien défendre, mais si tu peux aider ton équipe en marquant, c’est quelque chose en plus.

Premier rassemblement pour vous en équipe de France, avec quoi vous voulez repartir de ces dix jours?

J’ai envie de tout donner, de savourer, mais surtout pas de pression. Il ne faut pas s’en mettre. Le coach m’a parlé, m’a bien détendu, il m’a dit d’être concerné, prêt. Je vais bien savourer, tout donner aux entraînements et pourquoi pas avoir du temps de jeu.

On dit souvent que l’après première convocation est dure à gérer, vous êtes prêt à ça pour votre retour à Marseille?

C’est ce que le coach m’a aussi dit. Quand tu viens en A pour la première fois, les gens te voient après d’un œil différent. Il faut être prêt pour ça, solide, faut pas s’en plaindre non plus. C’est notre rêve d’être en équipe de France, il faut donc en assumer les conséquences. Il faut travailler encore plus et être encore plus performant quand tu deviens international.  

Dans ce cas-là, on n’écoute pas ce qui se dit autour de nous, on coupe la télé?

Oui, voilà, on essaie d’éviter ça, de se concentrer sur le football, essayer de revenir le plus souvent ici. 

Il y a une vidéo sur les réseaux sociaux qui a bien marché, où vous décrivez le Vélodrome comme un volcan, les supporters ont adoré. Parlez-nous un peu de cette ambiance, on a l'impression que c’est quelque chose qui vous tire vers le haut.

Quand tu as des supporters comme ça…contre Nice c’était un derby, contre Paris c’était encore plus blindé. Quand il y a des gros matchs à enjeu direct et qu’ils sont 65000, tu les entends tous chanter, tu n’entends plus rien, tu te dis que tu es obligé de gagner. Si tu fais match nul ou que tu perds, c’est que tu ne les respecte pas. Quand tu marques, c’est incroyable, tu cours dans tous les sens.

A vingt ans, quand tu as joué à St-Etienne et à Marseille niveau ambiance tu es serein...

C’est ça. J’ai débuté à St-Etienne où l’ambiance n’est pas mal, comme à Marseille. Je pense quand même que le Vélodrome est un cran au-dessus au niveau de ses supporters. Je suis habitué aux ambiances comme celle-là, et j’espère que ça va durer.

Une ambiance comme celle-ci est-t-elle un critère pour rester ou non à la fin de la saison?  

Bien sûr. Quand j’en parle avec Mattéo (Guendouzi), rentrer dans un stade comme ça, dans le couloir, on est tous excités parce qu’on sait que ça va gueuler. Quand on entre, il y a une atmosphère que vous devez vivre pour la comprendre. Quand tu vois l’équipe adverse qui rentre sous les sifflets, ça fait quelque chose. Tu es dans ton match dès l’échauffement, ils sont tous déjà là, et ça donne vraiment beaucoup d’émotions.

Sur votre avenir, rien n’a avancé avec Marseille pour l’instant?

Non, mais je n’ai jamais caché que je me sentais bien ici. Je ne connais pas mon avenir, il reste deux mois, le plus important est de se qualifier pour la Ligue des champions et d’aller le plus loin possible en Conférence League. Je pense qu’il y aura des discussions après, fin mai-début juin, avec Arsenal et Marseille, on tranchera à ce moment-là. Mais c’est sûr que continuer ici, ne serait pas une mauvaise idée, au contraire, je connais la ville, mes coéquipiers, mon coach. Mais cela ne dépend pas que de moi.

On sait que l’ambition à Marseille est de vous garder aussi.

Oui, voilà, on verra comment ça se passera, mais ça dépend d’Arsenal aussi qui doit donner son accord, on va voir.

Arsenal vous a envoyé un message pour votre sélection?

Oui, ils m’ont envoyé des messages. L’ancien directeur par exemple, ou via une publication sur les réseaux, ça fait plaisir.

Petite question d’un coéquipier par message vocal: «Est-ce que tu prends les mêmes assiettes en A qu’en Espoirs?»

(Rires) Mes coéquipiers disent que je mange beaucoup, j’ai un grand estomac. Pour l’instant, je suis calme (rires). Je me lâcherai après.  

Et la chanson?

Oui, je l’ai faite hier. Les vidéos ne vont pas tarder à sortir. C’était du Booba. Le coach a dit que ce n’était pas son meilleur ami mais qu’il me pardonne.

Par Loïc Tanzi