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Thiriez : « Nos structures fédérales ne fonctionnent plus »

Frédéric Thiriez

Frédéric Thiriez - -

Le président de la Ligue de football professionnel (LFP) sort de son silence pour dresser un bilan sans concession de la Coupe du monde. Il appelle à des réformes en profondeur de la Fédération française de football. Mais ne veut pas en devenir le président.

Frédéric Thiriez, quelles leçons doit-on tirer du fiasco des Bleus en Afrique du Sud ?
Ce désastre sportif et surtout moral va plomber très durablement l’image du football français et frapper de plein fouet aussi bien le football amateur que professionnel. Cette crise est l’occasion de provoquer enfin une véritable modernisation de nos structures fédérales qui ne fonctionnent plus. Je ne suis pas le seul à le dire, le président de la République lui-même a appelé à une nouvelle gouvernance du football français.

Que faire ?
D’abord, il ne s’agit en aucun cas pour la LFP de faire une OPA sur l’équipe de France ou sur la fédération, qui est notre maison commune. Je veux une organisation fédérale qui soit à la fois plus efficace et plus démocratique. Aujourd’hui, on gouverne à vingt-cinq, ça ne peut pas marcher. Je propose un exécutif de la fédération beaucoup plus resserré et beaucoup plus fort, qui serait une sorte de directoire, comportant par exemple le président de la FFF, le président de la LFP, le directeur général de la Fédération, Jacques Lambert, et le directeur technique national, Gérard Houllier. Puis il y aurait un organe collégial, qui est actuellement le Conseil fédéral, dont je propose de revoir la composition.

C'est-à-dire ?
Je pense que les sportifs de haut niveau n’ont pas assez de place aujourd’hui dans les instances du football. Ce nouveau Conseil fédéral devrait comporter trois tiers : des anciens du haut niveau, joueurs, entraîneurs, arbitres ; des dirigeants du monde fédéral amateur ; et des dirigeants du monde fédéral professionnel. Je veux que le système soit plus démocratique. Aujourd’hui, l’élection du président de la fédération n’est pas une élection. En réalité, c’est une cooptation à l’ancienneté, plus adaptée au monde d’aujourd’hui. Je propose simplement que le président de la fédération soit élu par la base. C'est-à-dire les 20 000 clubs et les deux millions de licenciés. L’autorité du président de la FFF en sortirait renforcée. Je suis dans une logique non pas de séparation entre professionnels et amateurs, mais dans une logique d’association et de travail commun.

« Faire comme si rien ne s’était passé serait intolérable »

Le poste de président de la Fédération française de football peut-il vous intéresser ?
Non, absolument pas. Je suis président de la Ligue professionnelle, je vous rappelle que je suis bénévole, je ne suis pas rémunéré par le football. J’ai mon métier d’avocat que j’aime et que j’exerce. Je ne suis candidat en aucun cas à la présidence de la FFF.

Qu’avez-vous pensé des déclarations de Lilian Thuram, demandant des sanctions pour les joueurs et l’exclusion à vie de Patrice Evra de l’équipe de France ?
On ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé le 20 juin en Afrique du Sud. Ce serait intolérable pour l’exemplarité vis-à-vis des jeunes footballeurs du monde amateur, ce serait mettre Laurent Blanc dans une situation impossible. Il est bien évident qu’il faut une procédure disciplinaire. Je suis atterré de voir que rien ne s’est passé à la fédération depuis le 20 juin. On parle de sanctions mais encore faut-il avoir fait une enquête, savoir ce qui s’est passé réellement là-bas, avoir entendu les joueurs selon les règles et les procédures du code national de l’éthique que nous avons créé en 2002 précisément pour cela. Je pense malheureusement qu’il y a une véritable vacance du pouvoir à la FFF depuis un certain temps déjà. Tout cela révèle la déroute d’un système fédéral hérité du XIXe siècle. Il est temps que ça s’arrête.