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Allemagne-Hongrie: pourquoi le stade arc-en-ciel est un grand enjeu de politique européenne

La municipalité de Munich envisage d’illuminer l’Allianz Arena aux couleurs arc-en-ciel lors du match Allemagne-Hongrie, ce mercredi à l’Euro (21h), en soutien à la communauté LGBT. Une initiative qui vise notamment à dénoncer la politique de Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, jugée discriminatoire contre les minorités sexuelles.

L’Allianz Arena aux couleurs arc-en-ciel. L’image, hautement symbolique, ferait évidemment le tour du monde. Et enverrait un message fort. C’est le souhait de la mairie de Munich, qui envisage d’illuminer le stade du Bayern de façon spectaculaire lors du match entre l’Allemagne et la Hongrie, ce mercredi à l’Euro (21h). Une manière de soutenir la communauté LGBT, en dénonçant les discriminations dont elle est victime aux quatre coins de la planète. Et notamment en Hongrie. Dans le viseur? Viktor Orban, dont la politique, jugée discriminatoire contre les minorités sexuelles, est vivement critiquée au sein de l’Union Européenne.

Le Premier ministre hongrois et son gouvernement ont récemment décidé d’interdire "la promotion de l’homosexualité auprès des mineurs" dans leur pays. En bannissant les publicités montrant des couples homosexuels, limitant la diffusion de certains films ou proscrivant "la mise à disposition aux moins de 18 ans de contenus encourageant le changement de genre ou l’homosexualité".

"Le danger est de plus en plus présent dans les rangs des homosexuels en Hongrie, confie à RMC Sport un membre important d’une ONG, qui a pour but de protéger la communauté LGBT. Les gens ne le savent pas en Europe, mais nous nous sentons en danger. On ne sait pas de quoi demain sera fait pour nos libertés. Le gouvernement veut faire taire violement toutes les réactions nationales, on a besoin de l’Euro pour nous faire entendre !"

La Fédération allemande d'accord... pour un autre match

La Fédération allemande est favorable à l’illumination de l’Allianz Arena aux couleurs arc-en-ciel. C’est ce que Jens Grittner, le porte-parole de la Mannschaft, a fait savoir ce lundi au camp de base de Herzogenaurach. Mais pas forcément pour la réception de la Hongrie... "On n’est peut-être pas obligés de le faire exactement le jour de ce match-là", a précisé Grittner. L’initiative pourrait avoir lieu début juillet, au moment de la semaine des fiertés organisée dans la capitale bavaroise. En attendant, Manuel Neuer, le capitaine de l’Allemagne, a déjà arboré un brassard arc-en-ciel lors de la victoire samedi face au Portugal (4-2). Une marque de soutien validée après enquête par l’UEFA, qui a promis d’étudier la demande de la ville de Munich lorsqu’elle la recevrait.

En France, ce dossier hongrois est également suivi de près. Clément Beaune, le secrétaire d'État chargé des Affaires européennes, se bat depuis plusieurs mois contre les discriminations faites aux différentes communautés LGBT en Europe. Et plus particulièrement en Hongrie. Le membre du gouvernement avait d’ailleurs exprimé samedi sur Twitter son soutien à ceux qui souffrent de leur différence sexuelle en terre magyare. Selon nos informations, il a officiellement demandé mardi dernier à voir son homologue hongroise afin de lui exprimer la désapprobation du gouvernement français sur ce sujet.

Un ministre hongrois fait allusion au passé nazi de l'Allemagne

L’Union Européenne est sur la même longueur d’onde que la France. Par la voix d’Ursula von der Leyen, la présidente de la commission européenne, elle s’est dite "très préoccupée" par la loi hongroise et examine actuellement sa légalité. Une défiance qui ne plait pas du tout au gouvernement souverainiste d’Orban. Le ministre hongrois des Affaires étrangères a fustigé la proposition de Munich.

"C'est extrêmement nuisible et dangereux de mélanger sports et politique (…) Nous avons adopté une loi pour protéger les enfants hongrois, et voilà que maintenant ils la combattent en Europe de l'ouest", a déclaré Peter Szijjarto, cité par l'agence de presse MTI. "L'expérience historique montre que c'est une mauvaise chose et plus que quiconque, les Allemands le savent bien", a-t-il ajouté, dans une allusion au passé nazi de l'Allemagne. Orban et ses collègues critiquent régulièrement ce qu'ils qualifient de "censure" dans les démocraties occidentales, taxées de "dictatures libérales", et dénoncent une "culture de l'annulation" au nom du "politiquement correct", visant à faire taire ceux qui portent ses valeurs.

AJ avec MBo