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Euro 2016 : les affrontements de Marseille en questions

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Depuis jeudi, Marseille est le théâtre d’affrontements entre hooligans anglais, russes et jeunes de la ville, en marge de la rencontre Angleterre – Russie programmée ce samedi au stade Vélodrome (21h). Les faits, le rôle des forces de l’ordre, les acteurs… Décryptage d’une situation qui inquiète.

Que s’est-il passé samedi ?

« La situation était calme jusqu'à 16h. A partir de 16h, un certain nombre d'individus, en fait essentiellement des supporters anglais et russes ont commencé à en découdre et on a eu un certain nombre de rixes qui se sont développées en plusieurs points du centre-ville, décrit le préfet de police Laurent Nunez. Le dispositif policier que nous avions déployé qui se voulait à la fois conséquent, présent et très mobile a permis d'intervenir sur chacune de ces rixes pour disperser les belligérants et il a dû être fait usage à de nombreuses reprises d'ailleurs de grenades lacrymogènes et systématiquement. Donc, nous sommes intervenus sur ses rixes qui se sont terminées aux alentours de 17h30. Au moment où je vous parle (19h30 ce samedi), nous avons cinq blessés dont un grave. Une personne a dû être réanimée après un arrêt cardiaque, suite à un malaise lors d'une rixe. Il a été procédé à six interpellations. »

A voir ici >> les graves incidents à Marseille en images

Qui est impliqué dans les affrontements ?

Trois camps distincts se dégagent. Les supporters ou plutôt hooligans anglais et russes, mais aussi des jeunes marseillais. Pour rappel, 25 000 Anglais et 12 000 Russes étaient attendus. Les trois groupes s’opposent indistinctement, avec un quatrième acteur lui aussi régulièrement pris à partie, les forces de l’ordre.

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Pourquoi Angleterre-Russie et pas sur un autre match ?

Angleterre-Russie appartient aux cinq rencontres classées à risque de cet Euro. Il y a d’abord une donnée géographique. Marseille, avec ses ruelles, ses terrasses, offre un terrain jeu « idéal » pour les hooligans en quête de guérilla urbaine. La chaleur et l’alcool se mêlent pour échauffer les esprits. La donnée historique et le souvenir de ces deux journées d’enfer du 14 et 15 juin 1998 qui avaient fait plus d’une centaine de blessés en marge d’Angleterre – Tunisie, compte également. « Selon moi, il y a plus de risques autour du match Angleterre – Russie qui se disputera le 11 juin à Marseille, indiquait Nicolas Hourcade, sociologue à l’Ecole Centrale de Lyon, lors d’un entretien accordé à la Voix du Nord début juin. Parce que, justement, il y a eu ce précédent entre la population marseillaise et les fans anglais en 1998. » Certains hooligans anglais étaient ainsi venus avec l’idée de casser du jeune marseillais en général. Cette histoire n’a pas été oubliée dans la cité phocéenne. « Dans la mémoire des Anglais, 98 est resté comme un moment assez particulier, prolonge Philippe Broussard, auteur du livre "génération supporter". Ils avaient le sentiment à l'époque d'être tombé dans une sorte de traquenard marseillais parce que les torts étaient largement partagés. Les Marseillais avaient leur part de responsabilités dans les incidents de l'époque. Et puis d'autre part Marseille, la ville elle-même a également en mémoire ces incidents donc il y a un précédent et puis il y a un troisième ingrédient, c'est la présence des Russes. C'est un peu l'inconnu, c'est un peu le fantasme des pays de l'Est. On peut supposer que certains Marseillais par réflexe d'auto-défense si je puis dire, pour défendre leur ville, se mesurent aux Anglais et en tirent quelque part une forme de fierté car les Anglais restent la référence absolue en terme de supporteurs dans le bon sens du terme comme dans le mauvais. »

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Pourquoi les forces de police, malgré un dispositif qui mobilise 1200 hommes, ne sont-elles pas efficaces ?

« La police française déclare travailler sur ce sujet depuis de nombreux mois voire de nombreuses années, explique Ludovic Lestrelin, sociologue, maître de conférences à l'université de Caen Basse-Normandie, spécialiste des publics sportifs. Il y a logiquement un travail de coordination entre les polices européennes pour anticiper tous les problèmes lors de ce genre de compétition internationale. Peut-être qu'une chose était surprenante, c'est le nombre moins important, que lors de certaines compétitions internationales, de policiers étrangers spécialistes des questions de hooliganisme. Par ailleurs, il faut ajouter à cela un contexte sécuritaire en France, particulier depuis plusieurs mois et une fatigue sans doute manifeste des forces de l'ordre. Et puis il faut rajouter une troisième chose. C'est le fait que la politique française en matière de gestion des supporters en France, se caractérise depuis plusieurs mois par de nombreuses interdictions de déplacement ou de restrictions de circulation appliquées aux supporteurs. Sans doute que ça n'aide pas dans la préparation des forces de police française à la gestion des foules sportives et à la création d'habitudes et de routines professionnelles. »

Comment lutter pour empêcher cet afflux de hooligans ?

« Il y a un travail de renseignement, la base du travail policier, rappelle Ludovic Lestrelin. Après il y a des interdictions de sortie de territoire qui sont adressées à des figures reconnues et identifiées par les forces de l'ordre. Je crois que le Ministre de l'intérieur avait envisagé 3000 interdictions de séjour en France. Malgré tout, c'est peut-être la preuve qu'on peut passer entre les mailles du filet et se retrouver en France et chercher les affrontements. »

dossier :

Euro 2016

la rédaction