RMC Sport

Euro 2016 : les défis du "Monsieur sécurité"

Stade de France

Stade de France - AFP

Document RMC Sport - Responsable de la sécurité de l’Euro 2016, Ziad Khoury évoque les thématiques qui préoccupent à moins d’un mois du début de la compétition. De la sécurité des équipes aux fameuses fan zones, en passant par PSG-OM, une finale de Coupe de France qui servira de test grandeur nature.

Enarque passionné de foot, Ziad Khoury a été désigné responsable de la sécurité de l’Euro 2016 de football, qui se déroulera du 10 juin au 10 juillet en France. Ancien sous-préfet de la Seine Saint-Denis, ce quadragénaire a également fait carrière dans la diplomatie puisqu’il a notamment été chargé des questions européennes de sécurité, de justice et d’immigration. A l’heure d’évoquer les différents enjeux de la sécurité de l’Euro 2016, Ziad Khoury se veut rassurant.

Un véritable défi

« L’organisation de l’Euro 2016 est un défi car c’est le plus gros Euro jamais organisé. Outre les 10 stades, il y a plus de 100 sites à sécuriser. C’est un évènement complexe auquel on se prépare depuis des années. Une stratégie a été mise en place avec l’Etat. Par exemple, la sécurité des spectateurs doit être assurée du pays d’origine jusqu’aux tribunes grâce à une coopération entre les fédérations, entre les polices internationales… Sur un match, on s’appuie sur le concours de 650 à 1300 personnes, dont une grande majorité d’agents de sécurité privée. L’idée est de trouver l’équilibre entre une ambiance festive et un contexte qui donne un sentiment de sécurité. Il faut du sang froid car l’Euro n’est pas une cible spécifique, c’est toute la société française, les sociétés européennes et démocratiques qui peuvent faire potentiellement l’objet d’une menace terroriste. Il faut donc faire tout ce qu’il faut pour que les risques soient réduits au minimum. »

Un dispositif conséquent suite aux attentats

« Chaque match de l’Euro est organisé selon les standards d’une finale de Champions League, on n’a pas affaire à des matches ordinaires. L’accès aux stades répond à certaines normes. Pour nous, l’Euro a déjà commencé. Les sites des stades sont déjà sécurisés, il s’agit d’un processus continu. Depuis les attentats de novembre 2015, des mesures quantitatives et qualitatives ont été prises puisqu’on a mobilisé davantage de stadiers et que le niveau des contrôles a été rehaussé. Il y aura davantage de vidéosurveillance, une détection grâce aux chiens de tous les véhicules qui pénètrent dans les stades. Pas moins de six ou sept sociétés de sécurité privée travaillent en moyenne sur les matchs. Ce sont souvent les sociétés qui travaillent sur le championnat mais pas uniquement, on a choisi les meilleurs, pas les moins chers. »

PSG-OM pour se roder

« On va profiter de la finale de la Coupe de France (le 21 mai) pour tester le Stade de France en mode Euro. Mais ce ne sera pas un véritable test au sens où le public ne sera pas le même qu’à l’Euro, où 70% des supporters sont étrangers. Il n’y a donc pas les mêmes habitudes, une manière d’arriver au stade différente. Mais ce PSG-OM nous permettra de nous rôder sur certaines choses même si le seul test, ce sera le match d’ouverture de l’Euro. »

Une sécurité de tous les instants

« Il faut trouver le bon dosage et tout dépend évidemment des matches et des circonstances. Dans le stade, il y a à la fois des agences de sécurité privée et des forces de l’ordre spécialisées dans un certain nombre de missions (intervention, déminage, …) qui n’ont pas vocation à être visibles. Mais le public doit savoir qu’on a évalué tous les scénarios et qu’on est prêt à répondre à toutes les situations. Un centre de coopération policière internationale va notamment être inauguré prochainement avec deux représentants par pays qualifié mais aussi Europol, Interpol… Chaque équipe nationale sera suivie en permanence par six policiers. Sur le camp de base d’une sélection, il y aura en moyenne une vingtaine d’agents de sécurité. Les sites sont tenus en permanence, même quand les joueurs ne sont pas présents. En plus de la sécurité publique autour des sites, il y a un noyau de trois membres du RAID ou du GIGN auprès de chaque équipe. L’Etat a même décidé d’en mettre plus pour certaines sélections. Il n’y aura pas d’équipes davantage protégées que les autres mais certaines équipes restent plus exposées, que ce soit à la menace terroriste ou à la passion des fans. Il y aura une grande vigilance même si l’idée n’est pas de "bunkeriser" les équipes. »

La question des fan zones

« Dans les fan zones comme dans les stades, les gens se sentiront dans un lieu de football. La sécurité n’est pas là pour contraindre les gens mais pour leur apporter un niveau de confiance. Pour accéder aux fan zones, un élément nouveau, il y aura un processus de contrôle et d’entrée proche de celui qui existe dans les stades. Il faut trouver le bon dosage entre la sûreté du lieu dans lequel les gens se regroupent et le côté festif qu’on essaie de conserver. Et je pense que l’on a trouvé l’équilibre même si ça reste quelque chose de volatile. La fan zone de Paris, sur le Champ-de-Mars, ne sera pas plus sujette à difficultés qu’une autre. Beaucoup de touristes passeront par Paris, donc il y aura forcément un succès particulier pour cette fan zone mais beaucoup de moyens sont mis en place. L’Euro est le plus gros dispositif de sécurité publique et privée jamais mis en place en France parce qu’il y a un élément de durée, de permanence et de simultanéité, avec plusieurs sites à traiter en même temps. Tout ça fait qu’on est au maximum des moyens qu’on peut mobiliser. Tous les jours, une analyse des risques sera faite par une cellule qui collabore avec le ministère de l’Intérieur. Tous les scénarios sont envisagés, même celui d’un match à huis clos, s’il y a par exemple une défection énorme sur le système d’éclairage. Il y a un ensemble d’hypothèses mais la réalité, c’est qu’il y aura des matches dans des stades pleins. »

dossier :

Euro 2016

Jean Rességuié et Julien Richard