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Euro 2016 (préparation) : le foot roumain fait sa révolution

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Le 10 juin prochain, la France affrontera la Roumanie en match d’ouverture de l’Euro 2016 au Stade de France. En pleine mue, le foot roumain n’a plus grand-chose à voir avec l’époque des deux Gheorghe, Hagi et Popescu. Depuis deux ans, le jeune Razvan Burleanu (31 ans) préside la fédération avec l’ambition de reconstruire une institution minée par plus de deux décennies de corruption.

A l’âge où certains jouent les prolongations dans l’appartement familial, lui occupait déjà l’un des jobs les plus exposés de son pays. Son nom ne dira rien au quidam français. Mais Razvan Burleanu est un jeune homme qui sort de l’ordinaire. Depuis 2014, il occupe le poste de président de la fédération roumaine de football. Elu à 29 ans dans le marasme total d’une institution ravagée par les affaires de corruption.

Un peu d’histoire. Le 5 mars 2014, une énième révolution se joue en Roumanie. Elle concerne le football, mais elle est aussi politique. Pour la première fois depuis 24 ans et la chute de la dictature communiste et de son président Nicolae Ceausescu, la fédération roumaine change de président. Exit Mircea Sandu (61 ans), lié à de nombreuses affaires de corruption et autres trafics d’influence. L’homme que l’on surnomme en Roumanie « Nasu » (Le Parrain) est prié de s’en aller. Il laisse derrière lui un foot roumain en proie aux scandales. La veille de son éviction, huit dirigeants du foot roumain sont condamnés à de la prison ferme pour corruption, dont l'ancien capitaine du FC Barcelone Gheorghe Popescu.

La Roumanie est alors sous le choc. Une nouvelle élection est organisée dans la foulée. Un jeune homme l’emporte, Razvan Burleanu, pas encore trentenaire. Il devient alors le plus jeune président d’une fédération nationale de football en Europe. Docteur en sciences politiques, Burleanu affiche une élégante sobriété. Il s’exprime dans un anglais parfait. Souriant et accessible, il met à l’aise ses interlocuteurs. Après seulement deux années d’exercice, sa popularité est immense, en témoigne les autographes signés à tour de bras ce dimanche dans le hall d’hôtel de la sélection, en marge de la réception de l’Espagne en amical.

« On ne peut pas avoir un meilleur football si on n’a pas une meilleure société »

International aux 13 sélections (4 buts) passé notamment par Nantes et Bastia, Claudiu Keserü décrit ainsi le personnage : « Il a une mentalité très moderne, il est très dynamique. Il parle le même langage que nous. Son niveau intellectuel est très élevé. Il apporte de l’espoir. » Dans un pays qui se désintéresse de plus en plus du ballon rond (0,5% de la population joue au football contre 2,5% en moyenne en Europe), Razvan Burleanu prône l’exemplarité et bouleverse la culture d’un milieu conditionné par des décennies de régime à la fois fermé et corrompu.

Il avance pour cela un crédo. Changer la société pour changer le football… et inversement. Crédo qu’il applique quand on lui parle de la corruption. « C’est un des grands challenges que nous avons à relever, reconnait Burleanu. La fédération avait développé les mêmes pratiques que le régime communiste. On ne peut pas avoir un meilleur football si on n’a pas une meilleure société ». Un chantier considérable. Burleanu compte sur l’Euro et notamment sur le match d’ouverture face à la France pour mettre en lumière le football roumain. « On est plus qu’heureux d’ouvrir l’Euro en France. Ce sera forcément positif pour développer notre football », se réjouit le jeune président qui n’a fixé aucun objectif sportif à ses joueurs. L’essentiel est ailleurs.

dossier :

Euro 2016

N.J, S.R