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Des supporters néerlandais

Des supporters néerlandais - AFP

Euro: Comment (et pourquoi) supporte-t-on son équipe nationale?

L’Euro a débuté et vingt-quatre pays se sont mis à vibrer pour leur sélection. Parfois avec une énorme intensité, parfois… beaucoup moins. Pourquoi les supporters néerlandais et anglais sont-ils aussi nombreux quand il s’agit de soutenir l’équipe nationale? Pourquoi les Irrésistibles Français ont longtemps eu du mal à se faire entendre? Et pourquoi les Italiens entretiennent-ils cette relation souvent froide avec la Nazionale? Explications.
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La fête n'est pas totale. Question de Covid, passé par là et toujours pas parti, mais aussi d'un format à onze villes hôtes disséminées à travers tout le continent qui modifie les habitudes et perturbe les déplacements. Mais l’engouement est tout de même là. Depuis vendredi dernier et le lancement de l’Euro, vingt-quatre peuples du Vieux Continent se sont mis en mode football. On a vu des fans macédoniens sortir les costumes antiques à Bucarest pour célébrer la grande première de Goran Pandev et ses équipiers. On a vu des Turcs investir en nombre les rues de Rome, ou encore des Danois et des Finlandais chanter, puis pleurer et prier ensemble. Bref, l’Euro est de retour, et les supporters aussi. En partie.

Pourquoi un tel phénomène, observable tous les deux ans à chaque grande compétition internationale? Parce que le football est le sport roi, un vecteur d’émotions quasi universel. Mais pas seulement. "Il y a dans les compétitions par nations un côté festif à ne pas négliger, observe le sociologue Patrick Mignon, ancien chercheur à l’INSEP et membre du comité scientifique de Sport & Citoyenneté. On est toujours à l’approche de l’été, c’est un moment de décontraction, de relâchement. On va au stade ou on sort dans des bars, on va retrouver des gens. On sociabilise autour de l’événement." Certains le font en petit comité, d’autres en véritables meutes. Certains de manière très passive, se contentant de regarder les matchs de loin, d’autres de manière beaucoup plus active, en voyageant sur des milliers de kilomètres pour soutenir l’équipe nationale. Et aussi pour boire, s’amuser ou pavoiser.

>> Long format: Le premier Euro raconté par ceux qui l'ont joué

Pays-Bas, folie orange et sociabilité

Quel meilleur exemple, dans le second cas, que celui des Néerlandais et leur marée orange? Royaume de dix-sept millions d’habitants, les Pays-Bas semblent envoyer vingt millions de ressortissants à chaque compétition internationale. On exagère, mais l’idée est là. Même lors de la Coupe du monde féminine, en 2019, entre 10.000 et 15.000 Bataves avaient débarqué dans les rues de Valenciennes (pour un match de poule) avec leurs maillots orange, leurs hectolitres d’Heineken et leurs étonnantes chorégraphies – assez loin de l’ambiance hooligans observable dans certains clubs d'Eredivisie.

Parmi eux, Esther Huijsmans. Du Portugal au Brésil, en passant par l’Afrique du Sud et l’Ukraine, cette Néerlandaise a été de tous les voyages footballistiques depuis l’Euro 2004. Elle est aussi l’une des responsables du fameux bus orange à étage qui accompagne les cortèges en crachant des basses. "La ferveur néerlandaise est difficile à expliquer, explique-t-elle. Il faut vraiment être à l’intérieur, le vivre pour le comprendre. (…) La plupart des supporters de l’équipe nationale sont des supporters de clubs le reste de l’année, des clubs majeurs et des plus petits, mais il y a une sorte d’accord tacite selon lequel nous nous unissons pour soutenir la sélection. Il ne s’agit plus de rivalités mais de cohésion."

Et d’identité collective. "Les Pays-Bas, c’est la fierté d’un petit pays qui a eu de grandes réussites, ce sont aussi de vieux comptes à régler avec le reste de l’Europe qui l’a occupé pendant très longtemps, observe Patrick Mignon. C’est aussi un pays qui a eu des équipes de foot très fortes, notamment l’Ajax, et la sélection. Après, vous allez avoir des questions de sociabilité. Vous avez des pays où la population est plus individualiste et des pays à sociabilité forte. C’est souvent le cas de l’Europe du nord."

Des supporters des Pays-Bas contre l'Ukraine, dimanche
Des supporters des Pays-Bas contre l'Ukraine, dimanche © Icon Sport

Plus qu’un but en soi, le football est un prétexte au rassemblement. Les Néerlandais se regroupent d'ailleurs aussi en masse (et en orange, toujours) pour les grandes courses cyclistes, pour soutenir l’enfant prodige Max Verstappen en Formule 1 ou pour la Fête du Roi le 27 avril. Il existe même un mot pour décrire ces événements dans la langue de Vondel: l’Oranjegekte, la "folie orange".

"C’est un phénomène très particulier. Quand l’équipe avance dans la compétition, les gens attrapent vraiment la fièvre orange, les rues deviennent littéralement orange. Normalement ça commence avant le tournoi, mais cette année c’est spécial, ça a mis plus de temps à prendre, confiait Esther Huijsmans quelques jours avant le coup d’envoi de l’Euro. Mais on voit des publicités, on entend de nouvelles chansons sur l’équipe. Je crois qu’après cette année un peu folle, les gens ont envie d’en profiter. Et aussi parce que c’est notre première phase finale depuis la Coupe du monde 2014."

La revanche des petites villes anglaises

Lors du dernier Euro en 2016, les fans bataves étaient en effet restés chez eux, privés de fête à cause d’éliminatoires catastrophiques. D’autres en avaient profité pour s’illustrer: les Irlandais, du Nord comme du Sud, les Islandais, qui avaient remis le clapping au goût du jour, et bien sûr les Anglais. Quelque 20.000 sujets de sa Majesté s’étaient ainsi rendus à Marseille, où un samedi après-midi de violences contre les Russes avait marqué les esprits mais où ils avaient avant cela noyé le Vieux-Port de houblon et de chansons paillardes pendant deux jours.

Un supporter de l'Angleterre dimanche avant le match contre la Croatie
Un supporter de l'Angleterre dimanche avant le match contre la Croatie © AFP

Non, le fan anglais n’est pas discret, mais il est toujours là. "Les supporters anglais sont tout simplement les plus passionnés au monde", veut croire Kunal Sapat, fondateur du England Block 109, un groupe d’amoureux des Three Lions qui tente de chauffer Wembley… et qui a créé une bière à partir des mêmes graines que le gazon du stade. "Partout où l’Angleterre joue, ils voyagent en nombre, et loin s’il le faut, pour soutenir l’équipe nationale, complète-t-il. C’est une tradition. Même si nous n’avons rien gagné depuis 1966, les supporters anglais se déplacent avec une passion et un espoir immense." Et des drapeaux revisités, aussi. Là où les Néerlandais oublient un peu leur club de cœur le temps d’un été, les fans anglais ont l’habitude d’écrire le nom du leur sur la croix de saint Georges. Et on y lit plus fréquemment "Dover Athletic", "Peterborough United" ou "Winsford" que "Liverpool" ou "Arsenal".

"Les supporters des clubs secondaires, donc des villes hors Londres, Manchester voire Liverpool, n’ont pas l’occasion de vivre des voyages en Coupe d’Europe le reste de la saison, justifie Patrick Mignon. Ils se rattrapent avec les grandes compétitions de nations, ce sont des moyens pour eux de vivre quelque chose d’intéressant à l’étranger, tout en poursuivant leur sociabilité de supporter de Newcastle, de Reading ou de villes encore plus petites. On casse la tirelire et on y va. C’est pour cela que les bannières sont souvent des bannières de clubs de deuxième, troisième voire quatrième division."

"Le rapport entre soutien à la sélection et montée des nationalismes existe"

Cette année, l’Angleterre va jouer la majorité de ses matchs sur ses terres. Le pèlerinage s’est donc effectué vers Wembley, un lieu un peu moins exotique. Ce qui n’a pas empêché les supporters des Lions de se masser dans l’arène londonienne, pour environ 20.000 d’entre eux, ou dans les parcs et pubs environnants pour les autres. "Ces dernières années, nous avons assisté à un vrai changement d’attitude chez les joueurs, et on peut voir aujourd’hui que Southgate a rassemblé tous les gens devant les matchs de l’équipe nationale", se félicite Kunal Sapat, rappelant ainsi que les Anglais aiment aussi le beau football.

Le membre du Block 109 se veut en revanche moins loquace sur le sujet du Brexit, et ses éventuelles conséquences sur le soutien à la sélection nationale, qui affronte – sur les terrains – le reste de l’Europe. Ce n’est pourtant pas un scoop: les liens entre contexte politique et ballon rond sont étroits. Quand des supporters de pays d’Europe de l’Est, des Balkans ou même de Turquie poussent par milliers dans les stades, il ne s’agit ainsi pas seulement d’encourager une équipe de football.

"Le rapport entre soutien à la sélection et montée des nationalismes existe, bien évidemment, analyse Patrick Mignon. Dans les pays de l’ancien bloc de l’Est, par exemple, il y a des questions d’affirmation ou de réaffirmation identitaire. On le voit avec la Pologne, la Croatie, on le voit aussi dans un autre registre avec la Turquie, puisqu’on se rappelle de l’histoire du salut militaire contre la France (en octobre 2019, ndlr). C’est une composante. Les compétitions internationales sont pout certains supporters un moyen d’expression des sentiments nationaux plus ou moins exacerbés."

Le supporter bleu, intéressé mais conditionnel

Et la France dans tout ça? Un cas complexe. Selon un sondage effectué début juin par Odoxa pour RTL, 63% des Français et 92% des amateurs de football ont une bonne image des Bleus. Mais de là à voir des dizaines de millions d’habitants avec un maillot de Griezmann ou Mbappé sur le dos avant un match des hommes de Didier Deschamps, ou des dizaines de charters remplis de supporters désireux d’agiter le drapeau tricolore à l’étranger, il y a un pas… qui ne sera jamais franchi.

"Il y a en France un intérêt pour l’équipe nationale qui n’a pas son équivalent pour les clubs, décrit Patrick Mignon. En gros, l’équipe de France intéresse toute la population – et je parle d’intérêt, pas de soutien. (…) Mais le pays n’est pas forcément prêt à prendre le maillot et se déplacer. Pourquoi? Parce qu’on a parfois tendance à relativiser les passions secondaires. On ne se déplace pas pour quelque chose qui peut être considéré comme futile."

Et on met du temps à s’enflammer… "La montée en puissance de l’intérêt se fait au fil des tours passés dans la compétition, poursuit le sociologue. Le rapport au football est très conditionnel en France. Il y a des pays qui soutiennent leur équipe quoi qu’il arrive, jusqu’au bout, et d’autres qui soutiennent sous condition." Tous des Footix, alors? Evidemment, non.

Un supporter de l'équipe de France
Un supporter de l'équipe de France © Icon Sport

Les Bleus peuvent aussi compter sur leurs fidèles: les Irrésistibles Français. Un groupe de 1600 membres (avant Covid) officiellement créé en 2010, mais officieusement apparu à partir de 2002-2003. Un noyau dur d’amoureux qui cherche à secouer le Stade de France ou le parcage visiteurs à chaque sortie de l'équipe de France. Et qui a dû franchir un véritable parcours du combattant avant d’être accepté, et respecté.

"J’étais un gros fan de foot, un fan de tribunes aussi, presque en adoration devant l’équipe de France, raconte Fabien Bonnel, l’un des fondateurs des IF. Mais en arrivant au Stade de France, au début des années 2000, je me suis retrouvé dans un stade froid, voire hostile à l’équipe, puisque Karembeu par exemple se faisait siffler. A l’époque je crois que c’est Francis Lalanne qui essayait d’ambiancer le club des supporters." Et c’est le célèbre Clément d’Antibes et son coq que les médias allaient systématiquement interroger. "Je le connais bien, j’ai beaucoup de sympathie et de respect pour sa fidélité, donc jamais je ne dresserai de constat péjoratif, rebondit Fabien Bonnel. Mais de manière générale, l’image renvoyée par les supporters de l’équipe de France n’était pas positive. J’ai mis longtemps à l’admettre, mais c’est vrai." Malgré 1998, malgré 2000, les fans des Bleus étaient perçus comme ringards. Ou inexistants.

Et le leader des Irrésistibles Français de poursuivre sur son chemin de croix: "On a mis presque dix ans à avoir de la légitimité, à pouvoir imposer notre manière de supporter, se souvient-il. Au début, la quasi-totalité du stade était contre nous, on dérangeait les gens. Jusqu’en 2012 environ, et puis 2013 avec France-Ukraine, quand on chantait quelqu’un nous envoyait son coca ou son sandwich dessus et demandait l’intervention de la sécurité qui nous faisait rasseoir, sans quoi on dégageait."

Contrairement à d’autres groupes dans d’autres nations, les IF n’ont pas pu – en plus – s’appuyer sur un patriotisme développé. "Par le passé, on a même eu un débat entre nous au sujet d’une écharpe avec le slogan 'Fiers d’être Français', sourit Fabien Bonnel. Certains se demandaient si ce n’était pas trop patriotique. Finalement, on a sorti l’écharpe et on n’a eu aucun retour négatif. (…) Je ne me prends plus la tête à ce sujet. On est supporters de l’équipe de France, on ne va pas cacher les drapeaux tricolores, on ne va pas dire qu’on est supporters de l’équipe de France mais d’une France pas trop française, ou d’une France pas trop cosmopolite. On est supporters d’une France telle qu’elle est, voilà."

Des Irrésistibles Français
Des Irrésistibles Français © Icon Sport

Aujourd’hui, ce passionné des Bleus se dit heureux du parcours accompli, et ne rougit pas devant les voisins européens. "Certaines nations ont une communauté de supporters importante en nombre, sans qu’il y ait beaucoup d’ambiance, souligne-t-il. J’aimerais bien que l’équipe de France ait autant de suiveurs que dans ces pays-là, oui, et que le rapport de force soit différent lors des grandes compétitions internationales à l’étranger, mais au-delà de ça j’aime bien aussi avoir mon ambiance. A un moment donné, la qualité joue sur la quantité. Quand on fait un match à Amsterdam et qu’on entend plus les quelques centaines de supporters bleus que le reste du stade, je suis content d’être dans mon parcage. C’est aussi arrivé à Wembley. Je suis fier de l’évolution des supporters français. Il y a quelques années, ce n’était pas ça, mais on a su impulser une dynamique et libérer les gens dans leur souhait d’exprimer leur ferveur pour l’équipe de France." Reste que les IF se sont déplacés à environ 500 au Brésil en 2014 ou en Russie en 2018. La bande est loyale mais de taille modeste.

Italie, Belgique, Espagne et divisions régionales

Il se dit souvent que la France n’est pas un pays de football. C’est sans doute vrai. Mais cela n’explique pas tout. L’Italie, elle, est un vrai pays de football. Toutefois, le voisin transalpin n’est absolument pas un modèle de soutien à la Nazionale. "On peut trouver de l’unité derrière la sélection, assure Johann Crochet, spécialiste du football italien pour RMC Sport. En 2006 par exemple, il y avait des centaines de milliers de personnes dans les rues de Rome pour célébrer la victoire au Mondial." Mais l’évènement a un caractère exceptionnel. "Le problème de l’Italie, poursuit-il, ce sont les identités régionales, qui sont beaucoup plus fortes qu’en France." Et cette division du pays en deux.

"Il est très difficile pour un supporter de Naples d’encourager un joueur de la Juve en Nazionale, il est également difficile pour un supporter de la Roma de s’enthousiasmer pour un international évoluant à la Juve, à l’Inter ou à Milan, développe Johann Crochet. Parce que, même si elle est peut-être un peu moins importante aujourd’hui, il y a toujours cette fracture Nord-Sud. Il n’y a pas une unité comme dans d’autres pays, même si l’Angleterre entre ses grandes villes ou l’Allemagne et ses Länder ont quelques divisions régionales aussi. Je connais des supporters de la Roma qui ne supportent que les joueurs de la Roma en sélection. Pendant longtemps ils étaient derrière l’équipe nationale juste pour que Totti ou De Rossi décrochent un titre... Et là, cet été, les Napolitains vont être un peu derrière la sélection seulement pour encourager Insigne."

Des supporters de l'Italie pendant le match contre la Turquie
Des supporters de l'Italie pendant le match contre la Turquie © Icon Sport

Dans le genre divisions locales, la Belgique est également un cas étonnant, puisque les Wallons et les Flamands, outre leurs différends politiques mis de côté quand il s’agit des Diables Rouges, ne parlent pas la même langue. "Ce n’est pas un problème au niveau de l’entente, mais pour chanter dans le stade, avoir deux langues n’est pas idéal, convient Jonathan Ghislain, un Wallon président de Belgium Ultras. En réalité, on a même trois langues officielles en Belgique, avec l’allemand. On a donc quelques chants en français, quelques chants en flamand, mais la plupart sont en anglais. Nos banderoles au stade sont elles aussi généralement en anglais. On essaye de faire de notre mieux dans ce pays si compliqué."

Pas idéal pour la cohésion, l’unité et l’attachement au maillot. "Le supporter belge est plutôt amoureux de sa sélection, il est fort fêtard, mais il peut aussi vite abandonner ses couleurs une fois que l’équipe nationale marche moins bien, soupire Jonathan Ghislain. On a une génération dorée mais on reste un petit pays de foot." Où les disputes reprennent vite une fois la sélection éliminée.

En Espagne, elles ne cessent jamais. Même à la grande époque de la Roja, quand Sergio Ramos et ses compagnons ont dominé l’Europe et le monde de 2008 à 2012, l’enthousiasme pour la sélection était très limité dans certaines régions. "Chez les Espagnols, on aura toujours des problèmes d’unité nationale, avec le jeu des Castillans, des Basques et des Catalans, résume Patrick Mignon. La question est toujours la même: est-ce qu’on se sent représenté par l’équipe sur le terrain? C’est valable partout, en Espagne, en Italie, où les mouvements politiques typiques du Nord du pays jouent toujours sur cette double étiquette d'un Nord prospère, qui paie ses impôts et qui est civilisé alors qu’en face, le Sud, ce sont les barbares et les paresseux…" Ce qui ne renforce pas, en retour, le peu d’amour des gens du Sud pour ceux du Nord.

Des supporters de la Belgique au Kazakhstan en 2019
Des supporters de la Belgique au Kazakhstan en 2019 © Icon Sport

Italiens et Espagnols, comme les Portugais ou les Français, ont un autre point commun: même chez les fidèles de l’équipe nationale, même chez les passionnés de foot, la culture du déplacement est presque inexistante. Et la géographie n’y est peut-être pas étrangère. "Les marées des pays du sud de l’Europe, ça n’existe pas, souligne Johann Crochet. Quand on observe les fameuses marées de supporters, ce sont parfois des pays de l’Est, mais essentiellement des peuples d’Europe du Nord."

Météo trop clémente

Les mêmes qui, hors football, effectuent le plus de séjours touristiques à l’étranger, comme le montrent de régulières études. "Les Anglais se déplacent beaucoup en vacances, note Patrick Mignon. Ils vont à Ibiza, ils vont sur les plages en nombre. Le football est pour eux une forme de tourisme populaire, en quelque sorte." Les Italiens, eux, restent en Italie. "Il faut savoir que pour beaucoup d’entre eux, c’est le plus beau pays du monde, témoigne Johann Crochet. Ils ont tout ce qu’on peut rechercher en termes de tourisme: la culture, le soleil, la mer, les paysages, la nourriture, ils n’ont pas le besoin d’aller voir ailleurs. Je pense que la météo joue vraiment: au Danemark, les gens passent leur hiver à organiser leurs vacances au soleil."

Des supporters du Danemark avant le match contre la Finlande samedi
Des supporters du Danemark avant le match contre la Finlande samedi © Icon Sport

Investissement inégal

Pareil pour les Néerlandais. Qui sont aidés et encouragés au voyage par les instances quand arrive une grande compétition footballistique. "C’est un facteur très important sur la thématique des déplacements de supporters, estime Patrick Mignon. En Angleterre, comme en Allemagne ou aux Pays-Bas, les fédérations ont beaucoup favorisé cette relation entre sélection et fans."

Esther Huijsmans abonde: "La Fédération néerlandaise organise tout via sa plateforme 'Ons Oranje'. Il y a même un système qui rapporte des points aux supporters à chaque fois qu’ils assistent à un match de la sélection. Et les deux cent fans les plus loyaux (dont Esther fait partie, ndlr) sont assurés d’avoir une place pour tous les matches de chaque compétition internationale." De quoi créer une sorte d’émulation.

Pour les amoureux des Bleus, cela a longtemps été beaucoup, beaucoup plus compliqué. "Avant 2012, il y avait une vraie hostilité à la Fédération envers les supporters, regrette Fabien Bonnel. Cela a changé quand un salarié de la FFF (Florent Soulez, ndlr) a vraiment repris en mains le dossier. Il ne l’a pas refilé à quelqu’un qui gérait ça de loin, qui n’était jamais joignable et qui ne nous défendait pas." Le Belge Jonathan Ghislain en sait quelque chose. "Les nouveaux dirigeants de la Fédération ont changé le blason sans prévenir les fans, regrette-t-il. On l’a pris comme une trahison. Déjà parce qu’on était attaché à l’ancien, et surtout parce qu’on n’a pas été consultés. C’est un manque de respect total." Un rappel, aussi: en 2021, les supporters ne sont pas toujours supportés.

https://twitter.com/clementchaillou Clément Chaillou Journaliste RMC Sport