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Euro: L'Allemagne construit une réplique de chalets brésiliens pour ressusciter l'esprit de 2014

A la veille de France-Allemagne, et pour le dernier Euro de Joachim Löw, tout est fait pour rappeler le bon souvenir de la Coupe du monde 2014 victorieuse. Le sélectionneur a même rappelé deux champions du monde, Thomas Müller et Mats Hummels.  

Herzogenaurach n’est qu’une petite ville alanguie dans la campagne franconnienne, près de Nuremberg. Elle accueille pourtant les sièges de deux des plus grandes marques de sport au monde. Adidas et Puma se livrent une bataille intestine depuis plus de 70 ans dans cette cité à 200 kilomètres au Nord de Munich: les deux firmes ont été fondés par deux frères rivaux. Mais la marque aux trois bandes y a frappé un grand coup en construisant son "World of Sports" pour près d’un milliard d’euros : un campus de 59 hectares, de bureaux modernes et de multiples terrains de sports en libre accès. Cet été, Adidas reçoit en plus des hôtes de marque: la sélection allemande, qui a choisi le berceau de son équipementier comme camp de base pour l’Euro.  

La marque a donc construit pour la Mannschaft le "Home Ground", une quinzaine de petites maisons en bois. "Le camp de base peut jouer un rôle décisif dans une compétition", selon Oliver Bierhoff, directeur sportif de la Fédération allemande. Lukas Klostermann, défenseur de Leipzig, en a dit davantage sur l’organisation, ce dimanche: "Les chalets comprennent quatre chambres. Donc nous sommes quatre joueurs à cohabiter. Mais nous disposons d’un salon, d’une pièce de vie en commun pour tous les joueurs, autour de la piscine, dont on peut profiter l’après-midi." Un endroit où un écran géant retransmet aussi les matches de l’Euro.  

"Le gros problème en Russie en 2018, c’était leur lieu de vie"

Pour ceux qui ont suivi l’Allemagne à la Coupe du Monde 2014, avec un sacre au bout, ce camp de base bavarois ressemble singulièrement au Campo Bahia occupé par la Mannschaft pendant plus d’un mois. "Ils veulent essayer de retrouver les sensations du Brésil, où la pièce de vie commune a joué un petit rôle dans la victoire finale, car c’est notamment là que s’est forgé un esprit d’équipe", explique Uli Köhler, reporter pour Sky Sport News. "Le gros problème en Russie en 2018, c’était leur lieu de vie: un hôtel pour divertir des militaires, à 50 kilomètres de Moscou, au milieu de nulle part. Du gris partout…C’était déprimant pour tout le monde. Là, c’est autre chose: je les vois même jouer au tennis depuis ma chambre d’hôtel!"  

Son homologue de Magenta Sport, Anett Sattler, abonde: "L’agencement de l’ensemble, les petites maisons, les activités qu’ils peuvent faire ici (piscine, padel-tennis, beach volley), ça créé une ambiance dans un groupe. Mais cela ne reste qu’un aspect: la victoire ou la défaite, elle se provoque sur le terrain."  Et les Allemands débutent avec un sacré morceau, l'équipe de France championne du monde.

"Radio-Müller" émet à nouveau 

Dans l’actuelle équipe d’Allemagne, ils ne restent que 5 champions du monde 2014: Manuel Neuer, Matthias Ginter, Toni Kroos, Mats Hummels et Thomas Müller. Les deux derniers cités ont été rappelés in extremis par Joachim Löw, après plus de 2 ans sans sélection. Le fiasco du Mondial 2018 avait conduit le sélectionneur à parier sur la jeune génération pour reconstruire. Pari raté, la claque reçue en Espagne (6-0 en novembre 2020), et la défaite à domicile contre la Macédoine du Nord (1-2, en mars dernier), l’ont poussé à se raviser. Une décision qui fait l’unanimité parmi les suiveurs de la Mannschaft. "C’est une bonne décision", juge Anett Sattler, reporter pour Magenta Sport, un des diffuseurs TV de l’Euro en Allemagne. "Hummels et Müller ont manqué pendant leur absence. L’équipe manquait de leaders, ils sont de retour! En observant les entraînements, il est facile de voir leur rôle prépondérant. Ils répandent dans ce groupe un état d’esprit et les exigences pour être joueur de la sélection."  

L’attaquant du Bayern Munich en particulier est celui qui se fait entendre, toujours à pousser des cris ou à taquiner ses coéquipiers. "Ils le surnomment ‘’Radio-Müller’’" raconte Uli Köhler de Sky Sport News. "Il parle tout le temps, sur le terrain, au camp de base, et l’équipe a besoin de ça. Sur le terrain, il est au centre de l’équipe, dans ses mouvements offensifs comme défensifs. C’est très malin de la part de Löw de ramener de l’expérience parmi ces jeunes joueurs. Le brassage des générations est certainement le secret."

Herzogenaurach n’est certes pas au Brésil, quoique la météo de ces derniers jours en Bavière pourrait en faire douter. Et la Mannschaft de 2021 n’a plus grand-chose à voir avec celle d’il y a 7 ans, mais Joachim Löw, pour sa dernière danse, tente de créer une ultime version de sa recette victorieuse.

Kevin Morand (à Herzogenaurach, Allemagne)