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Le National et la D1 féminine pourraient ne pas reprendre

A l'arrêt en raison de l'épidémie du coronavirus, les championnats de National et de D1 féminine pourraient ne pas reprendre. Notamment en raison des mesures sanitaires qui seraient difficilement applicables lors des entraînements au vu des infrastructures des clubs concernés.

Dans sa décision du 16 avril dernier, Noel Le Graët avait demandé que le National ne soit pas concerné par l'arrêt du championnat en raison de la présence de cinq clubs professionnels et de cette troisième place du classement qui permet de jouer un barrage contre le 18e de Ligue 2. Si la L2 devait reprendre, il devait en être de même pour le National car le troisième, en l'occurrence Boulogne au classement actuel, ne pouvait pas attendre que l'étage au-dessus reprenne et surtout termine pour jouer le barrage alors que le National serait arrêté! Sauf que ce championnat bâtard, pour reprendre une expression de Jean-Claude Scouarec, le boss du club dunkerquois, n'est pas certain de pouvoir reprendre et la réflexion existe au plus haut niveau de la FFF. Car la majeure partie des clubs qui composent l'équivalent du troisième niveau du football français ne sont pas certains de pouvoir faire respecter le projet de protocole médical qu'ils ont reçu en ce début de semaine par manque de moyen pour le financer et par manque d’infrastructures pour les entraînements afin de faire respecter ne serait-ce que le minimum: la distanciation sociale!

Au Puy, le centre d’entraînement a été réquisitionné pour le Covid-19. Ce protocole médical d’une vingtaine de pages est à quelques détails près le même que celui des clubs de Ligue 1 et de Ligue 2. En National, les clubs au statut amateur (13 sur 18) n’ont pas de médecin salarié. A Pau, par exemple, il est généraliste et bénévole au club mais actuellement occupé à l’hôpital de la ville pendant la crise sanitaire. Donc, difficile d’être la personne référencée pour l’organisation et la coordination au quotidien des mesures d’hygiène stipulées dans le document. Sans parler de la mise en place des tests PCR et même si pour le National, l’échographie cardiaque et le bilan biologique ne sont pas obligatoires. Ce qui est assez surprenant.

Les clubs sont sous-dimensionnés: "Tous les clubs ne sont pas équipés pour satisfaire ce protocole", précise un président. D’autres, comme Boulogne font tout pour être prêts mais il faut dire aussi que pour le club des Hauts de France, il y a un véritable enjeu avec cette troisième place synonyme de barrage d’accession à la L2. Ceux qui ont conservé le statut professionnel, le Gazélec Ajaccio, le Red Star, QRM, Béziers et Bourg-en-Bresse ne possèdent pas tous les installations nécessaires pour assurer la protection des joueurs lors des séances d'entraînement. L'UNFP a pris conscience du problème et a organisé ce lundi des réunions téléphoniques avec les 18 délégués des clubs de National pour prendre le pouls des joueurs. Une sorte d’audit pour avoir le ressenti des joueurs sur la situation qui sera évoqué ce mardi soir lors d’une réunion de synthèse. Pour la plupart, c’est irréalisable et utopique de vouloir reprendre dans ces conditions. L’UNFP réfléchit, donc, à l’idée d’envoyer sous 24-48 heures un courrier à la fédération pour les alerter. Quoiqu’il en soit, c’est à Noel Le Graët qu’il appartiendra de prendre la décision vraisemblablement d’ici la fin de la semaine et de définir les conditions du classement. Semble-t-il sur les mêmes bases du fameux quotient comme en N2 et N3 et D2 féminine. Mais quid du troisième Boulogne et du match de barrage?

Même cause et même effets pour les féminines

Quant à la D1 féminine, là aussi, il y a un projet de protocole médical à respecter et à part les sections féminines des clubs professionnels les autres vont avoir du mal à le faire respecter sur deux plans. Tout d'abord sur le plan humain, tous les clubs de D1 n'ont pas les moyens de mettre en place ce protocole au quotidien, le staff médical n'étant pas présent à plein temps avec l'effectif. Par ailleurs, ce protocole médical a un coût. Avec un test par semaine à faire notamment, le budget pourrait s'élever de 12.000 à 15.000 euros. Une somme que certaines équipes du championnat ne peuvent pas prendre en charge compte tenu de leur état financier compliqué sur cet exercice. D'autres clubs se posent la question des structures et de leurs capacités en terme de terrain de football. Car s'il faut respecter certaines distances entre les joueuses pour l'entraînement, il va y avoir un manque d'espace et donc une impossibilité de retour à l'entraînement en fonction des restrictions sanitaires. 

Autre problématique: les licences amateurs. En effet, toutes les joueuses de D1 ne sont pas professionnelles ou ne disposent pas de contrat fédéral à ce jour. Les joueuses ayant ce statut ne peuvent pas bénéficier de dérogation de leur licence au-delà du 1er juillet. Elles seront donc libres de s'engager ailleurs à cette date, dans un club comme Metz où les contrats fédéraux se comptent sur les doigts d'une main, l'équipe première pourrait être décimée si le championnat reprenait pour s'étirer jusqu'à fin juillet. Enfin, selon nos informations, les entraîneurs de D1 ont échangé via un groupe de discussion pour connaître leurs positions quant à une éventuelle reprise du championnat. La volonté claire de reprendre la compétition n'était pas totalement partagée. Enfin D1 féminine, le sujet est un peu plus sensible qu'en National car il y a l’attribution des deux places européennes (Lyon et PSG à ce jour) et l'UEFA ne se contentera pas d'une simple décision fédérale pour justifier l'arrêt du championnat féminin et qu’il soit entériné par l'instance européenne afin de désigner les qualifiés pour 2020-2021.

Jean Rességuié et Anthony Rech