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Le coeur des sportifs touchés par le coronavirus sous surveillance

Déjà objet d'attention en temps normal car très sollicité, le coeur des sportifs touchés par le coronavirus est sous surveillance à la reprise de l'activité car, comme le virus de la grippe, il peut s'attaquer au muscle cardiaque

Déjà objet d'attention en temps normal car très sollicité, le coeur des sportifs touchés par le coronavirus est sous surveillance à la reprise de l'activité car, comme le virus de la grippe, il peut s'attaquer au muscle cardiaque - FRANCK FIFE © 2019 AFP

Les sportifs touchés par le coronavirus font l'objet d'un suivi cardiaque poussé en raison des risques de troubles sur le muscle provoqués par le Covid. Des études ont été lancées sur le sujet.

Déjà objet d'attention en temps normal car très sollicité, le coeur des sportifs touchés par le coronavirus est sous surveillance à la reprise de l'activité car, comme le virus de la grippe, il peut s'attaquer au muscle cardiaque et provoquer dans de très rares cas des morts subites.

"On peut avoir une atteinte du muscle cardiaque et des possibilités de trouble du rythme. S'il y a une séquelle qu'on essaie d'identifier, c'est vraiment celle-là, car l'atteinte cardiaque peut mettre en jeu le pronostic vital", explique à l'AFP Sébastien Le Garrec, chef du pôle médical de l'Insep (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance).

Ainsi, quand un athlète touché par le Covid est guéri, il passe un bilan complet avant de reprendre l'entraînement. Depuis la rentrée de septembre, 160 cas de Covid, ont été décomptés à l'Insep, mais aucune forme grave. "Aucun n'a fait de myocardite, mais on en a eu quelques-uns qui ont eu des atteintes pulmonaires, et quelques-uns qui ont été très fatigués", détaille Sébastien Le Garrec.

Le Stade Français joue la prudence

De retour dans l'établissement, les examens comprennent un électrocardiogramme, une échographie cardiaque, épreuve d'effort en complément, et si nécessaire une IRM. Au Stade Français, très touché l'été dernier, "chaque joueur qui reprend s'entraîne en dessous de 80% de sa fréquence cardiaque maximale tant qu'il n'a pas été vu par le cardiologue" pour faire des tests, explique à l'AFP Eliott Rubio, médecin du club de rugby. Parmi les joueurs qu'il suit, "aucun" n'a eu de lésion cardiaque, a-t-il ajouté.

Dans ce sport, le troisième ligne William Wavrin, qui joue au Stade montois (Pro D2), a été l'un des rares à développer une myocardite en contractant le Covid. Il a repris l'entraînement début mars, après un arrêt complet de plusieurs mois, a rapporté le quotidien Sud-Ouest. Après une infection virale, comme la grippe, les cardiologues du sport recommandent de mettre son palpitant au vert la semaine suivant l'infection. Le conseil est méconnu, mais la myocardite virale peut en effet entrainer la mort subite.

Jean-François Toussaint, directeur de l'Irmes (Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport), confirme qu'il faut être très vigilant à la reprise. "C'est exceptionnel, mais on sait que cela existe et on sait qu'on a pas de traitement", explique-t-il. Pour en savoir plus sur ce que le Covid fait au coeur, y compris pour les sportifs qui ont été touchés par des formes peu sévères voire asymptomatiques, une étude d'ampleur a été lancée au CHU de Bordeaux au printemps dernier.

Une étude menée à Bordeaux

Elle repose sur un large panel de sportifs, dont plusieurs centaines de rugbymen du Top 14 et de ProD2, des étudiants en Staps ainsi que des policiers du Raid. L'idée, ont expliqué les médecins Laurent Chevalier et Isabelle Pellegrin, est de "dépister le risque rythmique chez les sportifs COVID+ en lien avec des cicatrices myocardiques occultes mises en évidence par IRM cardiaque". Les résultats de cette étude dénommée Asccovid19 (pour "Activité sportive coeur et Covid), ne sont pas encore connus.

Aux Etats-Unis, une enquête menée par la revue médicale JAMA Cardiology, réalisée en collaboration avec les experts médicaux de la NFL (foot américain), de la NBA (basket), de la MLB (baseball), de la MLS (football), de la NHL (hockey sur glace) et de la WNBA (basket féminin), sur des sportifs testés positifs entre mai et octobre 2020, a conclu que seuls 5 joueurs sur 789 ont souffert de maladies cardiaques inflammatoires.

L'étude du CHU de Bordeaux pourra aussi servir d'enseignement pour la reprise du sport chez les sportifs amateurs, d'autant que le coronavirus prospère dans la population générale et chez des sujets plus jeunes.

NC avec AFP