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Leonardo Jardim: "Mbappé aura le Ballon d'or"

Ex-entraîneur de l’AS Monaco entre 2014 et 2018 avant d’y revenir pour quelques mois en 2019, Leonardo Jardim garde un œil attentif sur les performances du club qu’il a mené au titre de champion de France en 2017. À quelques heures du huitième de finale retour de Ligue Europa de l’ASM face à Braga, le club qui l’a révélé (0-2 à l’aller), le technicien portugais croit en les chances de Monaco mais évoque aussi Kylian Mbappé, qu'il a lancé en Ligue 1 à 16 ans, ou encore la sélection portugaise.

Leonardo Jardim, la qualification de l’AS Monaco en quarts de finale de Ligue Europa est-elle toujours possible après ce revers du match aller contre Braga?

Bien sûr, ça reste ouvert et ce même après la défaite 2-0 à Braga. Si Monaco marque en première mi-temps, tout pourra se jouer sur la deuxième. Avant le match aller, la probabilité pour que Monaco se qualifie était de 75%. Elle est maintenant de 70% pour Braga. Il reste donc 30% de chances.

Vous étiez au Stade Municipal de Braga pour le match aller. Qu’est-ce Monaco devra mieux faire ce jeudi soir?

On a vu que Braga était très fort en transition. À l’aller, Monaco a eu la possession. Mais quand Braga sortait, c’était dangereux. Ils ont marqué deux fois, mais ça aurait pu être encore plus lourd. Ce soir, Monaco devra absolument marquer des buts, attaquer, mais surtout garder un bon équilibre pour ne pas se laisser avoir par le jeu de transition de Braga. La transition, ce n’est pas seulement la contre-attaque, c’est un déplacement de quatre ou cinq joueurs qui inverse le jeu. C’est une organisation pour profiter des espaces que Monaco pourra donner. Braga attaquera, c’est son ADN, ses caractéristiques.

"Je continue d'aimer Monaco"

Beaucoup de supporteurs, d’observateurs, se demandent encore si limoger Niko Kovac après un an et demi était une bonne solution. Vous qui avez connu deux expériences à Monaco, laisse-t-on le temps aux entraîneurs de travailler dans ce club?

J’ai travaillé près de cinq ans à Monaco et j’ai beaucoup aimé. Si ma dernière expérience (en 2019) est au niveau de ce qui se passe au club sur les trois ou quatre dernières années, on m’a laissé le temps lors de ma première expérience. On a d’abord fait un très gros boulot. Puis pour mon retour, je pense que les objectifs ont été remplis. C’était de ne pas laisser l’équipe descendre en Ligue 2. Je me souviens l’avoir récupéré après 25 journées avec 15 points. Jamais dans le football français un club avait réussi à se sauver dans ces conditions. L’année qui a suivi, de nouveaux joueurs sont arrivés, ils avaient besoin de bien se connaître. Fin août-début septembre, nous sommes avant-derniers. Mais au moment de partir, on venait de prendre 10 points sur 12 possibles (9 sur 12, ndlr) mais je respecte la décisions des dirigeants. Je n’ai rien contre, je continue d’aimer Monaco. C’est un endroit que j’aime beaucoup et je souhaite toute la réussite au club… mais aussi pour Braga, car c’est un club que j’ai entraîné.

Vous avez revu Oleg Petrov à Braga?

Oui et ça s’est bien passé. Je l’ai salué, on a discuté, je lui ai demandé s’il allait bien, si le président Rybolovlev aussi. On a parlé du football monégasque, mais aussi de choses plus privées.

Il y aura une autre confrontation franco-portugaise ce soir avec Lyon-Porto. Vous aviez placé Porto comme favori avant le match aller…

Oui, car Porto jouait chez lui et, normalement, c'est très fort à domicile. Mais Lyon m’a surpris. Je n’étais pas surpris par la valeur d’équipe, car je connais la qualité des joueurs de l’OL. Ils sont habitués à jouer le haut du tableau du football français, mais ça ne marchait pas très bien pour eux ces derniers temps. À Porto, ils ont fait un match de grand niveau. Si l'OL est capable de refaire le même match, il se qualifiera. Même si, bien sûr, Porto a les capacités de passer car c’est une équipe qui a l’habitude de ce genre de match.

Pour revenir à Monaco, le titre de champion de France en 2017 reste-t-il aujourd’hui comme votre plus beau moment comme entraîneur?

C’est un très bon moment, mais la vie à beaucoup de bons moments. Quand j’ai gagné la troisième et la deuxième division portugaise, c’était un bon moment. La première Coupe de Madère contre une première division, c’était aussi un gros moment. Évidemment, gagner en France c’est un très beau trophée, très important. Cette année, avec Al-Hilal, nous avons aussi gagné la Ligue des Champions asiatique. Aucun Portugais ne l’avait encore gagné… Tous les trophées sont importants.

"Mbappé, le meilleur de sa génération"

Un joueur que vous avez lancé enchaîne justement les trophées et pourrait en remporter de nombreux dans les prochaines années. Il s’agit de Kylian Mbappé. Il a 16 ans lorsque vous décidez de le plonger dans le monde professionnel, en décembre 2015 face à Caen. Que pensez-vous de ce qu’il est devenu?

Il était déjà un joueur de top niveau en partant de Monaco et, aujourd’hui, il a pris et prend encore de l’expérience. Il a de plus en plus de capacités, il est tout simplement dans le bon âge, à 100% de sa forme. Je l’ai regardé l’an dernier et cette année, c’est le joueur le plus important du Paris-Saint-Germain, à chaque fois buteur ou décisif. Quand je le lance à 16 ans, c’est difficile de penser qu’il atteindrait ce niveau. Mais quelques années plus tard, quand on se rappelle de ses matchs en Ligue des Champions, on voyait déjà sa qualité, sa personnalité, son accélération… On voyait tout de suite qu’il n’avait pas seulement un potentiel, mais aussi une marge de progression. Il ne cessait de passer des étapes.

Il est désormais un des favoris pour le Ballon d’or…

Et je pense qu’il l’aura. Les joueurs qui ont été devants lui ces dernières années sont plus âgés. C’est pour moi le meilleur de sa génération, le plus complet et le plus décisif sur ces dernières années.

Êtes-vous restés en contact?

Pas directement. Mais si demain nous nous retrouvons autour d’une table, nous aurons une discussion positive.

Autour de son avenir, de son choix entre rester à Paris ou partir à Madrid?

Quand il a quitté Monaco, on a parlé ensemble de son avenir. Mais cela reste du domaine du privé. À lui de voir où il veut jouer.

Quand vous êtes champion en 2017, c’est devant le PSG. Cette saison, il écrase le championnat, comme souvent ces dernières années. Mais une nouvelle fois, Paris a chuté en Ligue des Champions, comment l’expliquez-vous?

C’est un peu bizarre car il y a beaucoup de belles équipes dans le championnat de France. Mais je crois que sur les dix ou quinze dernières années, seuls Monaco et Lyon sont arrivés en demi-finale et Paris en finale. Pour la progression du football français, ses représentants doivent être plus présents dans le dernier carré. Il y a les qualités en France, la preuve avec Lyon qui a bien réussi à se qualifier en demi-finale, même si c’était une année spéciale avec un tournoi final à Lisbonne. Cette saison, quand vous regardez les quarts de finalistes, il y a trois équipes espagnoles, trois équipes anglaises, un club allemand et le Benfica pour le Portugal. La France devrait toujours avoir une équipe en quart ou en demi-finale de Ligue des champions.

"Sélectionneur du Portugal, je n’y pense pas"

Il y a quelques jours, dans une interview donnée à l’AFP, vous disiez que devenir directeur sportif ou sélectionneur dans quelques années pouvait vous tenter. Devenir sélectionneur du Portugal est un objectif pour vous?

Pour le moment, j’ai toujours envie d’entraîner. Mais un jour viendra où j’aurais peut-être envie de travailler pour une sélection ou devenir directeur sportif oui, un poste différent que celui que j’occupe depuis ces vingt dernières années. Sélectionneur du Portugal, je n’y pense pas. Au contraire, j’aime beaucoup Fernando Santos. Il a fait un très beau parcours en gagnant l’Euro 2016, la Ligue des nations 2019. J’ai beaucoup de respect pour lui et j’espère qu’il restera encore plusieurs années.

Il faudra sortir l’Italie en barrage afin de se qualifier pour le prochain Mondial. Ne pas voir le Portugal au Qatar serait une catastrophe au pays?

Je crois que le Portugal sera au Qatar, tout en respectant les adversaires des barrages (le Portugal jouera la Turquie avant d'affronter potentiellement le champion d'Europe en titre). J’ai confiance en le sélectionneur, en la qualité de nos joueurs et en tous ceux qui supportent l’équipe.

Et en Cristiano Ronaldo, le meilleur joueur du monde selon vous?

Le meilleur joueur du monde n’est pas le joueur qui a été le meilleur ces derniers mois ou sur les trois ou quatre dernières années. C’est le joueur qui est capable dans les moments importants d’être leader. Cristiano Ronaldo détient le record du nombre de buts en sélection, a énormément de succès et ce sur les 12 ou 13 dernières années. Peut-être en effet que sur les cinq dernières années un joueur était meilleur que lui, mais il faut prouver sur la durée que le niveau est toujours là. La semaine dernière, je regardais un match de Manchester United, tout le monde parlait de lui, il met trois buts (3-2 face à Tottenham). Il arrive encore à faire la différence. J’espère qu’il sera dans un bon jour lors des barrages. Si c’est le cas, il y aura de grandes chances pour le Portugal.

Clément Brossard