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Accor suspend son versement: qu’est-ce que cela change pour le PSG?

L’information a été donnée vendredi sur les antennes de BFM, Stéphane Bazin, le PDG du groupe Accor, sponsor du Paris Saint-Germain, conditionnera le dernier versement du contrat à la reprise du championnat de France. Quelles vont être les conséquences économiques d’une telle décision?

"Les sponsors ne peuvent pas donner d'argent s'il n'y a pas de visibilité. [...] Le 1er juillet, il faudrait que ça reprenne, sinon ce ne sera probablement pas versé". Voilà comment Stéphane Bazin, président de la marque Accor, premier groupe hôtelier d’Europe, a posé les choses avec le PSG concernant leur partenariat commercial.

Signé l’année dernière, pour une période de 3 ans renouvelable, ce contrat historique pour le club de la capitale, supérieur à 60 millions d’euros, allait permettre à Paris de rentrer dans une nouvelle ère et, surtout, de faire face aux contraintes et aux risques de sanctions du fair-play financier.

Seulement, il est dorénavant conditionné à la poursuite de la saison 2019-2020. Accor perd trop d’argent, les deux tiers de ses hôtels ont été fermés et plus de 200 millions d’euros de dividendes ne pourront être versés aux actionnaires. Il faut faire des économies et le sponsoring devient la principale variable d’ajustement.

Seulement 4,5% des gains totaux, mais qui est cumulative

Si le championnat de France ne va pas au bout, la moitié du montant annuel ne sera pas versée. Soit 30 millions d’euros minimum de manque à gagner.

Somme qui peut paraître très légère pour un club qui présentait, lors de la saison 2018-2019, des revenus d’exploitation supérieurs à 658 millions d’euros. Mais elle vient s’additionner aux autres pertes sèches induites par le covid-19.

Au total, en plus du potentiel blocage du contrat Accor, il y aurait la chute de la billetterie, estimée à 25 millions d’euros, l’absence potentielle de droits TV versés, tant en ligue 1 qu’en Ligue des Champions, qu’on pourrait évaluer entre 15 et 20 millions d’euros, et enfin la fuite en avant des autres partenariats commerciaux et de sponsoring.

Cette dernière variable rapportait 195 millions d’euros l’année dernière à Paris, mais avec la conjoncture actuelle, de nombreuses marques pourraient faire faux bond ou simplement quitter le navire.

Selon une étude du syndicat des professionnels du sport, l’Union Sport & Cycle, 60% des entreprises qui soutiennent un club considèrent qu'elles ne seront probablement pas en capacité de reconduire ce partenariat à la rentrée. 27% ont l'intention de continuer, mais avec une baisse de leur dotation.

Malgré la chute, le fair-play financier ne devrait pas sanctionner...

Conséquence, Paris pourrait subir une perte de 100 millions d’euros minimum si rien ne se passe comme prévu. Et ne rajoutons pas les coûts indirects, les remboursements des prestataires, des partenaires voire des abonnés et des supporters.

Rassurons tout de même les fans du PSG, cette situation ne risque pas de provoquer des sanctions pour non-respect du fair-play financier. En effet, l’UEFA a décidé de suspendre, le temps de la crise, "les dispositions en matière d'octroi de licence aux clubs en rapport avec la préparation et l'évaluation des informations financières prévisionnelles des clubs".

… En tout cas pour l'instant

La vérification des comptes ne sera pas faite l’année prochaine et l’instance fermera les yeux en cas de déficit trop important. Mais suspension ne veut pas dire arrêt. L’UEFA a bien précisé que "le comité exécutif a réitéré son plein engagement en faveur de l'octroi de licence aux clubs et du fair-play financier et a convenu que la situation exceptionnelle que nous traversons nécessite certaines interventions ciblées".

L’UEFA donnera ainsi du temps aux équipes pour retrouver une stabilité comptable, que la vérification des comptes pourra être étalée dans le temps, que plusieurs saisons pourront être accordées aux équipes pour parvenir à un équilibre.

Si l’on reprend le cas de Paris, ils perdront forcément de l’argent cette année mais cela ne les inquiétera pas sur leur avenir de court terme, la saison prochaine. Or, la question se posera nécessairement si, derrière, les comptes affichent une perte nette sans aucune compensation les années d’après, avec le maintien de salaires très élevés (370 millions d’euros de masse salariale en 2019) et de coûts onéreux (des charges hors-mutation de 704 millions d’euros).

Il faudra faire des économies, c’est évident. Que le championnat reprenne ou non, le PSG devra faire des efforts, comme d’ailleurs l’ensemble des clubs européens.

Pierre Rondeau