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Auxerre: l’hommage de Charbonnier à Hamel, "l’un des trois mousquetaires"

Attristé par la disparition de Jean-Claude Hamel, qui fut son président à l'AJ Auxerre, l'ancien gardien de but Lionel Charbonnier conserve l'image d'un homme discret et bienveillant. Profondément humain et attaché à l'identité d'un club, sa ville et la région.

Lionel Charbonnier, quel sentiment vous habite ce mardi soir, après la disparition de Jean-Claude Hamel ?

C’est un ami qui m’a prévenu et qui m’a dit: "T’as vu Jean-Claude ?". J’ai compris tout de suite quand j’ai vu son message. C’est malheureusement une page qui se tourne. Auxerre a perdu une figure emblématique de son histoire.

Vous qui avez été formé à Auxerre, est-ce qu’une partie de votre histoire s’est envolée ?

Avec M. Hamel, bien sûr, un petit peu. Après, c’est vrai que je dois beaucoup plus à Guy Roux, Daniel Rolland, Gérard Bourgoin, tout simplement parce que Jean-Claude (Hamel) était très proche de Bruno Martini. Et lorsque j’ai succédé à Bruno, je pense que Jean-Claude était très peiné de le perdre. Et d’ailleurs, je ne sais même pas s’il connaissait mon prénom. Il m’a souvent appelé Joël. Alors pour moi, c’était une fierté, parce que je pense qu’il me confondait avec Joël Bats, je le prenais plutôt bien (rires). J’ai cette image qui m’est venue, le fait qu’il m’ait tout le temps appelé Joël. Et je me prenais pour Joël Bats. On a vécu des grands moments ensemble. Cette année du doublé en 1996, c’était pour eux, les dirigeants. C'est l'un des trois mousquetaires qui s’en va. C’était vraiment une grande fierté pour eux d’avoir pu accomplir ce doublé après avoir gagné la Coupe de France, en 1994. 

Pour les plus jeunes générations qui n’ont pas été éduquées avec cette grande épopée de l’AJ Auxerre, qu’est-ce qui fait de lui, selon vous, l’un des plus grands dirigeants du sport français ?

Il n’y a jamais eu d’esclandre comme on peut en voir actuellement. Il a su rester dans l’ombre. Quand il l’a ouvert, c’était toujours à bon escient. Je pense qu’il a aussi su travailler avec le président adjoint qui était Gérard Bourgoin, et surtout donner une grande part de responsabilité et d’honneur aux sportifs. C’était un honneur pour lui de donner une part aux sportifs. Il tenait les cordons de la bourse, bien évidemment, comme il fallait. Mais il a très souvent mis le sportif avant tout, et c’était tout à son honneur. Le sportif, l’identité du club, les bénévoles aussi... Je pense que c’est un modèle du genre qu’on a perdu. Il y en a eu d’autres à cette époque-là, mais je crois me souvenir qu’il a été élu président des présidents. C’était vraiment un titre mérité, pour une fois porté par la bonne personne.

Lionel Charbonnier, en 1998
Lionel Charbonnier, en 1998 © @IconSport

Quelle aura été pour vous sa plus grande réussite ? La confection et le maintien de ce trio, avec Gérard Bourgoin et Guy Roux ?

Bien évidemment, on le savait tous d’ailleurs. Même si, sur les trois, Guy Roux s’occupait de 60-70% de la gestion, en plus du sportif. Guy Roux savait tenir les rênes et guider le président Hamel au niveau des finances. Ces trois-là ont marché main dans la main pendant la grande période de l’AJA. Il y a eu parfois des déchirures, des engueulades, mais personne n’en a jamais rien su. C’est resté dans le vestiaire. Il y avait des points de désaccords mais on en débattait tout le temps. C’était l’image parfaite des trois dirigeants qui ont su tenir et mener les Auxerrois à bout de bras. J’irais même plus loin, je pense qu’ils n’ont pas fait que tenir le football. Parce qu’à Auxerre, quand vous tenez le football, vous tenez aussi toute une économie de la ville et de ses alentours. C’est quelqu’un à qui, pas seulement l’AJ Auxerre, mais aussi la ville et la région doivent beaucoup.

Une telle longévité, ça n'existera plus jamais ?

Ce sera de plus en plus rare. Gervais Martel était de la même trempe, ils étaient d’ailleurs très liés. Quand on reste en place aussi longtemps, c’est qu’on est capable de donner une identité aux gens, les gens sont capables de se retrouver à travers une politique éthique et financière. Je sais que les temps changent, mais changer tout le temps de dirigeants, ça déboussole quand même les supporters, les clients de cette entreprise qu’est un club. C’est comme si le patron d’une entreprise dont vous êtes client n’arrêtait pas de changer. Au bout d’un moment, vous en avez marre, vous n’y allez plus. C’était effectivement le dernier des Mohicans. Il n’y aura malheureusement plus de présidents qui vont durer aussi longtemps.

Avez vous un souvenir marquant ou une anecdote que vous aimeriez partager avec nous ?

L’anecdote, justement, c’est peut-être le fait que je n’ai pas d’anecdotes. On a vécu des choses, comme certains présidents qui sont omniprésents dans le vestiaire ou dans les différentes épopées. C’est un président qui a su être tout le temps discret, et c’est peut-être ça, l’anecdote. C’est qu’on le voyait très, très rarement. Il savait rester à sa place, être là quand on en avait besoin. C’était rare, mais c’était quand on avait besoin de réconfort après une défaite. Jamais un coup de gueule, c’était toujours une parole gentille pour nous encourager. Il n’est jamais entré dans un vestiaire pour pousser un coup de gueule, jamais, jamais, jamais. C’était toujours pour nous remettre à flot moralement. C’était quelqu’un de très humain. 

Quentin Migliarini