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Ben Khalfallah, le footballeur engagé

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Le déplacement de Bordeaux à Marseille, ce soir, préoccupe bien sûr Fahid Ben Khalaffalh. Mais le milieu girondin se sent également très concerné par la suite du printemps arabes et les élections qui ont suivi en Tunisie. Et quand il en parle, il ne mâche pas ses mots.

Fahid Ben Kalfallah a rasé sa barbe il y a quelques semaines, à très peu de choses près au moment où le parti islamiste modéré Enhada remportait les élections en Tunisie, le pays de ses origines. Le milieu girondin -et c’est assez rare dans le milieu du football pour être signalé- parle ouvertement de ses penchants politiques ou de son approche de la religion, lui qui n’est pas croyant. Surtout, le Bordelais ne cache pas son scepticisme sur l’avenir de ces pays qui ont vécu le printemps arabe et élisent, aujourd’hui, leurs nouveaux représentants. « Je suis vraiment déçu pour la Tunisie. On ne peut pas créer un parti politique sur des fondements religieux. Je trouve bizarre de dire que c’est modéré. Quand on voit ce qui se passe en Egypte, avec les militaires qui ne veulent pas lâcher le pouvoir, c’est honteux. Pour l’instant, c’est compliqué », lâche-t-il, agacé.

« C’est un monde de faux culs ! »

Ben Kalfallah a suivi de très près les élections dans le pays de naissance de ses parents, dont il a porté 17 fois le maillot national. Mais dans son discours transparait déjà une sorte de fatalité désabusée. Le Girondin ne pense pas qu’installer un parti comme Enhada à la tête du pays soit la bonne solution : « Il y a tellement de partis en Tunisie que le plus organisé a gagné. Quand on ne sait plus où aller, les croyances reposent sur les religions. Je le comprends même si je ne suis pas croyant. Mais quand on dit qu’on va faire les choses en douceur… Ben Ali, aussi, a dit ça au début. » L’ancien dirigeant tunisien n’a aucune grâce aux yeux du milieu girondin, également révolté lorsque la France « dresse une tente à Khadafi à l’Elysée, alors que c’est le pire dictateur qu’il puisse exister. »

Des mots qu’ils ne mâchent pas, une pensée claire, l’ancien international tunisien détonne dans un univers où la politique s’invite rarement. « Je suis plus quelqu’un de gauche, mais je ne sais pas pour qui je voterai à la présidentielle. Tout le monde ment et personne ne tient ses promesses. La seule chose sûre, c’est que je ne voterai pas Marine Le Pen ! », tonne-t-il, avant de revenir sur ce printemps arabe au soleil déjà voilé : « Il y a tellement d’enjeux financiers… Alors, on va se cacher, fermer les yeux. Et dès qu’il y a des manifestations, des morts, on va vouloir faire le sauveur. C’est un monde de faux-culs ! »

S.B. avec O.S.