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Bielsa et le coaching à la française…

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Retour sur le débat autour des entraîneurs français…

On ne sait pas comment se terminera l’histoire Bielsa à l’OM, mais en attendant, sa présence chez nous permet d’ouvrir des débats. On a en effet rarement autant parlé de nos entraîneurs. De notre « french touch ». Ces débats pourront-ils faire vaciller notre pyramide de certitudes ? Ils sont bons ou pas nos coaches ? On n’a jamais autant posé la question.

Cela fait longtemps qu'à mes yeux un sujet majeur dans l'analyse notre foot et de sa mauvaise santé. Le CV de nos entraîneurs, les résultats, palmarès en Coupe d’Europe, leur réussite à l’étranger, tout cela aurait du, depuis bien longtemps, nous alerter.

L’autre soir sur C+, dans la maison du corporatisme, un représentant de la famille du foot français, choyer par le diffuseur historique, Olivier Rouyer, a lâché une phrase curieuse : « ça m’embête de dire ça pour les entraîneurs français, mais Bielsa a changé l’OM ». Il félicite le travail de l’Argentin, mais en même temps redoute de blesser les entraîneurs français en disant cela. Avouez que c’est curieux comme propos non ?

Ce mercredi dans l’After, Guy Lacombe est venu. L’ex-coach de Sochaux, Rennes, Monaco, PSG… passé partout et nulle part. Celui qui se dispute avec Jean Fernandez le titre de « j’ai vu Zidane en premier ». Aujourd’hui c’est la tête pensante de la formation des coaches. Il fallait donc avoir son avis sur le sujet. Bilan : 30 minutes d’échanges auxquels je n’ai rien compris. J’espère qu’il était plus clair quand il parlait à ses joueurs. Et qu’il l’est aujourd’hui quand il fait passer les diplômes.

Lui avec Batelli, Guyot et le boss, Smerecki sont donc les « Expandables » de notre formation. Ok, c’est vrai on peut être un bon formateur sans avoir touché le sommet, le succès… mais là… Quand même… C’est un mix de la 7e compagnie au clair de lune et des Fous du Stade…

Et puis, même en mettant à la poubelle mon mauvais esprit, même paré de mes plus belles intentions, je n’arrive pas à m’enlever de la tête que certains sont là avec surtout le mérite d’être des copains (Smerecki, Guingamp, Le Graet)…

Un peu comme les amis qu’on place à la tête des centres de formations des clubs ou dans les cellules de recrutements. Des postes pour potes où la compétence n’est visiblement pas la qualité première. Mais je m’éloigne. Revenons à Guy Lacombe et à ses étranges explications.

En substance, j’ai retenu qu’il y aurait des freins (invisibles ? culturels ?) à l’évolution, la progression de notre foot. Un coach français ne peut pas avoir la même exigence qu’un coach étranger sinon… Sinon quoi ? La phrase est restée en suspens. Un mystère ce « sinon ». Sans parler du : « Si vous saviez » qui est tombé juste derrière ! A vous glacez le sang ce « Si vous saviez »…

En même temps, je me souviens d’une conférence de presse à Paris, où après un match horrible du PSG, qu’il entraînait alors, il avait expliqué que c’était à cause des médias si son équipe jouait aussi mal.

Autant dire que si les mystères de Lacombe doivent déboucher sur des explications aussi vide, on s’en passera volontiers. 

Dans la foulée de l’intervention de Lacombe, plusieurs éducateurs, formateurs de jeunes sont intervenus. Deux à l’antenne, les autres m’ont contacté. A vrai dire, ça fait bien longtemps que j’échange avec le bas de la pyramide. Que j’entends leur dégoût pour ce qu’il se passe en haut. Tout ce qui bloque toute évolution dans notre foot. Il faut savoir que notre système empêche par exemple des carrières comme celles de Sacchi ou Mourinho.

Par ailleurs, les choses entendues le plus souvent, outre l’idée des postes réservés aux copains, tournent autour de la culture de l’excuse. Sans la moindre remise en cause, on explique qu’en fait on est bon et que si les autres (les étrangers) gagnent c’est qu’ils trichent. (Argent, dopage) Et quand ils viennent chez nous : Ancelotti a gagné au PSG avec du blé, donc ça ne vaut pas et puis Girard lui a donné la leçon. Quant à Bielsa… pourvu que ça tourne mal, mon Dieu, pourvu que ça tourne mal…

Avec ce genre de raisonnement, on peut tout affronter. Reste enfin la pensée, l’idée directrice pour le jeune entraîneur qui veut émerger. Le mot d’ordre se résume à : « N’invente rien, fais ce qu’on te dit »…

Quand pour débuter l’entretien, on a demandé à Guy Lacombe si la formation des entraîneurs marchait bien, il a répondu oui. Oui, parce que les gens qui passent chez eux trouvent un poste. Il aurait pu ajouter que quand ils le perdent, ils en trouvent un chez les diffuseurs, d’images et de savoir.

Après tout, elle était peut-être ironique sa réponse. Peut-être qu’il s’est bien foutu de notre gueule. Il faut dire que le foutage de gueule, à la FFF et à la LFP, c’est une formation qui marche très bien…

Daniel Riolo Journaliste