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Plongée au cœur de la méthode Bielsa

Marcelo Bielsa est bien plus "maniaque" que "fou".

Marcelo Bielsa est bien plus "maniaque" que "fou". - AFP

DOCUMENT RMC SPORT. Après 8 journées de L1, les résultats comme les bonnes prestations de l’OM tendent à prouver que Marcelo Bielsa a trouvé la bonne carburation. Et que sa méthode fait mouche. Mais que cache vraiment cette méthode ? RMC Sport a enquêté. Aujourd’hui, 1er volet avec les techniques et les moyens utilisés. Demain, second volet sur la personnalité du technicien argentin, son approche humaine et son mode de communication.

LA VIDEO AU CENTRE DU DISPOSITIF

Des adversaires auscultés sous toutes les coutures

C’est la grande nouveauté de cette saison, instaurée par Marcelo Bielsa : la plupart des entrainements sont filmés, pour ensuite permettre au staff de décortiquer certaines séquences. Bielsa, « qui n’est pas fou mais simplement maniaque », raconte-t-on dans le vestiaire de l’OM, demande à ses adjoints d’analyser les forces adverses sur… dix matches, souvent les dix derniers (quitte à remonter à la saison dernière quand on est en début de championnat, Ndlr) !

Chaque phase de jeu est décortiquée : la relance du gardien, le marquage sur coups de pied arrêtés, les déplacements des attaquants sur les corners ou coup francs,… Un boulot monstre, que se partagent… huit membres du staff. Certains adjoints de Marcelo Bielsa sont d’ailleurs davantage considérés comme des analystes vidéo que de véritables adjoints de terrain. C’est le cas de Diego Reyes, « que je n’ai jamais vu sans son ordinateur dans les mains », raconte un habitué du centre Robert Louis-Dreyfus.

Des séances groupées ou en solo

Ces séances vidéo sont collectives et… individuelles. C’est le grand changement, constaté par l’un des cadres du vestiaire : « Avec Elie (Baup), on faisait aussi de la vidéo. Mais il faut avouer que c’était moins systématique. Parfois, on zappait, on ne prenait pas le temps de se poser. Ce n’était pas une priorité. La vidéo, avec Bielsa, c’est imparable. Elle nous met face à notre miroir et quand tu ressors d’une séance où on t’a montré ce que tu as mal fait, tu n’as plus qu’à baisser la tête et aller bosser. C’est une séquence vérité. »

N’allez pas dire à Marcelo Bielsa que « le jeu demande faute », comme le dit l’adage, et comme l’affirment beaucoup de joueurs ou d’entraineurs pour expliquer un but encaissé. De la littérature pour Bielsa, qui préfère un raisonnement plus… mathématique : « Bielsa n’emploie pas le terme « faute », mais plutôt le mot « erreur » », raconte un membre du vestiaire de l’OM. C’est comme dans un problème mathématique avec une inconnue. Bielsa va multiplier les exercices pour que lui et ses joueurs trouvent la solution ».

DES EXERCICES ATYPIQUES SUR LE TERRAIN

Entraînements sans ballon et cadences infernales

Depuis son arrivée, Gignac et sa bande ont le droit à une dose très régulière d’entraînements sans ballon, qu’il faut répéter à maintes et maintes reprises. La clé du succès, pour que le pressing de chaque instant, réclamé par l’Argentin, soit efficace. Plusieurs fois par semaine, Bielsa et ses adjoints réunissent donc les titulaires pour que la volonté d’aller presser son adversaire direct devienne non pas une consigne, mais un réflexe. La méthode est suffisamment innovante pour inciter quelques salariés du club à s’arrêter pour observer ces séances, plutôt atypiques. L’un d’entre eux raconte : « Cet exercice est très fréquent. Les joueurs le font en courant, à vitesse réelle, ou même parfois en marchant, juste pour que le positionnement de chacun entre dans les têtes. Cela ne dure que quelques minutes et on sent vraiment que les joueurs sont très impliqués. Le tempo est souvent donné par Gignac, qui commence à presser et, derrière, c’est automatique : tout le monde suit. »

Ou plutôt : tout le monde a intérêt de suivre ! Avec ce pressing à la sauce Bielsa, impossible de se cacher, ou de « faire semblant », comme certains en étaient accusés la saison passée. Avec Bielsa, le pressing ne se fait pas « en zone », mais avec un marquage individuel, « en un contre un ». Chaque Marseillais a donc un adversaire direct. La moindre défaillance se paye cash… et le responsable sera montré du doigt à la prochaine séance vidéo.

Don de soi et esprit de compétition permanents

« Je ne reprocherai jamais à l'un de mes joueurs le manque de talent, mais s’il y a bien une chose sur laquelle je suis inflexible, c’est le don de soi. Cela ne dépend que de la volonté de chacun..." La vision de Marcelo Bielsa se reflète dans son attitude. Bielsa vit les séances collectives, notamment les oppositions avec ballon, au milieu de ses troupes. Bielsa crie, s’excite, gesticule, encourage, félicite quand il le faut. Quitte à finir certaines séances en sueur et épuisé… « Bielsa ? Disons qu’il est un peu comme une chaudière (sic). Parfois c’est calme et tout d’un coup, ça monte en chaleur et ça fait du bruit », résume en plaisantant un membre du vestiaire de l’OM.

Mettre en situation, faire régner sur les terrains de la Commanderie l’esprit de compétition. Cela n’est pas nouveau, mais Bielsa y accorde une importance capitale. Lors de la dernière trêve internationale, Dimitri Payet en a gentiment fait les frais et le site de l’OM n’a pas hésité à diffuser cette séquence significative dans son feuilleton hebdomadaire « Objectif match ». Michy Batshuayi s’écroule et se fait mal au genou dans un duel avec Doria. Payet s’arrête de jouer pour prendre des nouvelles de son coéquipier. Ce qui met en transe Marcelo Bielsa. «Seguid, seguid ! (Continuez, ça joue !) » lâche le technicien argentin. « Attendez, il s’est fait mal, il s’est fait mal ! » se défend Payet. Et Bielsa de répondre du tac au tac : « Et alors ?! C’est bon, on s’en occupe ! Continue ! » Le technicien argentin réunira ensuite ses joueurs pour les rassurer et leur promettre, calmement, que l’intégrité physique de ses joueurs est… au cœur de ses préoccupations.

Florent Germain à Marseille