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Bordeaux: Dugarry charge Nicolas de Tavernost et les Girondins

Christophe Dugarry

Christophe Dugarry - AFP

Invité de Luis Attaque, ce mardi sur RMC, Christophe Dugarry est revenu sur le tacle de Nicolas de Tavernost, qui n’a pas apprécié ses critiques sur le manque d’ambition du club. L’ancien Girondin et désormais consultant sur Canal+ en a également profité pour évoquer plus longuement ce qu’il reproche à Bordeaux et à ses dirigeants.

Le tacle de Nicolas de Tavernost (après la victoire face à Monaco)

« Il est dans son rôle (patron de M6 et actionnaire des Girondins de Bordeaux, ndlr). Moi, je suis dans le mien. Moi, je suis là pour dire ce que je pense et ce que je ressens. Lui, il est là pour défendre son club contre vents et marées, malgré des prestations plutôt moyennes. Chacun est dans son rôle, mais je respecte son avis. Je pense qu’il doit respecter le mien. J’espère qu’il me dédicacera encore plein de victoires et qu’à la fin de la saison, il me dédicacera une place en Ligue des champions. J’en serais ravi, mon fils en serait ravi. J’ai porté ce maillot, je suis bordelais, je vois ce qu’il se passe. Les matches de Bordeaux, j’en ai vu des tonnes et des tonnes. Je les ai pratiquement tous vus cette saison. Ça a été moyen, pour ne pas dire plus que passable. Il n’y a pas que moi qui le dis.

Je vis à Bordeaux au quotidien, je suis avec les supporters, je croise les joueurs. Ce sont eux les premiers à dire qu’il n’y a pas d’envie, que ça manque de qualité technique. C’est ce que dit Willy Sagnol, c’est ce que dit le président Triaud. Je suis dans mon rôle et je trouve ça totalement normal de le dire. Si je ne peux pas le dire, autant rester chez moi et partir au Cap Ferret. Plutôt que de me dédier cette victoire, j’aurais préféré qu’il (Nicolas de Tavernost) réponde à toutes les questions que tous les Bordelais et tous les supporters se posent : quelle est aujourd’hui l’ambition du club ? »

Les ambitions du club et le projet de jeu de Sagnol

« C’est un club qui a 60 millions d’euros de budget, soit le sixième ou septième budget du championnat. C’est un club qui se contente toujours d’être cinquième, sixième, septième ou huitième. Il n’affiche jamais aucune ambition, il ne rivalise jamais pour les trois premières places. Je pense que depuis le titre de 2009, il y a eu des équipes qui ont fini devant avec des budgets beaucoup moins importants que Bordeaux. Monsieur Nicolas de Tavernost est toujours en train de parler de budget, on l’a très bien compris. Monsieur Triaud nous explique toujours que ça manque de volonté et d’envie dans cette équipe. Ils arrivent à s’en sortir contre les grandes équipes et il n’y a pas d’envie contre les moyennes.

Le projet de Sagnol ? C’est une déception. Au début, ça a plutôt bien marché, il faut le reconnaître. L’intention était là, le jeu était là. La saison dernière, ça a été un peu compliqué avec la Coupe d’Afrique des Nations, durant laquelle le club a eu beaucoup d’absents et de blessés. Pour une première saison en tant qu’entraîneur, Willy Sagnol a fait une saison plutôt honorable. »

Le discours fataliste des dirigeants

« Moi, ce sont plus les discours des dirigeants, de l’entraîneur ou des joueurs qui me dérangent. Je sens une certaine forme de résignation. C’est ça que je n’arrive pas à comprendre. Je crois qu’on a oublié ce que représentait ce club de Bordeaux, ce qu’il avait gagné et là où il devait être. Aujourd’hui, Jean-Louis Triaud m’explique qu’il n’a pas besoin de directeur sportif car, en général, les directeurs sportifs ne s’entendent pas avec l’entraineur. Je me demande qui s’occupe de la cellule de recrutement à Bordeaux. Il y a Jérôme Bonnissel qui, apparemment, ne parle absolument pas à Willy Sagnol. Pourquoi Bordeaux n’arrive pas à faire des coups sur des joueurs gratuits ? Ce n’est même pas une question d’argent. Je trouve qu’il y a un problème de structure aujourd’hui.

Je mets tout le monde d’accord, ce poste ne m’intéresse absolument pas. Ils peuvent me donner 200 000 euros par mois, même 500 000, je n’irai pas car ça ne m’intéresse pas. Je ne veux pas le faire, donc qu’on ne commence pas à se dire que "Dugarry passe des messages" ou "Quand Dugarry passe des leçons qu’il explique qu’il n’a pas fait une carrière exceptionnelle". Oui, j’ai fait des matches mauvais, j’ai été nul, j’ai fait des mauvais choix, j’ai fait des bons matches. Ce n’est pas parce que je donne mon avis que je prétends avoir tout réussi dans ma carrière. Je sais très bien que j’ai fait des très mauvaises choses. Mon rôle est de dire ce que je pense. »

Les problèmes de recrutement

« Pourquoi Féret préfère aller à Caen ? Pourquoi Briand préfère aller à Guingamp ? Pourquoi Ben Arfa préfère ne pas jouer pendant six mois et aller à Nice ? Pourquoi Lassana Diarra préfère aller à Marseille, dans un club qui est par moment un peu compliqué ? On a pris au mercato deux joueurs (Gajic et Pablo, ndlr), qui sont plutôt moyens et qui ont du mal à confirmer. On a pris Thelin la saison dernière, on ne sait pas non plus d’où il vient. Avec un vrai discours ambitieux, je pense que ce club a les moyens d’attirer des joueurs. Aujourd’hui, Bordeaux ne se fait jamais prêter un joueur du Real Madrid ou de l’AC Milan. Jean-Louis Triaud m’avait expliqué que ces joueurs-là ne voulaient pas venir à Bordeaux car ça ne les intéressait pas. »

L’avenir des Girondins « Je croise tous les jours les joueurs à Bordeaux. Il y a une forme de fatalité. Je crois qu’il faut leur montrer ce que le club était et ce qu’il représentait. Ce club doit jouer les trois premières places, même s’il a le sixième ou le septième budget de France, ou au moins batailler jusqu’à la fin. J’ai encore le souvenir d’un discours de Francis Gillot la veille d’un match de Ligue Europa, où il disait que Bordeaux ne pouvait pas jouer la Ligue Europa car il n’avait pas l’effectif. Je n’ai entendu aucun dirigeant dire à Francis Gillot qu’il est payé pour entraîner et pour jouer la Ligue Europa. C’est juste incroyable qu’un club comme les Girondins de Bordeaux ne puisse pas jouer la Ligue Europa. Ça veut dire que tous les clubs qui ont un budget moindre ne peuvent pas jouer cette compétition. Je ne vais pas dire à Nicolas de Tavernost de mettre plus d’argent, c’est son problème. Je pense que Jean-Louis Triaud est un excellent président, il a d’ailleurs un bilan plutôt positif. Mais je pense qu’à un moment ou un autre, il faut rebooster les gens et arrêter d’être fataliste. Comment on peut perdre aujourd’hui contre Sion à domicile en Ligue Europa ? Comment on peut faire des matches avec zéro occasion ? Avec tout le respect que je peux avoir pour des clubs moindres, Bordeaux n’est pas Angers, Bordeaux n’est pas Caen, Bordeaux n’est pas Guingamp, qui a pourtant joué la Ligue Europa en se disant on va faire du mieux possible. Il faut changer de discours. »