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Diouf : « Une unanimité de façade autour de Blanc »

Pape Diouf

Pape Diouf - -

Invité de l’Intégrale Foot, l’ancien président marseillais Pape Diouf a balayé l’actualité de l’OM, dont il affirme néanmoins avoir tourné la page. Il a également évoqué l’arrivée de Laurent Blanc sur le banc du PSG, exprimant des doutes sur la sincérité du concert de louanges qui l’accompagne.

Pape Diouf, le football français semble unanime sur l’arrivée de Laurent Blanc à Paris. Quel est votre avis ?

Cette unanimité est de façade. Quand les Qatariens ont pris le Paris Saint-Germain, le football français attendait en retour sa part dans toutes ces dépenses. Aujourd’hui, on s’aperçoit que ces mêmes Qatariens préfèrent de loin prendre des joueurs à l’étranger. Soutenir Laurent Blanc, c’est une manière pour le football français de revendiquer une petite part du gâteau. Il y a un peu d’hypocrisie. Même si je suis de ceux qui pensent que Blanc a les qualités pour entraîner, il faut reconnaitre que si les Parisiens avaient trouvé l’entraineur qu’ils souhaitaient engager, Blanc ne serait sans doute pas là.

Cette arrivée va-t-elle freiner l’arrivée de grands joueurs étrangers à Paris ?

C’est vrai que la personnalité de l’entraîneur est souvent assez décisive dans le choix d’un joueur. En l’occurrence à Paris, c’est surtout le nom qui peut attirer les vedettes internationales, plus que la conviction.

Vous aviez failli faire venir Laurent Blanc à Marseille, il y a une dizaine d’années…

Ça ne s’était pas fait parce que les deux parties n’étaient pas tout à fait prêtes à collaborer. C’était un essai de notre part. Laurent Blanc hésitait puisque l’OM n’avait pas encore acquis toute sa crédibilité. Je dirais qu’on s’était plus rencontré par curiosité que par volonté d’accorder nos destins.

Comment avez-vous vécu ces dernières semaines du PSG et cette liste de refus d’entraîneurs ?

Médiatiquement, il y avait de quoi remplir les colonnes des journaux. Mais au fond, quand on dirige un club qui suscite autant d’intérêt, tout ce qu’on fait passe par la loupe grossissante. Cette valse d’hésitations du PSG, c’était simplement une manière de trouver son entraîneur. Tous les grands clubs connaissent ces moments d’incertitude. L’erreur majeure c’est de ne pas avoir suffisamment anticipé le départ de Carlo Ancelotti.

Que pensez-vous du projet global du PSG ?

Quand on a autant de moyens que les Qatariens, les choses deviennent plus faciles. En fait, le projet reste assez illisible. Mais ce qui est vrai, c’est que quand on est en situation de recruter des garçons comme Thiago Silva ou Zlatan Ibrahimovic, on voit tout de suite les résultats. Souvenez-vous de la première année du PSG sous l’ère qatarienn. Beaucoup s’étaient gargarisés du recrutement mais il fallait relativiser : Ménez était remplaçant en équipe de France, Matuidi aussi, Maxwell n’était pas titulaire au Barça, Pastore n’était pas titulaire en équipe d’Argentine… Mais cette année, ils ne se sont pas trompés.

« Je n’ai rien à dire à Anigo »

Parlons de l’OM, qui a fini deuxième cette saison. Cette place était-elle méritée ?

Les résultats étaient satisfaisants, même si le jeu n’a pas beaucoup enthousiasmé. Ca répond quand même à une certaine logique. En début de saison, quand j’avais dit que je voyais l’OM finir sur le podium, j’en avais étonné beaucoup. Mais l’année d’avant, Marseille avait fini la saison dans une atmosphère épouvantable. Il y avait une usure entre l’entraineur (Didier Deschamps) et le directeur sportif (José Anigo). Mais une fois tout cela apaisé, citez-moi une seule équipe, à part Paris, qui serait meilleure… Mandanda, Fanni, Cheyrou, Nkoulou, Valbuena, Gignac sont tous internationaux. Il y avait un vrai effectif pour terminer sur le podium. Cette année, le discours était de dire que l’OM n’avait pas l’argent nécessaire par rapport au PSG. Mais Marseille restait quand même le deuxième ou troisième budget du championnat et avait un potentiel que les autres clubs n’avaient pas.

Marseille a fait le choix de constituer une équipe française. Qu’en pensez-vous ?

Je ne sais pas si c’est un choix ou si ce sont les circonstances qui ont imposé cela. On ne peut pas faire autrement quand on n’a pas les mêmes moyens que Paris ou Monaco. L’OM est forcé de regarder ce qui se fait de mieux côté français. La seule chose qu’il faut, c’est ne pas se tromper sur le choix des garçons. Il faut qu’ils aient le caractère pour s’imposer au Vélodrome, qui est quand même un terrain difficile.

Vos relations avec José Anigo sont-elles toujours aussi tendues ?

J’ai travaillé avec José Anigo pendant cinq ans, en bonne intelligence. Il a fait ce que je lui demandais de faire. Il avait promis de partir en même temps que nous. Il ne l’a pas fait mais on prend toujours ses décisions en fonction des circonstances. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, nous n’avons plus les relations que nous avions à l’époque. Je n’ai rien à lui dire mais de toute façon, et je ne pense pas qu’il m’appellerait.

Pourriez-vous retourner à l’OM en tant que dirigeant ?

Il faut savoir tourner la page. Je suis resté président cinq ans (de 2004 à 2009, ndlr), alors que la durée de vie moyenne était de deux ou trois ans. Je suis redevenu un supporter de base, qui paie ses abonnements. Je reste attentif à tout ce qu’il se passe. C’est vrai qu’on parle de la vente du club depuis plusieurs années mais pour l’instant, Margarita Louis-Dreyfus n’a pas exprimé sa volonté de céder le club. Espérons que l’OM ne reste pas à la traine vis-à-vis de clubs comme Paris ou Monaco et que des moyens seront trouvés pour que la concurrence soit de retour.

Si quelqu’un arrive pour reprendre le club avec de gros moyens, pourriez-vous envisager un retour ?

J’ai donné tout ce que j’avais en tant que président. J’étais ce supporter qui aimait ce club depuis longtemps et qui a eu la chance d’être aux manettes et de pouvoir lui donner une forme de sérénité. Je reste viscéralement attaché aux couleurs de Marseille. Donc c’est vrai que dans ce cas, je ne serais sans doute pas indifférent, si je pouvais aider le club à retrouver sa dimension planétaire. Mais je ne me rase pas tous les matins en pensant à l’OM.

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Propos recueillis par RMC Sport