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Dupraz : « Je crois aux hommes mais, malheureusement, certains n’en sont pas »

Pascal Dupraz

Pascal Dupraz - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

EXCLU. Réputé grande gueule, Pascal Dupraz n’a pas dérogé à cette règle en se confiant à RMC Sport sur les tracas de son club. S’il regrette certains dérapages, l’entraîneur d’Evian TG est loin d’avoir vidé son sac.

Pascal Dupraz, est-ce que dans vos rêves les plus fous, vous imaginiez le club en Ligue 1 et vous à sa tête ?

Le club devenir professionnel ? Oui, je l’avais annoncé. C’était il y a 23 ans. Nous étions en honneur régional. J’avais dit aux dirigeants de l’époque, aux dirigeants du FC Gaillard et aux joueurs de l’époque qu’un jour, grâce à eux, notre club ferait revivre le professionnalisme en Haute-Savoie. Maintenant, être entraîneur en Ligue 1… On m’avait cassé les reins quand on m’avait remplacé par Stéphane Paille. Je ne m’imaginais pas être entraîneur de Ligue 1. Je m’étais concentré sur mon rôle de directeur sportif. Je pense, là aussi, avoir fait du bon travail. Quand mes dirigeants m’ont demandé d’aider le club à se maintenir, je n’ai pas longtemps hésité. J’ai pris la balle au bond. Comme si j’avais l’intention de faire un pied de nez aux mêmes dirigeants qui m’avaient jugé pas assez performant pour amener notre équipe aux portes du professionnalisme.

On vous sent animé par ce sentiment de revanche...

Je ne suis pas lisse. Je manque quelquefois de recul par rapport à ce club. Je l’ai dans le cœur, mais je ne suis pas le seul. Il ne m’appartient pas. Je n’aime pas quand on lui fait du mal. Et je trouve qu’on lui en fait trop. Cela me rend un tantinet agressif, je dois le reconnaitre. Mais vous allez vous rendre compte que je n’ai pas fini de déballer. Parce que je déballerai au bon moment.

Ce club, c'est un peu votre bébé...

Ce serait prétentieux de le dire. C’est pour ça que j’avais employé le mot mécréant. Je ne regrette rien de ce que j’ai dit, seulement le fait d’avoir été un peu grossier. Je suis un éducateur. Mais mécréant, je le pense sincèrement. Je ne peux pas croire qu’on ne croit pas… ou en tout cas qu’on ait cru, à tel point qu’on ait voulu faire croire à d’autres pour leur faire adhérer au projet et puis, sous prétexte qu’un homme nous quitte, qu’on ne croit plus et qu’on en encourage d’autres à ne plus croire aussi. C’est la politique de la terre brûlée. Quand on divorce, on se doit de respecter son concubin parce qu’on a eu une vie ensemble et bien souvent des enfants ensemble. Eh bien, quand on quitte l’ETG, on doit penser que certes on a divorcé, mais qu’il y a des enfants et que ces enfants sont les 100 employés. Donc quand on fait du mal à l’ETG, on fait également du mal à des gens qui n’ont rien fait, qui ne font que travailler et croire à ce club.

Il y a le départ du groupe Danone...

Danone et son PDG (Franck Riboud, ndlr) ont décidé de ne plus soutenir le groupe professionnel, mais ils continuent à soutenir l’ETG. Mais que ce soit l’association ou les jeunes, cela reste l’ETG. Ils soutiennent les jeunes qui bientôt deviendront professionnels. Donc ils soutiennent des jeunes qu’ils ne soutiendront plus. J’ai du mal à me reconnaitre dans tout cela. En ce qui concerne Patrick Trottignon, il faut faire l’économie de parler de lui. Je le lui ai dit et je l’ai dit à Franck Riboud : l’unique responsable de nos soucis depuis un an et demi, c’est Patrick Trottignon.

C'est-à-dire ?

Tout se passait bien. Il avait ici un poste rêvé. Je dois reconnaitre qu’il a fait de l’excellent travail. Il s’est ensuite fâché avec ses amis. Il a créé des tourments à l’intérieur du club. Il a divisé les gens. Je ne sais pas pourquoi. J’ai essayé de comprendre pourquoi il agissait ainsi. Il avait tout le pouvoir. Il se trouve que notre club est une société et que je suis aussi un petit actionnaire. Vendre 50 % des actions du club dans le dos des actionnaires sans leur en parler, pour 1,5 million alors que le club a été valorisé à 6-10 millions d’euros, ce n’est pas se montrer extrêmement loyal. Tout ceci a été mal fait. J’aurais été extrêmement content à titre personnel que des entreprises locales viennent nous rejoindre. Il suffisait de se parler. Je suis certain que l’accord aurait été trouvé. Je suis certain qu’au fond de lui-même, il regrette aujourd’hui ce qu’il a fait.

« Quelque chose de très important à dire à Franck Riboud »

Vous en voulez beaucoup à ces hommes qui ont construit et qui sont en train un peu de démolir le fruit de leur travail...

Oui. Mais aussi pour d’autres raisons. Je crois beaucoup au genre humain. Je crois aux hommes. Et malheureusement, je m’aperçois que certains n’en sont pas. C’est comme ça. Mais personne ne pourra me couper la langue. J’aurai l’occasion de parler et de parler encore. Je suis écœuré, en fait. Tout ceci m’écœure beaucoup de la part de personnalités, de personnes qui faillissent à leur parole.

Cela vous donne encore plus de force pour vous maintenir...

Je voudrais bien que le club se maintienne en Ligue 1 et que l’on cesse, très vite, de parler de ces problèmes-là. J’envie les clubs comme Guingamp où on sent l’unité. Il y a ici tout pour bien faire. Ce club avait la possibilité de faire beaucoup de choses. On les fera certainement. Le projet du club, tel qu’on l’avait conçu et présenté, était fantastique. Un club d’amis, je me souviens des paroles de Franck Riboud. Mais ce n’était pas un club d’amis. Ce n’était pas pour les bonnes raisons. Moi, les raisons qui me poussent à croire en ce club, c’est que j’aime le football, j’aime ma région. Quand je vois comme hier (mercredi) 1 000 personnes se précipiter à une séance de dédicaces, cela montre qu’on peut entrevoir de bonnes choses pour le club. L’ETG a encore de l’avenir. J’espère qu’on va rester en Ligue 1 et j’espère surtout que la justice sera faite, dans tous les sens du terme. Je trouve admirable que nos dirigeants aient demandé un audit du club. J’espère que celui-ci révélera ce que tout le monde sait ici.

Que cela puisse se finir aux tribunaux ne vous dérange pas ?

Si ça doit être le cas... Il faut qu’on lave l’affront. On s’aperçoit que beaucoup de personnes prennent position. J’ai lu dans la presse régionale que nous ne payons pas les chambres dans les hôtels du groupe Danone. C’est faux. J’ai lu également que Nissan nous offrait des véhicules. C’est faux. Le club paie pour ses voitures, les joueurs aussi et chaque membre du personnel. Il y a trop de choses qui sont dites. Il y a des personnes qui se sont mouillées. J’aimerais que ces personnes puissent, pour le moins, se mordre la langue ou la remuer sept fois dans leur bouche pour avoir prononcé des paroles tellement blessantes.

N'avez-vous pas peur que ce franc-parler vous desserve ?

Comme je l’ai dit lors de ma prise de fonctions, je n’ai pas de plan de carrière. Si demain ça doit s’arrêter… Le pire pour moi serait que mes amis, ma famille, ne me reconnaissent pas lorsque je prends la parole. Je suis exactement comme je pense être. Ça plait peut-être. Ça ne plait pas, tant pis. L’essentiel, c’est de ne pas faire de mal à mon club. La dernière fois, quand j’ai dit à certains de se taire avec des mots crus, j’aurais dû employer un autre vocabulaire. Je suis capable de parler avec un vocabulaire riche. Je n’étais pas obligé d’être outrancier. J’ai un peu déconné. J’ai lu aussi que j’étais un indépendantiste. Non, j’aime la région dans laquelle je suis né. J’aime mon département. Après, je peux avoir quelques idées politiques. Une région Savoie, je pense, ce ne serait pas si dégueulasse que ça. Mais de là à dire que je suis indépendantiste… Le PSG va très prochainement jouer en Ligue des champions et je serai supporter du PSG. Il me semble que ce n’est pas un club du pays de Savoie. C’est un club français, un club de la capitale. A la Coupe du monde, je serai supporter à 100 % des Français. C’est facile de vouloir abattre les gens en leur mettant des étiquettes. Mais je suis costaud.

Vous êtes-vous déjà entretenu avec Franck Riboud ?

Non. J’espère le voir. Il viendra peut-être à moi. J’essaierai de lui parler. J’ai quelque chose de très important à lui dire. Quelque chose entre lui et moi. Il vaut mieux que je le vois plutôt que j’en parle par voie de presse. Il faut qu’on se voit.

En cas de maintien...

(il coupe) Si on se maintient, on le devra à tout le monde. Au soutien de nos sponsors, au travail réalisé par Patrick Trottignon, au travail aussi des petites mains qu’il a toujours voulu rabaisser.

C'est clair, on ne vous fera jamais taire...

Non. Un jour, je vais mourir. C’est le lot de chacun. Mais je dirai toujours ce que je pense. Et je le dirai avec force. Je n’ai pas la science infuse mais ce que je dis, souvent, tout le temps, c’est la vérité. J’ai assisté à beaucoup de réunions parce qu’auparavant, j’avais un poste important et j’ai vu des choses inadmissibles. Je suis là pour les dénoncer et je suis là, avec d’autres, pour faire en sorte que cela ne se reproduise jamais.

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Propos recueillis par Edward Jay