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Evian TG : plongée en eaux (très) troubles

Franck Riboud, le PDG de Danone (à gauche), et Patrick Trotignon, le président d'Evian TG (à droite)

Franck Riboud, le PDG de Danone (à gauche), et Patrick Trotignon, le président d'Evian TG (à droite) - -

Une lutte d’influence agite fortement le club d’Evian-Thonon-Gaillard, avec la volonté de Franck Riboud, le PDG de Danone, de devenir incontournable. Les coulisses d’un club de Ligue 1 en pleine guerre interne.

Oubliez « Breaking Bad » ou « House of cards ». La meilleure série dramatique de l’année, celle que les Emmy Awards auraient dû récompenser, a le lac Léman pour décor. Magnifique, paisible. Parfait pour offrir en contraste le scénario le plus noir de ce début de saison en Ligue 1. Pouvoir, finance, influence. Dans une subtile alternance entre ombre et lumière. Evian-Thonon-Gaillard, finaliste de la dernière Coupe de France et 12e de Ligue 1, vit une guerre interne terrible en coulisses. Avec un homme à la manœuvre et des résistances. Le dernier épisode a eu lieu samedi soir, après le match nul face à Bordeaux (1-1).

« Je fais mon boulot, lâchez-moi ! » En substance, la teneur du coup de gueule de Pascal Dupraz au terme de la rencontre. A qui s’adresse l’entraîneur haut-savoyard ? Principalement à son président, Patrick Trotignon. Le relais du personnage clé, Franck Riboud. PDG de Danone, sponsor du club, employeur vedette dans la région et fin connaisseur des sphères politico-économiques, il veut désormais être incontournable à l’ETG. Et donc évincer les actionnaires majoritaires, Esfandiar Bakhtiar (ancien administrateur de Saint-Etienne, proche de Luis Fernandez, neveu du dernier premier ministre de l’Iran avant la Révolution islamique) et Richard Tumbach, qui détiennent 48% du capital à eux deux.

Pourquoi ? Parce que l’ETG, construit de toutes pièces ou presque il y a quelques années, a pris de la valeur. Alors le septième patron le mieux payé du CAC 40 (3,21 M€ en 2012) a de l’ambition et profite notamment de l'Evian Masters de Golf, devant les grands décideurs de Haute-Savoie, pour déstabiliser Bakhtiar. Il vise la dilution des parts des actionnaires de la première heure, en faisant entrer des entreprises locales. Tout en protégeant Patrick Trotignon, dont les « faits d’armes » (notamment les cinq joueurs arrivés en six mois en provenance du Dynamo Kiev grâce à un avocat suisse) intriguent le duo Bakhtiar-Tumbach. Il faut revenir quelques années en arrière pour comprendre le lien Trotignon-Riboud.

Dupraz sur un siège éjectable, Boghossian dans l'attente

Proche de Michel Denisot, Trotignon a été le président délégué de Châteauroux pendant 14 ans, avec un intermède à la tête du Servette de Genève. Et a eu le fils Riboud, aujourd’hui dans une filiale de Danone aux Etats-Unis, au centre de formation de la Berrichonne. Pour Riboud, la prochaine étape est d’écarter Pascal Dupraz, qui ne le soutient pas dans son combat actionnarial, et son père Jo (ancien président). La pression est montée très vite, après les défaites à Marseille (0-2) et contre Rennes (1-2). La victoire face à l’OL (2-1) l’a repoussée. Trotignon, qui a demandé à ses joueurs de boycotter RMC, attend. Comme Alain Boghossian, que Riboud veut placer.

Pascal Dupraz se sait en sursis. Il est allé saluer les supporters, samedi soir, autant pour tester sa popularité que pour dire au-revoir, ne sachant pas s’il sera encore en poste la prochaine fois que l’ETG recevra à Annecy (19 octobre contre Guingamp). Il a aussi défendu son père, présent en tribune. « Comme il est assis sur un strapontin à l’extrême gauche… Je n’aime pas trop qu’on chatouille ma famille », explique-t-il. Et ce contexte, digne des clubs les plus instables de Ligue 1, comment le supporte-t-il ? « Je laisse les gens gesticuler. J’ai une mission, aider l’équipe à avoir des résultats. » Le prochain épisode promet. Une assemblée générale, avant le 31 décembre, avec sans doute encore des rebondissements et des surprises… 

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La rédaction