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Eydelie : « Je ne serrerai pas la main à Tapie »

Jean-Jacques Eydelie

Jean-Jacques Eydelie - -

Au cœur du scandale VA-OM en 1993, l’ancien Marseillais est revenu sur l'antenne de RMC sur cette période très dure de sa vie, qui a basculé avec l’éclatement de l’affaire. Et s’il dit ne pas nourrir de haine envers Bernard Tapie, il n’a pas oublié ce qui lui a fait subir l’ex-dirigeant phocéen.

Jean-Jacques, dix-neuf ans après, avez-vous le sentiment de payer encore cette affaire VA-OM ?

Non. Je n’ai pas eu le courage, à l’époque, de me défaire tout de suite de cette affaire. J’ai préféré aller jusqu’au bout avec l’OM. Je suis tombé dans cette catastrophe humaine. Je peux comprendre que cette affaire marquera à jamais le football français. Mais même si je porte toujours une pancarte dans le dos, je suis totalement « assaini » avec cette histoire. Je n’évite pas les questions sur le sujet. Je réponds franchement. Toute la vérité a été dite sur cette histoire.

Est-ce que les gens vous rappellent ces mauvais souvenirs ?

Je ne me force pas à y répondre ni à y faire face. Mais je n’ai aucun problème à évoquer cela avec les gens. Je n’évite pas les questions, je leur réponds franchement. Je pense que toute la vérité a été dite sur cette histoire. Je l’ai assumée complétement.

Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi vous n’avez pas réussi à éviter tout cela ?

Cette question me hantait encore récemment. Je me reproche à moi-même cette histoire qui m’a détruite mais aujourd’hui, ça va beaucoup mieux. Je devais simplement dire « non », et ne pas continuer à mentir pour Bernard Tapie. C’est facile à dire 19 ans après. Mais quand on porte le maillot de l’OM, on se sent porté par un engouement. Rien ne peut vous arrêter. C’est une erreur de jeunesse. J’avais 26 ans et c’est regrettable, mais cela m’a appris à vivre.

L’OM vous avait assuré à l’époque une place de titulaire en finale de la Ligue des Champions contre Milan…

En fait, ma place de titulaire était déjà définie à l’avance. Si je disais « non », je risquais de ne pas jouer la finale, alors que j’avais gagné ma place à force de travail et de volonté. Quand les choses ont commencé à se savoir, on m’avait dit que si je parlais je ne jouerais pas la finale de la Coupe d’Europe. Entre le match de Valenciennes et cette finale, j’ai été tenu « au chaud » par Bernard Tapie et Jean-Pierre Bernès pour ne pas que je sorte un seul mot de ce qui s’était passé.

On ne vous sent pas du tout rancunier…

Non, je ne l’ai jamais été et je ne le serai jamais. Encore une fois, j’ai reconnu mes erreurs. Je les ai même dites ouvertement. Je crois que quand on tombe dans une sale histoire, il faut se regarder dans la glace et il était temps de le faire. A 26 ans, j’étais un peu « fou-fou ».

« Redescendre très bas, c’est très dur à vivre »

N’avez-vous pas un certain sentiment d’injustice en voyant la réussite de vos anciens dirigeants, notamment celle Jean-Pierre Bernès, un des agents de joueurs les plus influents du milieu ?

Il n’y a aucune comparaison à faire avec Jean-Pierre Bernès, Bernard Tapie et Jean-Jacques Eydelie. Nous sommes tous restés à notre place quelque part. Dans mon esprit, il était impossible que Bernard Tapie se retrouve complètement à plat. Quant à Bernès, il travaille avec un agent très connu du milieu depuis longtemps. C’est en toute logique que ces personnes se retrouvent à un niveau social autre que le mien aujourd’hui. Pour revenir à Bernard Tapie, ma pensée est qu’il fallait le descendre politiquement. Il n’y avait aucune autre explication, au-delà de la corruption.

Y-a-t-il encore des personnes à qui vous ne serreriez pas la main même 20 ans après ?

Oui, une. C’est Bernard Tapie. Il m’a trop pris pour un lévrier à courir après une peau de lapin. Je l’ai cru, je l’ai défendu, je n’ai jamais rien dit jusqu’au jour où je me suis rendu compte que je me faisais de fausses idées sur lui. Je croyais vraiment en lui et il m’a laissé tomber. Je n’ai pas de haine non plus mais je ne lui serrerais pas la main.

Aujourd’hui, vous êtes l’entraineur de Bonifacio…

Les gens de Bonifacio, les dirigeants et le maire m’ont ouvert les bras et j’en suis très heureux. Je sais d’où je viens. Je suis issu du milieu ouvrier. Avoir connu le meilleur avec la victoire en Ligue des Champions et redescendre très bas, c’est très dur à vivre mais ça forge un homme et ça permet de réfléchir à ses erreurs. Le niveau DH ne correspond pas à mes ambitions, c’est évident. J’aimerais tellement participer à l’évolution d’un club professionnel ou accompagner un entraineur de haut niveau…Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas. J’œuvre pour le club de Bonifacio, j’ai une énorme responsabilité là-bas et j‘en suis très content.